Deux ans après Dead Reckoning, Christopher McQuarrie met un point final à son exploration de l’univers Mission : Impossible avec The Final Reckoning. Un huitième opus voyant Tom Cruise et ses acolytes Ving Rhames, Simon Pegg, Hayley Atwell, Shea Whigham, Pom Klementieff, Henry Czerny, Esai Morales, Angela Bassett prendre part à un baroud d’honneur musclé aux quatre coins du globe. Au programme pour Ethan Hunt et l’IMF, une quête désespérée pour mettre à l’arrêt la fameuse Entité, Intelligence Artificielle échappant à tout contrôle…
Parmi les récents blockbusters s’étant adonnés à la mode du long-métrage découpé en deux parties, celui qui paraissait le plus à même de le faire était Mission : Impossible, ce format feuilletonnant rappelant son illustre modèle télévisé. Ce qui n’a pas échappé à Christopher McQuarrie qui, depuis sa reprise en main de la saga avec Rogue Nation, multiplie les ramifications et les fils rouges histoire de donner davantage de liant aux quêtes d’Ethan Hunt et de ses coéquipiers. Par conséquent, la suite logique de son exploration du lore M:I ne pouvait être que la mise en place d’un ersatz de fin de saison, avec mise en place d’une intrigue à tiroirs où la tension monte d’un cran. Et maintenant que les tenants et aboutissants quant à l’émergence de cet ennemi 2.0 qu’est Entité ont été précisés, l’équipe créative se retrouve avec un terrain de jeu aplani, l’occasion de donner de l’ampleur à la suite de Dead Reckoning.
Avec The Final Reckoning s’initie une course contre la montre pour mettre hors d’état de nuire l’Entité, jouant de son sens aigu de la manipulation pour instiller un sentiment de panique parmi les chefs de gouvernements et des services secrets. Face à une menace devenant réelle, grâce à la carte de l’arsenal nucléaire posée par nos scénaristes sur la table des négociations complications, nos héros se pose en ultime rempart à l’apocalypse en approche. Contre un nemesis implacable (et impalpable), des fidèles acquis à sa cause ou encore cet ange diabolique qu’est Gabriel, figure de l’ombre provenant du passé de Hunt, l’IMF a fort à faire. De quoi se dire qu’une fois de plus la mission proposée va dépasser les frontières du possible, avec une quête se devant d’être menée tambour battant pour allumer la mèche d’une conclusion épique. Hélas, trois fois hélas, ce chant du cygne patine plus que de raison à trouver la bonne tonalité pour satisfaire entièrement son auditoire. En s’étirant une fois de plus sur près de trois heures, le long-métrage perd de sa superbe, son assurance de façade ne faisant qu’exposer les faiblesses d’un scénario semblable à un sac de nœuds difficile à démêler.
Comme le laissait apparaître cette première partie, l’exercice du dyptique se révèle être un caillou dans la chaussure de McQuarrie, du moins en termes d’écriture, avec des circonvolutions douteuses à la clé. Le script tissé aux côtés d’Erik Jendresen a ainsi du mal à capitaliser sur les enjeux présentés dans l’opus précédent, avec un premier acte s’embourbant dans sa narration avec des actions maladroites, des flashbacks à foison et des tunnels de dialogues sonnant creux, avant de lorgner vers le récit catastrophe aux propensions bibliques. Face à une Intelligence Artificielle hors de contrôle, pouvant faire bousculer l’ordre établi, l’heure est aux choix cornéliens pour les différentes puissances mondiales, la bête échappée des griffes de son maître cherchant à semer le chaos. C’était sans compter sur la détermination de nos agents, ayant dans l’idée de remettre ce génie du mal dans sa lampe, histoire de s’assurer que personne ne cherche à dompter la bête virtuelle qui leur cause tant de torts. Mais pour s’y faire, The Final Reckoning accentue la symbolique religieuse de ce combat contre le bien et le mal, déifiant un protagoniste devenu omniscient, tout puissant, se sacrifiant pour le bien de tous.
Si cet aspect a déjà été abordé au sein de la franchise (rappelez-vous du Syndicat et de ses ‘apôtres’), ce qui s’avère gênant dans le cas présent est que cela empiète sur le développement des personnages, la plupart ne devenant que des fonctions destinées à aider un Ethan Hunt en mode messie, nuisant de ce fait à la cohérence de groupe. Preuve en est, la place réservée aux seconds rôles ambigus de Dead Reckoning, tels que Grace et Paris, devenues des coquilles vides, suivant aveuglément ce sauveur prêt à tout pour garantir la paix. Certes cela permet de construire des séquences dantesques, servant de carte de visite toujours plus folle d’un Tom Cruise se donnant entièrement au Dieu cinéma, notre casse-cou sachant donner de sa personne pour que le divertissement soit au rendez-vous mais cela s’effectue par le biais d’un processus égotique phagocytant paradoxalement ce chapitre (pour le moment) final, censé être la pièce maitresse d’un puzzle uniforme. Si l’on reconnait que les efforts pour que Mission : Impossible quitte sa catégorie anthologie pour devenir un objet filmique cohérent où le tout-est-lié prévaut sont louables, dommage de s’être pris les pieds dans le tapis quant à la trame centrale de ce dyptique, le traitement de l’intelligence artificielle ne tenant pas ses promesses.
Heureusement, pour palier à ces fluctuations qualitatives inhérentes au scénario, Christopher McQuarrie sort l’artillerie lourde question mise en scène et s’en donne à cœur joie, sautant sur l’occasion pour laisser respirer ses scènes clés afin d’en mettre plein les mirettes aux spectateurs. Mission accomplie donc de ce point de vue, les moments de bravoure proposés valant le détour (d’autant plus en IMAX), à l’image de l’infiltration d’un sous-marin sachant maintenir la pression question péripéties ou de l’affrontement aérien où Cruise s’amuse à déjouer les lois de la gravité pour mieux électriser le public, avec retournements de situations au menu pour que le divertissement soit de la partie. Devant et derrière la caméra, nos duettistes mettent tout en œuvre pour que le jeu en vale la chandelle, ce qui se vérifie une fois encore dans The Final Reckoning.
Avec Mission : Impossible – The Final Reckoning, Christopher McQuarrie joue la carte du blockbuster clinquant pour donner du corps à un baroud d’honneur balbutiant, où les séquences d’actions dantesques sauvent la mise d’un script défaillant, avançant à pas lourds vers sa critique de l’IA. De quoi confirmer que cette idée de dyptique ne sied pas vraiment à la franchise, en dépit de ses bons moments.
