Cinq ans après Atlas ptáků (resté inédit chez nous), le réalisateur slovène Olmo Omerzu vient de retrouver le chemin des salles obscures françaises avec Pour Klára. Porté par Barry Ward, Dexter Franc, Barbora Bobuľová, Timon Šturbej et Antonín Chmela, nous entraîne sous le doux soleil de l’Adriatique, où un père espère profiter de ses vacances avec ses deux enfants pour ressouder les liens familiaux – qui s’effilochent de toutes parts.
Pour son retour derrière la caméra, Olmo Omerzu poursuit son analyse de la cellule familiale et de ses fêlures, à travers une approche opposée à celle adoptée pour son deuxième long-métrage – Family Film – le cinéaste s’éloignant de la satire pour mieux se rapprocher du drame crépusculaire. Un choix lui permettant de jouer de contrastes en termes d’intrigues et de mise en scène, alors que s’effrite froidement la structure d’un foyer dans la chaleur d’un été caniculaire. Quand les corps s’exposent, se dénudent, les cœurs eux se déchirent, voilà comment nous pourrions résumer Pour Klàra, qui se concentre sur les efforts d’un père pour ressouder les liens avec ses enfants – et en particulier ceux avec sa fille, minée par les affres de l’adolescence, où le rapport à l’apparence peut mener à des troubles du comportement alimentaire.
Ce qui est le cas pour cette pauvre Klàra, qui doit faire face à son mal-être intérieur ainsi qu’à la séparation entre ses parents, et dont les fluctuations physiques/psychologiques servent de moteur à l’intrigue ici tissée par le réalisateur. Comment aider la chair de sa chair à garder la tête hors de l’eau ? Telle est la problématique à laquelle se retrouve confronté David, qui a décidé d’emmener sa progéniture sous le doux soleil de l’Adriatique pour s’aérer l’esprit et va toucher du doigt l’espoir de surmonter les épreuves les déséquilibrant. En effet, l’amour s’invite dans leur bagages, laissant transparaître un rayon de soleil dans leur quotidien morose. Mais un nuage peut vite obscurcir le ciel, comme nos protagonistes vont le découvrir à mi-parcours, alors qu’un tragique événement vient mettre un terme précipité à ce temps de répit.
Fort de ce changement de braquet, Pour Klàra devient un objet filmique poreux, alors que la santé de notre jeune fille en fleur occupe l’esprit de tous, amenant ses proches à prendre des décisions discutables pour que la situation s’améliore. Quitte à user de mensonges, afin que la prunelle de leurs yeux retrouve l’appétit – croit à nouveau en son idylle avec le ténébreux Denis. Un stratagème instillant un sentiment de malaise à l’écran, tandis que cette famille (dé)composée tente de se bercer d’illusions. Ce qui accentue progressivement la charge dramatique du film, Olmo Omerzu resserrant son cadre sur ses personnages, pour mieux les piéger, pour mieux nous amener à la conclusion emplit d’amertume de son œuvre. Ce qui lui permet de se reposer sur la partition de son son casting, en particulier Barry Ward et Dexter Franc – qui prête ses traits à l’héroïne éponyme du métrage, s’en sortant avec brio dans ce rôle casse-gueule. Un excellent choix créatif de la part du cinéaste.
Flirtant sur les rives du drame, Olmo Omerzu livre avec Pour Klàra une œuvre acerbe sur la décrépitude du cercle familial, franchissant les limites de la morale par amour. Ce qui donne lieu à un été en pente douce, où le malaise s’installe durablement – pour mieux déstabiliser le spectateur.
