Deux ans après Zénithal, Jean-Baptiste Saurel vient d’effectuer son retour derrière la caméra avec Police Flash 80, porté par François Damiens, Audrey Lamy, Xavier Lacaille, Brahim Bouhlel, Thomas Ngijol et Philippe Rebbot. Au programme de cette comédie, les tribulations d’Yvon Kastendeuch, flic à l’ancienne et fan de Michel Sardou, propulsé malgré lui à la tête d’une « unité d’élite » luttant contre le trafic de drogue…
Comme il l’aura démontré avec son premier long-métrage, Zénithal, Jean-Baptiste Saurel a un goût prononcé pour l’absurde, aimant s’immerger dans la quatrième dimension de la comédie. Ainsi, pour son second essai, il y avait fort à parier que le réalisateur poursuivrait son voyage au cœur de la connerie – ce que permet aisément le pastiche, ici à l’ordre du jour.
Mais contre toute attente, avec Police Flash 80, force est de constater que nous ne sommes plus face à un OVNI partant dans tous les sens mais face à une production davantage calibrée, s’amusant sincèrement à se marrer des clichés des films policiers des eighties, la belle époque où l’on pouvait voir Bebel et Delon rouler des mécaniques dans leur veste en cuir, n’hésitant pas à coller des torgnoles à leur suspect, parce que la loi, c’était eux. Une mécanique bien rodée pour un genre qui se sera érodé de lui-même, la faute à des scénar’ sentant bon la naphtaline et le copié-collé – mais qui avait tout de même ses adeptes. Dont Thomas Ngijol, à l’initiative de cette parodie, l’humoriste/acteur/réalisateur ayant posé à l’écrit un hommage à cette époque révolue, qui mérite qu’on s’y attarde.
Se partageant entre humour et nostalgie, le script que ce dernier a mis au point avec ces camarades d’écriture Giulio Callegari et Yohan Zaoui, s’évertue à dérider nos zygomatiques en se consacrant à la trajectoire pour le moins trébuchante d’un protagoniste truculent. Yvon Kastendeuch, policier se voulant le symbole d’une institution en pleine désuétude, se devant d’évoluer. Un vieux de la vieille adepte de la bibine, de la violence gratuite et de Michel Sardou, se fiant à un instinct aux abonnés absents pour mener ses enquêtes. Sauf qu’à la suite de l’assassinat de son comparse, Lansky, nos as de la gâchette et du coup de bottin dans la tronche voit son petit monde s’écrouler.
Pour lever le voile sur ce qui est arrivé à son pote, son meurtre étant lié à une affaire de stup’, Yvon doit désormais faire équipe avec Guilaine, maman surmenée et cerveau du groupe, Marfoud, geek du Minitel et Roberto, l’infiltré à la coupe mulet. Ensemble, ils vont tenter de démanteler un trafic de drogue en devenant une brigade si improbable, que même les années 80 n’étaient pas prêtes. Vous l’aurez compris, le mot d’ordre de notre fine équipe devant et derrière la caméra est simple : s’amuser de ce choc des générations propre à cette escouade d’apparence mal-assortie. Ayant compris leur assignation, le casting s’en donne à cœur joie, à commencer par François Damiens, qui est impeccable en flic dépassé par les événements – et prouvant à raison que le ridicule ne tue pas. À ses côtés, Audrey Lamy, Xavier Lacaille et Brahim Bouhlel ne déméritent pas, aidant à former une ‘famille’ dysfonctionnelle, tentant du mieux qu’ils peuvent de lutter contre le crime – et démanteler un trafic de drogues mené par un directeur de MJC aimant tromper son mode, incarné par un Thomas Ngijol inspiré (comme en témoigne sa prestation lors d’une séquence d’infiltration « ratée » en boîte de nuit).
Nos joyeux drilles donnent ainsi le change face à une intrigue qui malheureusement ne tient pas toutes ses promesses, le rythme ralentissant sévèrement à mi-parcours, les gags perdant de leur impact, avant que les scénaristes retroussent leurs manches dans un acte final où parlent les flingues, les poings et les poêles. C’est lors de ces moments déjantés que Jean-Baptiste Saurel retrouve son mojo question mise en scène – avec une approche de type mockumentaire qui fait sens, accentuant la bêtise des actions de ses personnages. De quoi conférer une ambiance bon enfant à ce délire qui doit beaucoup à la composition de sa distribution, dont l’énergie communicative aide à se détendre le temps d’une parodie qui si elle manque quelque peu de pep’s n’en reste pas moins éminemment sympathique. Le Flic, c’est Chic en effet.
Avec Police Flash 80, Jean-Baptiste Saurel s’aventure du côté de la parodie avec plus ou moins de panache et ce en compagnie d’une équipe de choc menée par un truculent François Damiens – s’éclatant dans la peau d’un fl…d’un beauf magnifique.
