Quatre ans après Svetlonoc (passé par de nombreux festivals, dont le BIFFF en France), Tereza Nvotová vient d’effectuer son retour à la réalisation avec Father. Porté par Milan Ondrík, Dominika Morávková, Aňa Geislerová, Martina Slúková, Dominika Zajcz et Peter Ondrejička, le long-métrage se concentre sur un fait-divers tragique venant fracturer irrémédiablement l’équilibre d’un couple bien sous tous rapports…
Se basant sur une histoire vraie, Tereza Nvotová nous livre un drame psychologique emplit d’amertume, se centrant sur l’implosion d’un couple suite à une tragédie familiale, qui aura fait la une des médias au cours d’un été caniculaire. Ou quand la pression d’un quotidien trop stressant amène à des situations désespérées, emportant tout le monde sur son passage.
Abordant avec tact d’un épineux sujet, à savoir le syndrome du bébé oublié, la cinéaste slovaque réalise un numéro d’équilibriste remarquable, troublant son auditoire en évitant les effets de manche à visées sensationnelles – grâce à un procédé simple : privilégier les plans-séquences et ce afin de rester au plus près de ses personnages, de vivre en quasi-temps réel la brutale descente aux enfers qui les attend. Un choix de réalisation diablement efficace dans ce cas précis, servant à symboliser cet implacable mécanisme de la charge mentale, entraînant tout à chacun dans une spirale où l’automatisme prime, quitte à jouer des tours à notre cerveau. Et quant cet engrenage se grippe, les conséquences peuvent s’avérer cataclysmiques…comme en témoigne l’intrigue implacable tracée par Tereza Nvotová et son co-scénariste Dusan Budzak, nous plongeant dans le quotidien de Michal, qui va à cent à l’heure.
Alors que son journal est en pleine mue, notre homme tente de jongler entre vie professionnelle et personnelle, en ayant mille choses en tête. Mais lors d’une journée de forte chaleur, son emploi du temps s’agrémente d’une tâche, conduire sa fille Dominika à la crèche. Une étape simple dans cet agenda surchargé, Michal déposant sa petite comme prévu avant de s’embarquer dans une journée marathon. Du moins c’est ce que l’on pensait. En ne quittant pas d’une semelle son protagoniste, Father trompe son monde afin de provoquer un électrochoc. Ainsi, après avoir passé près d’une demi-heure à déambuler derrière le businessman, le couperet tombe – et l’horreur s’ajoute au programme. Tirant profit de sa mise en scène, instaurant insidieusement le malaise avant de provoquer la stupeur, le long-métrage touche en plein cœur en affinant sa focale sur le désarroi de ce père accablé par ce désastre. S’il est impossible de se relever d’un tel coup du sort, comment gérer l’après ?
Telle est la question centrale du scénario, qui contourne les attendus du genre en troquant la démonstration à la sensorialité. Les silences se font lourds, que ce soit au sein de ce foyer facturé à tout jamais ou dans l’enceinte d’un tribunal, suscitant bien plus aisément nos réactions. D’autant plus lorsque la direction d’acteurs est maîtrisée, Tereza Nvotová sachant tirer le meilleur de Milan Ondrík et Dominika Morávková, impeccables de bout en bout dans la peau de ses parents brisés. Une prestation solide de la part du casting, servi par un script se refusant à tout manichéisme, faisant de Father une œuvre sensible riche de son empathie.
Telle une funambule, Tereza Nvotová avance sur le fil du drame avec Father, qui traite avec tact d’un sujet délicat pour le moins casse-gueule – la perte de la chair de sa chair.
