Dix ans après L’Origine de la Violence, Elie Chouraqui vient de reprendre le chemin des studios avec Les Héros du Louvre, qui comprend au casting Kad Merad, Marie Gillain, Bernard Le Coq, Jean-Hugues Anglade, Julia de Nunez, Fantine Guyot, César Chouraqui ou encore Ben Attal. Soit un drame historique retraçant le sauvetage des œuvres du célèbre musée parisien par son personnel, avant l’arrivée des troupes d’Hitler dans l’enceinte de la capitale…
Absent des plateaux de tournage depuis une décennie, son dernier essai remontant à L’Origine de la Violence, Elie Chouraqui a finalement retrouvé son poste de réalisateur pour rendre hommage à son grand-père, dont le courage – de même que celui de sa famille – a contribué au succès d’une opération quelque peu oubliée de la Seconde Guerre Mondiale. Ainsi, par le biais de ce nouveau long-métrage, le cinéaste s’est appliqué à braquer les projecteurs sur un sauvetage peu banal, celle des objets d’arts ornant le plus prestigieux musée français qui fût décidée par Jacques Jaujard – à cette époque directeur des Musées Nationaux et de l’École du Louvre.
Une évacuation, effectuée dans le plus grand secret, qui aura permis de mettre à l’abri des milliers d’ouvrages à la valeur inestimable, à l’image de tableaux tels que Radeau de la Méduse peint par Théodore Géricault et La Joconde de Leonard de Vinci. Le tout réalisée dans un contexte incroyablement dangereux – l’ennemi s’approchant à grands pas dans les rues de Paris – et rendue possible par l’engagement d’une dizaines d’individus, d’anonymes qui ont tout risqué par amour de l’art et de leur pays. Parmi ces hommes, Babi Maklouf Benhamou, un des gardiens de nuit du Louvre, qui verra dès lors son destin (et celui de ses proches) basculer. Amoureux de la France et de sa culture, notre homme aura pris tous les risques pour cacher des tableaux en zone libre, prenant la route en pleine débâcle aux côtés des siens pour mener à bien sa mission.
C’est cette exode qui se veut le moteur des Héros du Louvre, qui poursuit le travail effectué par Elie Chouraqui dans le domaine du neuvième art – avec une bande dessinée en trois tomes dessinée par Letizia Depedri. Un choix compréhensible dans la mesure où notre homme est en plein travail de mémoire, mais se révélant fragile cinématographiquement parlant, la forme employée pénalisant la puissance émotionnel du fond. Contrairement à son pendant littéraire, le film peine à convaincre, la faute à un scénario condensé, survolant ce périple au cœur d’un pays plongé dans l’horreur en à peine une heure trente – nuisant par conséquence à sa dramaturgie. Se voulant ainsi la chronique d’une famille ordinaire confrontée à l’extraordinaire, ce voyage mémoriel passe d’un épisode à un autre certes avec sincérité mais avec un manque criant de finesse, avec des dialogues sonnant creux.
Ce qui n’aide pas les acteurs et actrices ayant pris part au projet, qui ont du mal à palier à la faiblesse du script. Heureusement, Kad Merad donne le change en restant dans la sobriété, ce qui lui réussit, laissant ainsi Marie Gillain être davantage expressive, formant un couple complémentaire. Ce qui aide à s’investir un minimum dans cette aventure hors normes, saluant la vaillance de Babi Maklouf et des siens, unis face aux épreuves (notamment dans son dernier tiers, avec un passage où le silence est d’or pour espérer survivre). Autre point noir, outre l’écriture, la fébrilité de la mise en scène – témoignant d’un budget serré. Si Chouraqui tente d’insuffler de la vie dans ses instants où ‘passé’ et ‘présent’ s’entrecroisent, finit par user d’effets datés tels que des ralentis peu avisés et une séquence dans un tunnel égratignant la rétine en cherchant à nous éblouir. À la longue, le rythme s’étiole, l’ennui pointe son nez, ce qui est dommageable. Il y avait peut-être une œuvre forte cachée derrière cette terne peinture. Reste le salut – mérité – aux héros de l’ombre qui auront résisté de multiples manières à l’ennemi nazi.
Avec Les Héros du Louvre, Elie Chouraqui tire son chapeau à son grand-père, qui fît parti de ces sauveurs d’art ayant risqué leur vie pour la France. Une démarche sincère débouchant malheureusement sur un drame historique manquant de souffle.
