Neuf ans après Under the Silver Lake, David Robert Mitchell vient d’effectuer son retour à la réalisation avec La Fin d’Oak Street. Comprenant Anne Hathaway, Ewan McGregor, Maisy Stella, Christian Convery ou encore P.J. Byrne au casting, le long-métrage se concentre sur les déboires des habitants d’un quartier, devant du jour au lendemain faire face à des voisins aux dents longues…des dinosaures !
Remarqué en 2010 avec The Myth of the American Sleepover, David Robert Mitchell aura su choisir ses projets avec parcimonie, privilégiant jusqu’ici la qualité à la quantité. Ce qui explique qu’en une décennie de carrière, le cinéaste ne sera repassé que deux fois seulement derrière la caméra – en 2015 puis 2018 pour les iconoclastes It Follows et Under the Silver Lake. Il aura fallu l’intervention d’un certain J.J. Abrams pour que ce dernier reprenne le chemin des studios – histoire de mettre en scène une production synonyme de quête survivaliste aux frontières du réel, La Fin d’Oak Street.
De quoi permettre à Mitchell d’élargir son champ d’action, se retrouvant aux manettes d’un blockbuster où la science-fiction offre un miroir de la société américaine – un sujet l’intriguant depuis ses débuts à la réalisation. En résulte ainsi un drame familial prenant rapidement des allures d’épisode XXL de la Quatrième Dimension, alors que nous suivons un couple et leurs deux enfants devant (ré)apprendre à co-exister suite à leur propulsion soudaine des années 80 vers un époque lointaine, très lointaine. La préhistoire, et plus précisément l’ère jurassique. Un postulat permettant de donner du mordant à un scénario à la qualité plus ou moins fluctuante quant au traitement de l’éclatement de la bulle de la sacro-sainte cellule familiale, aussi bien en surface qu’en profondeur.
En usant de l’image parfaite propre à l’American Dream, où les maisons sont impeccables, tous comme les relations entre voisins, le cinéaste prend un malin plaisir à briser cette illusion, la paisible banlieue d’Oak Street devenant le théâtre d’une rencontre improbable entre l’Homme et le Dinosaure, débouchant à une comparaison entre les comportements de chaque espèce. Au sein du chaos, garder la tête froide paraît plus compliqué que prévu pour certains individus, perdus quand ils se retrouvent livrés à eux-mêmes – soit la clé de voûte de l’intrigue. Désorientée dans ce nouvel environnement hostile, la famille Platt va vite comprendre qu’il leur faudra rester unis pour survivre, peu importe les décisions prises. Un point crucial du script, permettant de faire évoluer des personnages qui en surface étaient des archétypes, de la mère cherchant à s’émanciper de son rôle via l’écriture au père cachant sa détresse derrière un sourire de façade sans oublier des enfants en pleine construction intérieure.
Face à l’urgence de la situation, se barricader dans ce costume bien trop grand pour leur épaule paraît peu à propos, ce qui se passe à l’extérieur de leur belle maison devant les amener à se remettre en question. Il faut dire que quand un vélociraptor fouille vos poubelles ou qu’un allosaure déambule tranquillement dans la rue, reconsidérer ses choix de vie est compréhensible. Hélas, ce fil rouge de la remise en question de nos protagonistes s’étiole en cours de route, David Robert Mitchell faisant du sur-place niveau développement, laissant les autres stars du film s’exprimer pour le meilleur et pour le pire. Il n’est pas difficile de constater qu’en interne, la marche à suivre quant à la nature réelle de La Fin d’Oak Street a divisé – la fibre indépendante du réalisateur se confrontant à l’aspect ‘Amblin’ de cette production Bad Robot suivant la trajectoire de Super 8 en terme d’essence.
Deux visions pour une œuvre certes divertissante, mais qui aurait pu gagner en qualité si des coupes drastiques n’avaient pas été opérées au montage de même que la modification évidente de sa conclusion – où le happy end règne en maître. Il n’en reste pas moins que Mitchell sait instaurer une atmosphère dans chacun de ses essais, sa mise en scène millimétrée donnant le change à une odyssée en pleine ère jurassique moins percutante qu’espéré – où cohabitent une séquence d’introspection au doux son de Valerie de Steve Windwood et une confrontation avec un Dino gagnant en tension au gré des mouvements de caméra, témoignant de l’incertitude quant à la fin de cette scène. Ajoutez à cela un tandem Anne Hathaway/Ewan McGregor fonctionnant à l’écran, grâce à une délicate direction d’acteurs et vous obtenez un blockbuster essayant au maximum de déborder du cahier des charges imposé par le studio, en l’occurrence Warner Bros ici, pour trouver sa raison d’être.
Avec La Fin d’Oak Street, David Robert Mitchell tente de faire coexister blockbuster S-F et drame familial mais n’y parvient jamais totalement, la faute à un script manquant de mordant (contrairement à son bestiaire venu du jurassique).
