Trois ans après Vermines, Sébastien Vaniček nous revient dans les salles obscures avec Evil Dead Burn, cinquième volet de la saga horrifique initiée par Sam Raimi. Comprenant au casting Souheila Yacoub, Hunter Doohan, Luciane Buchanan, Erroll Shand, Maud Davey ou encore Tandi Wright, le long-métrage se concentre sur une famille en deuil voyant – littéralement – l’enfer s’ouvrir sous leurs pieds…
Trilogie horrifique culte, débutée en 1981 sur le sol américain, la saga Evil Dead a permis l’émergence de Sam Raimi à Hollywood, notre homme se faisant remarqué avec ce premier film, grâce à une mise en scène gore et ‘groovy’, comme dirait Bruce Campbell son complice de toujours. Durant trois longs-métrages, Raimi nous a offert un spectacle résolument sanglant et violent, particulièrement l’opus original où le ton était plus sérieux, avant de partir dans un délire encore plus poussé, avec un second volet servant de remake, reprenant l’intrigue de base avec une bonne dose d’autodérision pour finir sur un voyage dans le temps, au Moyen-Âge où notre Ash, accompagné de sa fidèle tronçonneuse, défiait l’Armée Des Ténèbres.
Depuis quatre décennies, Evil Dead a su se faire une place de choix dans le coeur du public et des critiques, un engouement qui a été l’occasion pour Bruce Campbell de reprendre les armes dans ce rôle taillé sur mesure puisque l’acteur a joué dans Ash vs. Evil Dead, une série dérivée des films, créée par Sam Raimi en personne, qui a duré trois saisons de 2015 à 2018. Sur grand écran, depuis la sortie du troisième opus, en 1992, les amateurs de la franchise ont pu découvrir le reboot réalisé par Fede Alvarez (en 2013), qui a adopté une atmosphère plus glauque et une violence plus accrue – avec un second degré étant aux abonnés absents. Une volonté de revenir à de l’horreur pure et dure, devenue la marque de fabrique du revival initié par Ghost House Pictures et New Line Cinema en 2023.
Après une petite période de disette suite à l’annulation de Ash vs. Evil Dead, Le Livre des Morts a pu être ressorti du placard par ceux l’ayant ouvert initialement, ces derniers ayant dans l’idée d’élargir comme il se doit les horizons de leur mythologie sur grand écran. Officiant désormais en tant de producteurs, le tandem Raimi/Campbell a tout d’abord confié les rênes de la marque à Lee Cronin, qui a mis en scène Evil Dead Rise il y a de cela trois ans. Une résurrection qui a su tirer son épingle du jeu, menant donc au développement de multiples suites. Et donc à l’opus chapeauté par Sébastien Vaniček, qui nous accapare ici. Repéré avec Vermines, le cinéaste prend du galon avec son second long-métrage, pénétrant au sein d’une saga emblématique du genre, ce qui a de quoi mettre une certaine pression.
Conscient de ce poids reposant sur ses épaules, notre frenchy ne s’est pas laissé gangréné par le stress, profitant de cette première expérience américaine pour montrer ce qu’il a dans le ventre en matière de mise en scène – ce qui était le point fort de son premier essai. Ainsi, à travers Evil Dead Burn, le réalisateur s’évertue à concevoir une œuvre se voulant dans la continuité de ce qui a été produit précédemment, tout en apposant son sens du tempo question montée en tension. De quoi rendre hommage à Sam Raimi tout en cherchant à ne pas trop s’éloigner de l’approche de son prédécesseur Lee Cronin en terme de thématique, de narration visuelle. Adoptant ainsi une atmosphère poisseuse, Evil Dead Burn se concentre lui aussi sur la tragédie d’une famille s’étant approchée de trop près du Morturom Demonto – invoquant les esprits les plus malveillants à semer la terreur dans les parages – histoire de nourrir une intrigue synonyme de cauchemar à ciel ouvert.
En ressortant du lore la fameuse dague kandarienne (pas revue depuis le deuxième opus), Sébastien Vaniček et son co-scénariste Florent Bernard nous convie à une lutte pour la survie, alors que les Deadites mettent toutes les chances de leur côté pour mettre la min sur cet artefact mythique destinée à les anéantir. Cela tombe bien, celui-ci se trouve entre les mains d’un clan rongé par le deuil, donc plus à même de se laisser pervertir par le Malin. De la matière idéalement malléable, afin de mettre le feu aux poudres. Et sur ce point, nos compères d’écriture n’y vont pas de main morte, en nous montrant d’entrée de jeu que leur but est de semer le chaos, de s’en nourrir pour créer un carnage. Passée une introduction tentant de mêler drame et ironie, Evil Dead Burn reprend la formule de base de la saga, à savoir isoler des principales victimes dans un lieu qui n’est pas de première fraîcheur – pour mieux les torturer de manière tordue.
De ce fait quand Alice (Souheila Yacoub, l’atout cœur du film) se rend dans la maison secondaire de sa belle-famille pour partager un dernier repas à la mémoire de son défunt mari, celle-ci va se retrouver au centre d’un jeu de massacre qui la dépasse. Déjà mise à l’écart de base, notre héroïne ne peut donc compter que sur elle pour se sortir de ce guêpier pour le moins éprouvant, où le sadisme est de mise. Il faut dire que quand les Deadites veulent s’en prendre à vous, ils ont plus d’un tour dans leur sac – et plus d’une manière de vous faire du mal. Interrogeant le sens de la famille et la toxicité qui règne dans certains cercles intimes, le script de ce volet met en avant le manque de compassion pour son prochain, que l’on soit mari ou femme, frère et sœur, père et mère. La notion d’amour est volontairement remise en question, tandis que les exactions de nos monstres dénués d’âme servent de miroir à cette pauvre Alice quant à la réalité de sa relation avec l’homme qu’elle a épousé.
Ce qui permet de donner du cachet à un épisode qui tire sur la longueur quant à sa trame principale, repoussant sans cesse sa conclusion pour mieux multiplier les séquences choc – et se galvaniser de la surenchère de tourments vécus par tous les personnages. En ne levant jamais le pied sur l’accélérateur du gore, Sébastien Vaniček s’éclate à instaurer des purs instants anarchiques, à l’image d’un combat frénétique en voiture où d’un plan séquence où le hors-champ amplifie la sensation d’urgence lors d’un affrontement partant dans tous les sens. Clairement, le réalisateur sait où poser sa caméra – et ses drone – pour amplifier la tension, ce qui aide à passer outre les limites d’un scénario qui joue la montre dans sa dernière demi-heure. Le visuel l’emporte que l’écriture, prouvant que le réalisateur français à une patte bien à lui, plaisante à regarder car bouillonnante. Une volonté d’en mettre plein la vue au public qui font de ce Evil Dead Burn un épisode d’un niveau supérieur au précédent. Ajoutez à cela deux scènes post-générique intrigantes semant les graines d’un univers désormais interconnecté, suscitant la curiosité quant à la route que va emprunter la franchise à l’avenir (sachez qu’un sixième chapitre, Evil Dead Wrath est déjà dans la boîte).
Avec Evil Dead Burn, Sébastien Vaniček appose sa patte sur une saga en pleine mue, sachant se montrer respectueux de l’héritage de Sam Raimi tout en tentant d’imposer son style de narration visuelle – histoire d’ajouter du chaos à l’horreur.

Sébastien Vaniček est un génie. Sa patte fait beaucoup de bien à cet Evil Dead, mais j’ai surtout encore plus envie de le retrouver sur des projets comme Vermines maintenant, parce qu’on sent qu’il n’avait pas toute la liberté là. Le film est top et c’est une excellente critique, merci
Merci pour ton retour sur le film et pour le compliment !