Six ans après Partir en poussière court-métrage ayant fait le tour des festivals aux quatre coins du globe – s’étant notamment vu récompensé d’une mention spéciale à l’Interfilm Berlin, le cinéaste Hüseyin Aydin Gürsoy s’est lancé s’est attelé à son premier long-métrage. Une Affaire Turque. Porté par Lionel Erdogan, Charles Berling, Lubna Azabal et Maud Wyler, celui-ci se concentre sur les déboires d’un avocat pensant pouvoir manipuler son monde pour assouvir son ambition personnelle.
Avec Une Affaire Turque, Hüseyin Aydin Gürsoy signe un film retors, mêlant thriller politique et quête identitaire alors que nous suivons la lente glissade d’un homme vers le point de non-retour. Ou quand la volonté d’être un transfuge de classe amène à se laisser griser par l’ambition, le pouvoir, quitte à renier ses origines. Une soif de reconnaissance rendant plus brutal le retour du bâton, comme le souligne une intrigue synonyme de traversée de sables mouvants, où chaque mouvement ne fait qu’empirer les chances de ne pas s’enfoncer…et suffoquer.
Au cœur de cette intrigue en pente douce, signé par le réalisateur et Ludovic Du Clary, les bassesses d’un avocat d’affaires pour réussir professionnellement et gravir les échelons de la haute société, n’hésitant pas à user de manipulation pour gagner sur tous les tableaux. Quand sa carrière se retrouve à un point de bascule, Mathieu montre sa détermination sans failles pour mener à bien un dossier crucial, n’hésitant pas à tirer des ficelles pour parvenir à ses fins. Se laissant guider par une boussole morale indiquant le sud, celui qui a oublié qui il était (allant jusqu’à changer son identité), va se voir rattraper par ses manigances, par son propre passé. Une collusion dérivant d’un simple appel à l’aide, se transformant en l’écroulement d’un château de cartes durement bâti depuis des années.
En acceptant de défendre un membre de sa communauté, celui qui autrefois s’appelait Mustafa va déclencher un engrenage dont il ne maîtrise pas les rouages, pensant être le maître des horloges. Car quand il découvre que l’agression dont a été victime son client a un lien avec l’affaire qui doit l’amener au sommet, notre homme de loi va préférer céder aux sirènes à la corruption – soit une décision peu avisée, qui ne restera pas sans conséquences. N’hésitant pas à noircir son tableau dans sa seconde partie, empêchant ainsi toute chance de pardon pour son personnage principal, Une Affaire Turque gagne ainsi en opacité afin de mettre ce dernier face à ces choix – les bons comme les mauvais.
Soit un choix scénaristique qui fait sens, donnant d’ailleurs sa force au long-métrage car permettant à Lionel Erdogan – de tous les plans – de jouer sur l’ambiguïté de Mathieu/Mustafa pour magnétiser l’écran. Car à force de se renier pour espérer atteindre les hautes sphères de la société, notre avocat dépasse les lignes rouges et ne peut que payer les pots cassés en se jouant de ses pairs, des siens. Enfermant son acteur dans un cadre se rétrécissant progressivement, pour mieux l’isoler, Hüseyin Aydin Gürsoy parvient à créer ce sentiment d’insécurité conditionnant la psyché de son anti-héros – un Icare post-moderne se brûlant les ailes sans pouvoir compter sur qui que ce soit pour lui sauver la mise. Mieux encore, cette trajectoire filante permet d’évoquer en filigrane les inégalités judiciaires que l’on soit puissant ou simple citoyen – d’autant plus lorsque l’on est un pur produit de l’immigration. Un point pertinent et traité habilement.
Avec Une Affaire Turque, qui est son premier film, Hüseyin Aydin Gürsoy se saisit des codes du thriller politique pour aborder avec pertinence la question d’identité – alors que l’on suit la trajectoire filante d’un avocat reniant ses principes (et ses origines) sur l’autel de l’ambition.
