Deux ans après s’être immiscée du côté de Paramount+, afin de mettre en scène des épisodes de la version française de Zorro portée par Jean Dujardin, c’est désormais au sein de la plateforme Netflix que débarque Émilie Noblet pour s’atteler à la transposition au format long de Dix pour Cent. Pouvant compter sur la présence de la quasi-totalité du casting de la série originale (Camille Cottin, Laure Calamy, Thibault de Montalembert, Grégory Montel, Nicolas Maury et Liliane Rovère), cette suite plonge les fans de la première heure dans les coulisses du tournage du premier film d’Andréa…
Dans le paysage télévisuel, il arrive parfois que le succès d’une série dépasse les espérances de ses créateurs et devienne une œuvre cinématographique. Si ce cas de figure reste rare, citons tout de même des exemples français, à savoir Caméra Café qui s’est aventurée deux fois dans les salles obscures (Espace Détente puis Le Séminaire) tout comme Kaamelott, dont l’univers va poursuivre son expansion avec la sortie prochaine de la Deuxième Partie de son Deuxième Volet. Et nous pouvons désormais ajouter un troisième programme à la liste : Dix pour Cent.
Ayant pu constater avec le temps l’engouement du public pour sa création originale, avec d’une part le succès trouvé France 2 durant quatre saisons mais également le rayonnement à l’international offert par sa disponibilité sur Netflix, Fanny Herrero s’est lancée dans l’écriture d’un long-métrage en bonne et due forme – à destination de la plateforme. Un exercice plus compliqué qu’il n’y paraît, le développement d’arches narratives pour chaque membre du casting étant synonyme de numéro d’équilibriste. Comment essayer de contenter tout le monde, que ce soit les fans de la première heure et les néophytes ? Comment composer avec le star-power de certaines têtes d’affiche ? Des problématiques nourrissant ce passage au format long, qui tente comme toujours d’offrir une mise en abîme du milieu de la production audiovisuelle, en élargissant le périmètre de son terrain de jeu. En se servant de la conclusion de la série, Dix Pour Cent – Le Film s’ouvre sur de nouvelles perspectives.
Fermée depuis belle lurette, l’agence ASK n’est plus, ce qui aura permis à ses anciens membres de tenter de se renouveler, à l’image d’Andréa, qui ne s’occupe plus des acteurs mais cherche à les diriger. En effet, cette dernière a l’ambition de réaliser son premier film, un rêve sur le point de devenir réalité. Soit le cœur du script concocté par Fanny Herrero et sa coscénariste Lison Daniel, qui vont de ce premier tournage le sujet de cet épisode grandeur nature. Car oui, en dépit de son évolution formelle, le long-métrage a du mal à se départir de sa nature sérielle, enchaînant les storylines pour mieux les nouer par inadvertance – ce qui donne lieu à une œuvre ayant du mal à trouver sa raison d’être. Ce qui se ressent avant tout avec ce fameux fil rouge sur la galère inhérente aux ultimes préparatifs de La Fugitive, un plongeon dans le grand bain du septième art se transformant en progressive noyade pour notre cinéaste en herbe.
Dès le départ, il est attendu que la production tournerait rapidement à l’orage mais au lieu de s’amuser de cette trajectoire dont on devine tous les contours, l’équipe créative en fait son ressort comique et dramatique – ce qui pénalise sa distribution puisque dans cette parenthèse netflixienne, tous ne jouent pas à la même enseigne. Il en ressort donc une inégalité au niveau de la présence du casting original, Camille Cottin et Laure Calamy occupant minimum 90% de l’espace, éclipsant leurs petits camarades – alors qu’il aurait pu y avoir de la place pour tout le monde si l’intrigue ne faisait pas du surplace la moitié du temps (et tente un retournement de situation quant au passé de l’inénarrable Arlette, qui tombe comme un cheveu sur la soupe). En cherchant à caser tous les clichés du tournage qui part en sucette, le scénario perd de vue son objectif principal – de nous rappeler pourquoi le public aimait ces agents surmenés, surbookés, tirant leur force de leurs différences de tempérament.
On ne retrouve la patte Dix pour Cent qu’à de rares moments, lorsque les Guest-stars viennent se moquer gentiment de leur image. D’ailleurs au rayon des invités, si George Clooney a le droit à un sympathique caméo (au contraire d’Eva Longoria), les véritables artistes se révèlent être Laetitia Casta et Vincent Macaigne, qui forment ici le tandem principal de La Fugitive et prennent plaisir à se greffer à cette aventure XXL. Si Émilie Noblet doit donc composer avec une histoire manquant de fraîcheur, elle essaye de donner le change en laissant le champ libre aux comédiens et comédiennes prenant part au projet, ce qui aide à remonter le niveau – Camille Cottin, Laure Calamy, Thibault de Montalembert, Grégory Montel, Nicolas Maury et Liliane Rovère connaissant leur alter-ego de fiction sur le bout des doigts. Leur joie de s’embrouiller – et de s’envoyer des piques bien senties – est intacte même s’il est dommage que la plupart doivent se contenter de peu niveau jeu. Peut-être que proposer une cinquième saison aurait été un choix plus judicieux pour l’écriture de nos personnages.
Avec Dix pour Cent – Le Film, Émilie Noblet se retrouve aux manettes d’une adaptation en dents de scie de la série phare supervisée par Fanny Herrero, la faute à une intrigue étirée plus que de raison, nuisant à sa qualité globale.
