Repéré en 2023 avec le court Fuck Me, Richard qu’il avait mis en scène aux côtés de Lucy McKendrick, Charlie Polinger plonge dans le grand bain du septième art avec The Plague. Soit un drame porté par Joel Edgerton, Everett Blunck, Elliott Heffernan, Kenny Rasmussen, Lucas Adler ou encore Kayo Martin, immergeant le spectateur au sein d’un camp d’été prenant progressivement l’eau alors que les tensions s’accentuent parmi les jeunes pensionnaires…
Pour son entrée dans le grand bain du cinéma, Charlie Polinger ne se mouille pas la nuque et s’enfonce directement dans les eaux troubles du thriller afin de traiter d’un sujet universel – l’entrée dans le monde de l’adolescence. Une période synonyme de transformation physique et psychologique, marquant (parfois brutalement) la fin de l’enfance mais également l’innocence. Soit un point crucial de The Plague, qui s’évertue à nous montrer que cette phase transitoire peut devenir une véritable épreuve en soi, d’autant plus lorsque l’anxiété sociale s’ajoute à la pression aux tumultes intérieurs propre à chacun.
Le scénario écrit par le cinéaste, qui nous ramène au début des années 2000 – à une époque sans smartphones ni réseaux sociaux – se saisit des codes du huis clos afin d’instiller un climat anxiogène alors que nous suivons des groupes de jeunes dans un camp d’été se consacrant à la pratique du water-polo. Que ce soit dans les bassins, dans les vestiaires ou les chambres de l’établissement dans lequel navigue ces gamins, la tension se veut palpable, ceux-ci se laissant gangréner par un mal malheureusement ordinaire. La loi du plus fort. Alors que l’esprit d’équipe est érigée en règle dans le sport, ce sont plutôt les dissensions qui prédominent, alors que certains se sentent pousser des ailes, préférant jouer les chefs de meute et se jeter sur les brebis qu’ils considèrent galeuses.
Vous l’aurez compris, le long-métrage évoque sans détours la problématique du harcèlement, un poison qui se diffuse insidieusement dans les esprits, aussi bien ceux des instigateurs que des victimes. Un constat amer, qui s’effectue à travers le parcours de Ben, découvrant à ses dépends du pouvoir néfaste (et corrosif) de la rumeur tandis que ses camarades de chambrée lui indique que l’un des leurs est atteint de la peste. Le début d’un séjour pesant pour notre protagoniste, perdu face à la méchanceté des autres, ne sachant comment réagir dans cet océan d’incertitudes qu’est son quotidien. Faut-il croire cette accusation ? Y a t-il un risque que la maladie le touche lui aussi ? Des questionnements faisant bouillonner le garçon, l’isolant inéluctablement.
Fort de sa mise en scène, sachant habilement retranscrire les rapports de force entre nos nageurs au caractère bien trempé (couplée à la bande son angoissante de Johan Lenox), Charlie Polinger dresse le portrait d’une jeunesse fiévreuse – se laissant facilement galvaniser par la soif de pouvoir – quitte à ne pas voir sa nocivité. Ou comment une taquinerie sournoise à priori sans conséquences prend des proportions abyssales, devenant un jeu sadique dont personne ne ressort grandit.
Avec The Plague, Charlie Polinger signe un premier film d’une grande maîtrise, suivant le cours du thriller pour explorer les affres de l’adolescence et la nocivité de ce poison lent qu’est le harcèlement. Un saut dans le grand bain réussi pour le réalisateur américain.
