Douze ans après La Grande Aventure Lego, Phil Lord et Christopher Miller remplirent à la réalisation avec Projet Dernière Chance, aventure S-F portée par Ryan Gosling et Sandra Hüller, se consacrant à la quête cruciale de Ryland Grace – un professeur de science propulsé à des années lumières de la Terre pour une mission destinée à sauver l’humanité…
S’ils cumulent les projets en tant que producteurs et scénaristes, Phil Lord et Christopher Miller auront mis du temps avant de repasser derrière la caméra en tant que réalisateurs – échaudés par l’amère expérience Solo : A Star Wars Story, qui s’était soldée par leur départ au profit de Ron Howard suite à des différends créatifs. Fort heureusement pour eux , nos comparses ont trouver le moyen de voyager vers une galaxie lointaine, très lointaine en s’attaquant à la transposition de Projet Dernière Chance. Une odyssée de l’espace que l’on doit à l’auteur Andy Weir, qui a de nouveau tapé dans l’œil d’Hollywood, une décennie après Seul sur Mars.
Propriété d’Amazon depuis quelques temps, Metro-Goldwyn-Meyer a déboursé pas moins de 3M$ pour obtenir les droits d’adaptation de ce troisième roman de science-fiction puis a alloué à son blockbuster un budget de près de 200M$. Se donnant les moyens de ses ambitions, le studio a ainsi mis les petits plats dans les grands pour que ce récit d’anticipation, se consacrant au périlleux périple d’un scientifique devant sauver l’humanité – rien que ça – soit visuellement somptueux. Une mission confiée au tandem Phil Lord/Christopher Miller, qui retrouvent un poste qu’ils n’avaient plus occupés depuis La Grande Aventure Lego en 2014. Et pour ce retour aux affaires, nos cinéastes mettent du cœur à l’ouvrage, s’appliquant à insuffler une bonne dose d’humanité à une fresque galactique alliant grand spectacle et intimisme.
Scénarisé par Drew Goddard, déjà à l’œuvre sur Seul sur Mars pour l’anecdote, Projet Dernière Chance se centre sur la trajectoire d’un astronaute se réveillant d’un coma profond à bord d’une station spatiale. Amnésique, cet ancien professeur d’école va tenter du mieux qu’il peut de retrouver la mémoire afin de comprendre pour quelle raison il a été envoyé à des années lumières de la Terre. Se partageant ainsi entre passé et présent, le long-métrage suit de bout en bout le parcours chaotique de Ryland Grace, ancien docteur en biologie moléculaire devenu enseignant, sollicité pour une mission de la plus haute importance. Sauver le Soleil des ravages de la ‘Ligne Petrova’ – phénomène aux conséquences désastreuses pour la Planète bleue, la condamnant à un refroidissement global…et donc à des millions de morts.
En se jouant de la zone de flou quant au rôle réellement joué par notre protagoniste dans l’équation, le script précise progressivement ses enjeux, ce qui aide à l’instauration d’un sentiment d’urgence. Comment Ryland, seul face à l’immensité de l’espace, peut-il sauver les siens – d’autant plus dans un état d’esprit des plus confus ? Une interrogation servant de moteur à cette croisade pour le salut de l’être humain, prenant à mi-chemin la forme d’une rencontre du troisième type. De quoi renforcer l’universalisme de l’intrigue, toutes les populations étant logés à la même enseigne face au péril de l’annihilation – devant faire fi de la barrière de la langue, des différences culturelles, pour espérer travailler de concert.
Une fois ce pas de deux entre Grace et son compagnon d’infortune Rocky installé, Phil Lord et Christopher Miller trouvent le rythme adéquat pour que Projet Dernière Chance prenne de l’altitude qualitativement parlant, les balbutiements narratifs de la première heure de métrage (sur 2h30) laissent place à une certaine maîtrise en terme de balance entre légèreté et émotion. On se laisse de ce fait porter par cette collaboration entre deux cerveaux devant carburer dur pour sauver leur foyer respectif, les réalisateurs redoublant d’efforts pour que le spectateur croit en l’amitié naissante entre ces héros ordinaires – en dirigeant comme il se doit Ryan Gosling, dont le talent aide à passer outre quelques traits d’humour paraissant parfois malvenus pour mieux laisser transparaître les errances de son alter-ego. De clown sarcastique à astronaute portant le poids de l’univers sur ses épaules, il n’y a qu’un pas que l’acteur effectue avec aisance.
Grâce à sa performance (et celle de son acolyte en animatronique), l’émotion pointe le bout de son nez alors que l’odyssée gagne en intensité, que le danger se veut plus présent. Et l’on se laisse cueillir par les ultimes moments de bravoure de ce buddy-movie intergalactique, qui convoquent notre émerveillement et notre sensibilité avec de magnifiques séquences à la clé, captivant la rétine – l’IMAX étant utilisé à bon escient, l’immensité de l’espace devenant un cadre grisant. En termes de mise en scène, c’est un sans-fautes pour Lord/Miller, qui ont su concilier effets spéciaux et pratiques pour que l’illusion fonctionne à l’écran, pour que l’on se laisse immerger dans ce voyage à travers les étoiles (et les astrophages).
Avec Projet Dernière Chance, Phil Lord et Christopher Miller s’embarquent dans une odyssée de l’espace narrativement chaotique mais visuellement spectaculaire, portée par un Ryan Gosling en grande forme. En résulte un blockbuster S-F malin, mais quelque peu phagocytée par un humour pas toujours très fin.
