Figure de la littérature et du cinéma tchèque, Arnošt Goldflam vient de voir l’un de ses recueils de nouvelles transposé sur grand écran – à savoir Of Unwanted things and people, devenu ici Les Contes du Pommier. Co-réalisé par Patrik Pass Jr., Jean-Claude Rozec et David Sukup, cette adaptation prenant la forme d’un film d’animation se concentre sur un trio d’enfants en vacances chez leur grand-père et s’amusant à se raconter des histoires…
En prenant appui sur la bibliographie d’Arnošt Goldflam, dont les écrits ont une valeur sentimentale – servant d’exutoire à ses propres inquiétudes quant à l’héritage qu’il laissera derrière lui – Les Contes du Pommier se veut un exercice stylistique à la portée universelle, abordant des thématiques d’adultes à travers un regard enfantin. Issue d’une collaboration entre la Slovaquie, la République Tchèque, la France et la Slovénie, ce film d’animation démontre aussi bien devant que derrière la caméra qu’en dépit de la sensibilité de chacun, la communion prime face à des problématiques touchant droit au cœur, en l’occurrence ici la perte d’un être cher. Tout le monde se retrouve sur un pied d’égalité devant le spectre de la mort et il est important de se rappeler qu’en de tels instants douloureux, on peut compter sur le soutien de ses proches. Ou, comme le suggère avec poésie ce long-métrage collaboratif, qu’il fait toujours beau au-dessus des nuages.
De cette mélancolie latente se créé une atmosphère douce-amère, alors que le spectateur suit une sœur et ses deux frères en vacances chez leur grand-père – un lieu pour le moins chargé émotionnellement. Il faut dire que leur famille est en pleine période deuil suite à la disparition de l’un de ses piliers, ce qui rend le séjour pesant. Pour tenter de palier à cette ambiance morose, la jeune Suzanne va alors entamer un jeu où l’imagination est de mise. Inventer un conte, structurer par trois éléments précis, comme le faisait leur grand-mère. Soit le point de départ de l’intrigue à tiroirs accaparant à tour de rôle l’attention Jean-Claude Rozec, Patrik Pass Jr. et David Sukup, qui se partage la mise en scène de ses saynètes destinées à convier des éléments propre au merveilleux dans une réalité crépusculaire.
Et grâce à la combinaison de la délicatesse des divers scénarios s’écrivant sous nos yeux et de la magie du stop-motion, Les Contes du Pommier trouve rapidement sa raison d’être. Forte de son sens de la créativité, l’œuvre se nourrit de ses métaphores – que ce soit un chat se métamorphosant en humain, un serpent se révélant être tuyau d’arrosage ou une personne âgée virevoltant dans les airs avec les oiseaux – pour alléger progressivement le poids sur les épaules de nos principaux protagonistes. Les équipes travaillant de concert à l’écriture et la réalisation s’appliquent avec précision à apporter de la nuance à ce moment particulièrement difficile à traverser qu’est le deuil, soulignant avec tact que monde nous entourant est moins désespérant qu’il n’y paraît.
Avec Les Contes du Pommier, Patrik Pass Jr., Jean-Claude Rozec et David Sukup unissent leurs forces pour proposer un film d’animation emprunt de poésie – se servant des pouvoirs réconfortants de l’imaginaire pour évoquer les drames de la vie.

