Cinq ans après Matriochkas, qui fût notamment auréolé du Magritte du meilleur court-métrage, Bérangère McNeese s’est réinstallée derrière la caméra pour s’atteler à son premier long. Les Filles du Ciel. Comprenant au casting Héloïse Volle, Shirel Nataf, Yowa-Angélys Tshikaya, Mona Berard, Jonas Bloquet ou encore Anne Coesens, ce drame se concentre sur le parcours de Héloïse, adolescente découvrant avec fracas le monde -en s’extirpant de son foyer.
Si le grand public la connaît avant tout grâce à ses rôles télévisés, que ce soit dans HPI, Des gens bien ou Terminal, Bérangère McNeese n’en oublie pas le septième art, démontrant progressivement qu’elle n’est pas qu’une actrice – mais une artiste. Un constat s’étant prouvé par le passé, lorsqu’elle décida d’écrire et réaliser ses propres projets. Une initiative se révélant rapidement payante puisqu’en 2019, son troisième court intitulé Matriochkas tapa dans l’œil de la profession, remportant bon nombre de prix dans les festivals mais surtout un Magritte (l’équivalent de nos César en Belgique). Une reconnaissance aidant la comédienne à sauter le pas, et laisser davantage transparaître sa patte, en passant au format long.
Ce qui nous donne Les Filles du Ciel, drame social entre chien et loup se voulant une virée vers l’inconnu pour ses personnages, des laissées pour compte cherchant un minimum de repères pour (ré)apprendre à vivre. Loin du tumulte. Loin de la violence propre à un système consumériste et patriarcal. Comment sortir de la précarité lorsque l’on est à la marge ? Telle est la question centrale de ce premier film, qui adopte une approche brute pour traiter de la difficulté à sortir la tête de l’eau dans un monde oppressant, prenant corps à travers le parcours en dents de scie de Héloïse, jeune fille placée venant de fuir son centre d’accueil et découvrant à ses dépends les galères propre à l’âge adulte.
N’ayant nulle part où aller, notre protagoniste va trouver refuge dans un appartement partagé par trois colocataires, elles aussi dans une situation compliquée. Soit le premier jour du reste de la vie de l’adolescente, tentant de s’élever au contact des ses nouvelles amies. Mais comme on le sait, en dépit des efforts fournis pour s’envoler vers de meilleurs lendemains, il arrive que l’on prenne du plomb dans l’aile – pour mieux rester sur le plancher des vaches. Et pour contrer les effets de la gravité, nos héroïnes du quotidien sont appelées à faire front commun, et ce malgré les blessures passées pouvant menacer l’équilibre de leur relation. Sachant ménager la tension, Bérangère McNeese réduit le champ de vision de son quatuor principal, naviguant en eaux troubles pour subvenir à ses besoins, renforçant de ce fait leur lien. Car de l’adversité naît la sororité.
Et sur ce point, les Filles du Ciel se voient sans cesse ramener brusquement sur Terre. Entre les petits combines, les aspirations personnelles, l’éducation d’un enfant – et plus largement la question de la maternité – l’intrigue ne ménage ni Héloïse ni ses sœurs de cœur. De quoi instiller un rythme volontairement chaotique au long-métrage (bien aidé par la mise en scène inspirée de la cinéaste), symbolisant à raison le bouillonnement intérieur de cette famille dysfonctionnelle, se démenant avec les armes à sa disposition pour s’émanciper, se trouver. Grâce à la partition collégiale des actrices, dont les électrisantes Héloïse Volle – déjà au casting de Matriochkas – et Shirel Nataf, on se laisse aisément captiver par ce premier essai, qui ne manque pas d’atouts. En s’installant derrière la caméra, Bérangère McNeese semble avoir trouvé sa voie.
Avec Les Filles du Ciel, Bérangère McNeese vole de ses propres ailes en tant que réalisatrice, évoquant les affres du passage à l’âge adulte par le biais d’un drame social maitrisé, où la sororité prime sur l’individualisme.
