Quatre ans après s’être fait remarquée du grand public avec son premier long-métrage, Grave, la réalisatrice Julia Ducournau fait son retour derrière la caméra avec Titane, qui comprend au casting Vincent Lindon, Agathe Rousselle, Garance Marillier, Laïs Salameh, Myriem Akheddiou ou encore Betrand Bonello et se concentre sur un père retrouvant son enfant dix ans après sa disparition…

Pour sa seconde réalisation, auréolée de la Palme d’Or au dernier Festival de Cannes, Julia Ducournau nous livre un film hybride, faisant souffler le chaud et le froid dans le genre horrifique avec une auscultation mécaniquement viscérale du corps et du cœur à travers un obscur récit, pour un résultat qui en laissera plus d’un perplexe.

Le moins que l’on puisse dire est que Titane est une expérience visuelle et sensorielle, tentant de nous embarquer dans une virée chaotique destinée à sonder les méandres de l’âme humaine, aussi confuse soit-elle. Ainsi, difficile de réellement appréhender le long-métrage au premier visionnage, celui-ci méritant un petit temps de digestion avant de le juger à – ce que l’on pense être – sa juste valeur. Une preuve que l’œuvre de la réalisatrice ne laisse pas indifférent, ce qui est déjà un bon point en soit car la proposition, dans ses bons comme ses mauvais côtés, dénote dans le paysage actuel. Ses fluctuations qualitatives laissent d’ailleurs entrevoir une certaine fragilité à traiter d’un sujet somme toute classique, l’amour, sentiment qui peut être à la fois puissant et ravageur, pouvant paraître compliqué à aborder. Ce dont on se rend compte en suivant le parcours de notre anti-héroïne principale, Alexia, une jeune femme au tempérament incandescent, dont les exactions font froid dans le dos.

Si l’on peut deviner les traumatismes de notre protagoniste, dérivant d’un accident explicité en scène d’introduction, ceux-ci ne sont pas clairement établis et c’est avec une certaine incrédulité que nous assistons à une première partie de long-métrage plutôt brouillonne où l’on se demande où Julia Ducournau veut en venir, alternant moments chocs tantôt gore tantôt sexuels – avec en point d’orgue un instant charnel proche du fantastique où la chair et le métal ne font qu’un. Heureusement, ces tâtonnements finissent par trouver un sens lors d’un point de bascule tout feu tout flammes, synonyme de fuite en avant pour Alexia, devant faire table rase de son sanglant passé pour avancer dans la nuit. Bifurquant de l’horreur au thriller, Titane révèle alors son potentiel tandis que l’émotion fait son entrée sur la piste, avec une intrigue sur la transidentité et l’acceptation de l’autre. En troquant les effets de manche pour se concentrer sur l’humain, le ton s’affirme et les thématiques esquissées se peaufinent, le véhicule infernal dans lequel nous avons pris place se dirigeant vers une direction intéressante à suivre.

En camouflant son apparence et débarquant avec fracas dans la vie de Vincent, un père ayant dû faire face à la disparition de son fils dix ans auparavant, Alexia s’immerge dans un nouvel univers, celui d’une caserne de pompiers, devant à la fois éviter d’éveiller les soupçons alors que des modifications d’ordre biologiques viennent lui compliquer la tâche. De ce jeu de dupes prend place une étrange attirance entre l’usurpatrice et son ‘patriarche’, deux êtres esseulés qui ont plus d’un point commun… Cette plongée dans le monde rigoureux des soldats du feu qui offre un terrain de jeu à notre metteuse en scène/scénariste, qui profite de l’utilisation du ‘body horror’ pour parfaire son analyse du corps, qui souffre, se délite, suinte. Une réflexion qui se traduit dans les faits et gestes de notre tandem, chacun se torturant physiquement – que ce soit pour ressembler à quelqu’un d’autre ou pour continuer à être à la hauteur de ses ambitions.

Outre ce rapport au corps, dégenré, Julia Ducournau nous décrit à sa manière ce qu’est l’amour, un sentiment pouvant être contradictoire et se manifester dans le cœur les plus noirs qu’ils soient, comme ici avec la relation entre Alexia et Vincent, qui nourrit toute la seconde partie de Titane, pour le meilleur. Se dévouant corps et âme à la réalisatrice, Agathe Rousselle et Vincent Lindon livrent des partitions à fleur de peau, leur alchimie venant ajouter une sensibilité bienvenue à l’ensemble. Grâce à notre duo de comédiens, les monstres que sont Alexia et, dans une autre mesure, Vincent prennent de l’épaisseur et le lien unissant Alexia et Vincent – aussi glauque soit-il par moments – vient refermer ce conte macabre sur une note émotionnelle, venant confirmer l’aspect hybride du long-métrage, qui nous prend tout d’abord au dépourvu avant d’essayer de nous prendre par les sentiments.

Pour son deuxième long-métrage, Julia Ducournau creuse son sillon dans le cinéma de genre hexagonal, nous livrant un nouvel exercice de style avec Titane, qui jouit d’une réalisation léchée et travaillée mais se perd dans un scénario alambiqué et souvent maladroit. S’il ne pourra que diviser avec ses choix artistiques, qui seront plus ou moins de mauvais goût selon le ressenti de chacun, ce conte macabre oscillant entre horreur et thriller n’en reste pas moins une proposition radicale.

© Carole Bethuel

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