Pour son premier long-métrage, le réalisateur Douglas Attal s’aventure dans un domaine généralement dominé par les américains et livre une adaptation de Comment Je Suis Devenu Super-Héros, le roman éponyme de Gérald Bronner, comprenant au casting Pio Marmaï, Leïla Bekhti, Benoït Poelvoorde, Vimala Pons, Swann Arlaud et nous entraînant dans un monde où posséder des pouvoirs extraordinaires est devenu la norme…

Dans le paysage cinématographique français, le genre super-héroïque n’a jamais réellement connu d’essor, les productions se faisant extrêmement rare – le dernier exemple en date étant Vincent n’a pas d’écailles réalisé par Thomas Salvador il y a de cela six ans. Alors lorsqu’un projet comme Comment Je Suis Devenu Super-Héros voit le jour, la curiosité est bien évidemment de mise. Si l’on a dû patienter plus de temps que prévu pour découvrir le résultat de cette adaptation du roman éponyme de Gérald Brommer à l’écran, la faute à la pandémie de COVID-19 qui a mené à son rachat par Netflix, l’attente en valait la peine puisque l’on a affaire à une œuvre des plus correctes, venant agrémenter un faible catalogue.

Bien entendu, ceux qui sont à la recherche d’un blockbuster se rapprochant du modèle Marvel Studios/DC Comics n’en n’auront pas pour leur compte, l’idée ici n’étant pas d’enchaîner les morceaux de bravoures à coup d’effets spéciaux qui décollent la rétine, l’ambition étant d’humaniser le concept du ‘super-héros’ avec des thématiques plus proches de la réalité, un choix permettant d’ailleurs de capitaliser sur le budget alloué, qui aurait rendu difficile une entreprise de destruction massive tout en CGI. Ainsi, pour son premier long-métrage, Douglas Attal s’attèle à la mise en place d’un comic-book movie aux allures de polar, se démarquant de son modèle littéraire en délaissant le prisme de l’action au profit de l’étude de personnages, pour un résultat satisfaisant et une proposition honnête pour le genre, qui mérite que davantage de cinéastes s’y attarde, car il y a un terrain de jeu gigantesque à expérimenter.

Exit New-York et bonjour Paris dans cette version de Comment Je Suis Devenu Super-Héros, qui nous plonge dans un quotidien où les justiciers masqués sont devenus la norme, des symboles désacralisés et banalisés dans une ère de l’information en continue, que ce soit à la télévision ou sur les réseaux sociaux. Dans ce monde où des personnes aux habilités hors du commun co-existent avec le commun des mortels, nous suivons Gary Moreau (Pio Marmaï), un flic solitaire un peu bourru travaillant au sein d’une unité spéciale centrée sur les délits de type ‘surhumain’. Entre l’arrivée d’une nouvelle collègue, Cécile Schaltzmann (Vimala Pons) et la propagation d’une mystérieuse substance conférant à qui le souhaite des pouvoirs, notre lieutenant a fort à faire, devant opérer en équipe pour trouver la tête pensante de ce trafic hors-normes semant la pagaille aux quatre coins de la ville.

Si le schéma propre aux codes du film policier est classique – principalement lorsque cela touche le domaine du buddy movie -ceux-ci se conjuguent tout de même avec aisance avec ceux du genre super-héroïque, une cohésion que l’on doit aux efforts fournis par Douglas Attal et ses co-scénaristes Mélisa Godet et Charlotte Sanson pour conserver cette démarche de démystification de ces êtres proches du divin. Une thématique qui se traduit dans le parcours de notre protagoniste principal, Moreau, dont la véritable nature – explicité dans le roman – sert ici d’élément dramaturgique destiné à étoffer sa psychologie, se répercutant sur ses camarades masqués mais également son némésis (Swann Arnaud). Le pouvoir est ainsi la clé de voûte de l’intrigue, servant de moteur efficace à l’avancée du long-métrage, ce ‘don’ étant objet de désir pour les uns et fardeau pour les autres, ce qui nous emmène sur les traces d’une quête de dépossession, que ce soit devant ou derrière l’écran.

Avec une sensibilité que l’on pourrait rapprocher d’un Incassable de Shyamalan, avec cette volonté d’ancrage dans le réel, Comment Je Suis Devenu Super-Héros se laisse suivre non sans déplaisir, laissant le spectaculaire au pas de la porte pour mieux nous montrer des personnages avec des failles, des doutes. Un point qui se retrouve dans l’emploi de nos ex-supers, Monte Carlo et Callista, qui malgré les traumatismes passés et présents, n’hésitent pas à aider la veuve et l’orphelin – avec ou sans pouvoir. Incarnés avec finesse par Benoît Poelvoorde et Leïla Bekhti, ce tandem est à juste titre l’atout coeur du film, ajoutant un côté attendrissant à l’ensemble. D’ailleurs un point de vue général, la direction d’acteurs est maitrisée et le casting croit en ce qu’il joue, que ce soit Pio Marmaï, Vimala Pons ou Swann Arnaud – qui n’est tout de même pas loin d’en faire des caisses en bad guy – Douglas Attal ayant réussi à les embarquer dans cet univers dont ils n’étaient pas familier. Sa mise en scène épurée mais plutôt soignée, avec un acte final qui tente s’embrasser à bras le corps son concept avec des effets spéciaux honnêtes, est également un bon point d’ancrage pour que nous suivions du début à la fin cette enquête super-héroïque.

Avec Comment Je Suis Devenu Super-Héros, Douglas Attal navigue entre les codes du genre super-héroïque et du polar pour une adaptation du roman éponyme de Gérald Bronner qui ne manque pas de panache et un premier long-métrage qui, malgré des défauts, offre au public un film policier qui fait le plein de super. En analysant, via le prisme du réel nos personnages hors du commun, le réalisateur trouve un angle intéressant pour traiter d’un sujet encore à peine effleurer en France, apportant une pierre à l’édifice, qui ne demande qu’à se consolider. Une agréable surprise.

© Netflix

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