Vingt-quatre ans après Space Jam de Joe Pytka, qui voyait Bugs Bunny et Michael Jordan faire équipe pour un match de basket-ball pour le moins cartoonesque, les Looney Tunes foulent de nouveau le parquet aux côtés de l’une des superstars actuelles de la NBA, à savoir LeBron James, à l’occasion de Space Jam : Nouvelle Ère, mis en scène par Malcolm D.Lee (Scary Movie 5, Girls Trip) et comprenant également au casting Don Cheadle, Sonequa Martin-Green, Cedric Joe, Xosha Roquemore et Khris Davis.

Si le format court leur sied à merveille, les Looney Tunes ont pour le moment été plutôt mal desservis en ce qui concerne le cinéma, leurs aventures sur grand écran ayant plus ou moins divisé public et critiques, surtout lorsque la réalisation mêle animation et prises de vues réelles. Cela n’est pas prêt de changer avec Space Jam : Nouvelle Ère, qui est une tentative vaine de renouer avec ce qui faisait le charme de son prédécesseur – qui avec le temps jouit d’une certaine aura (grâce à la nostalgie des années 90) – Warner Bros. se prenant les pieds dans le filet à cause de son incapacité à mettre en valeur Bugs Bunny et ses camarades de jeu.

S’il n’est pas sans défauts, le films de Joe Pytka réussissait un minimum à capter la folie inhérente à nos toons, nous faisant croire à ce match improbable où Michael Jordan, Wayne Knight et Bill Murray portaient le maillot de la Tune Squad pour venir à bout des Moonstars. À l’inverse, Malcolm D. Lee peine à nous embarquer dans ce mic-mac en chair et en pixels, ne sachant pas quoi faire du script qui lui a été mis entre les mains, oubliant sa raison d’être : nous divertir. L’intrigue, concoctée par moins de cinq scénaristes (Juel Taylor, Tony Rettenmaier, Keenan Coogler, Terence Nance et Celeste Ballard), est d’ailleurs la concrétisation de ce que dénonçait en partie Steven Spielberg dans Ready Player One, avec un studio jouant avec le fan-service à des fins mercantiles, perdant de vue son objectif qui était de nous proposer une partie de basket délirante.

En préférant se faire la vitrine des propriétés intellectuelles de Warner Bros., cet opus de Space Jam manque son tir et rate clairement sa cible en ne parvenant pas à se positionner clairement sur le terrain. On aurait pu croire au départ que le second degré était de mise, avec l’idée d’un algorithme sur lequel se repose les studios pour concevoir leurs productions, ce qui aurait permis d’égratigner Hollywood comme avait su le faire Joe Dante et Eric Goldberg dans Les Looney Tunes Passent à L’Action. Mais passé une séquence dans les bureaux de la major, nous constatons malheureusement que le premier degré est au rendez-vous, alors qu’il y avait de la matière pour livrer une critique de la société de divertissement et de sa vacuité sous le ton de l’humour, surtout avec nos personnages animés dans l’équation. Bugs, Daffy, Lola, Sylvestre, Titi et consort se retrouvent alors pris entre deux feus et ne peuvent rien faire pour sauver les meubles…

Déjà que les problèmes familiaux entre LeBron James et son fils, qui ne veut pas suivre les traces de son sportif de papa, sont assez pénibles à suivre, cette virée en plein Warnerverse n’arrange en rien les choses, avec des passages peu inspirés dans les univers de Casablanca, Superman, Game Of Thrones, Harry Potter ou encore Matrix, étirant inutilement le long-métrage – qui dure près de deux heures. Pris au piège des serveurs de la compagnie par ce fameux algorithme, Al G, qui est incarné par un Don Cheadle en sur-jeu (devenant rapidement irritant), notre as du ballon rond doit remporter un match face à la chair de sa chair pour espérer sortir de ce cauchemar virtuel. Pourtant, malgré quelques gags de la part des Looney Tunes et la volonté de piocher dans les codes du jeu-vidéo pour insuffler un peu de rythme à la partie, la sauce ne prend pas. Difficile de se laisser porter par ce match, pas aussi fou qu’espéré, la mise en scène de Malcolm D. Lee n’aidant pas à instaurer l’énergie nécessaire pour adhérer ne serait-ce qu’un chouilla à ce triste spectacle.

Space Jam : Nouvelle Ère est la preuve qu’une fois de plus, Warner Bros. ne sait pas quoi faire de la licence Looney Tunes, préférant s’adonner à une promotion géante de son catalogue plutôt que de faire l’effort de nous proposer un délire digne de ce que l’on voit depuis des décennies dans les Merrie Melodies et autres formats courts mettant en avant Bugs Bunny et ses irrévérencieux partenaires de cour de récré. Ici, Malcolm D. Lee rate son panier à trois points et nous convie à un match éreintant, servi par un scénario peu propice au divertissement. Adieu folie, bonjour ennui.

© Warner Bros.

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