[Critique] Mon Cousin, le (dé)goût de l’autre

Dix ans après Coco Chanel & Igor Stravinsky (et huit ans après sa participation au film à sketches Les Infidèles), Jan Kounen fait son retour sur grand écran avec Mon Cousin, une comédie comprenant au casting Vincent Lindon, François Damiens, Pascale Arbillot, Alix Poisson et nous faisant suivre les retrouvailles pour le moins mouvementées entre un PDG d’une grand entreprise et son cousin, motivée par la signature d’un contrat juteux…

Avec Mon Cousin, Jan Kounen s’essaye à la comédie et nous livre sa vision du buddy movie à la française, pour un résultat malheureusement trop inégal pour rester dans les annales du genre, la faute à un scénario convenu.

En effet, si l’on pouvait se réjouir de voir le réalisateur tenter d’apposer sa patte expérimentale sur une catégorie reine dans le paysage hexagonal, force est de constater que le résultat n’est pas à la hauteur, en ce qui concerne l’humour principalement. Le problème de Mon Cousin est d’avoir été vendu comme une comédie populaire « à la Francis Veber » comme nous l’avons entendu durant sa promotion, sauf qu’au final force est de constater que dans ce domaine, le rire est aux abonnés absents. En cause ? L’écriture du scénario, tricoté par Jan Kounen avec l’aide de Vincent Lindon et Fabrice Roger-Lacan, qui cherche quel ton donné à son intrigue, ne parvenant pas à s’approprier les codes du buddy movie pour l’amener vers un terrain novateur.

S’appuyant sur des ressorts comiques propres au tandem que tout oppose où chacun doit apprendre à cohabiter avec l’autre pour s’apprivoiser petit à petit, le long-métrage ne sort pas des sentiers battus, son principal défaut. De ce fait, difficile de s’attacher dans un premier temps aux problèmes de Pierre Pastié, le PDG d’un grand groupe familial spécialisé dans la vente d’alcool, dont l’avenir dépend d’un contrat mirobolant. Un futur fructueux qui dépend de son cousin Adrien, détenteur à 50% de la société et dont la signature est attendue de pied ferme pour conclure une affaire juteuse. Un cousin qu’il ne peut supporter car synonyme de problèmes en tout genre et qui va vouloir s’immiscer dans sa vie professionnel à son plus grand regret.

Un schéma classique donc, où le tempérament carré de l’un va se confronter avec pertes et fracas au caractère moins terre à terre de l’autre. Dans ce cas précis, notre patron va devoir composer avec son imposant cousin, qui l’érige en une figure de modèle et lui ouvrir les portes de l’entreprise, afin d’obtenir ce qu’il attend de lui : cette fameuse signature, capital pour ce dernier. De cette collaboration – fortement intéressée – va s’ensuivre un voyage d’affaire tournant au fiasco avec incidents techniques à la clé et un contrat qui s’éloigne des plus en plus des mains de notre PDG un brin stressé. De ce parcours semé d’embûches, qui ne provoque que très rarement le rire, va s’inviter le passage de la remise en question.

Dès lors que l’émotion et l’introspection entrent en jeu, dans la dernière partie de l’intrigue, Mon Cousin se met finalement à déployer ses ailes et décoller, nous faisant regretter qu’il est fallu autant de temps pour trouver le ton juste pour traiter de cette relation conflictuelle. Analysant ce dégoût de l’autre, Jan Kounen, Vincent Lindon et Fabrice Roger-Lacan, ajoutent une certaine profondeur à leur scénario et le mélange doux-amer proposé se révèle payant. L’anticonformisme d’Adrien sert de moteur à la réflexion quant à la froideur du monde moderne et du capitalisme, où le profit règne en dépit de l’humain et ce parallèle se montre pertinent car l’on ne se moque pas du doux-rêveur mais bien du mec dédiant sa vie à son travail, se transformant en une machine calculatrice.

De cet acte final, nous pouvons pleinement apprécié le jeu du casting, à commencer par Vincent Lindon, qui met de la nuance dans sa prestation et arrêtant de s’énerver et de gesticuler dans tous les sens pour appuyer sur le stress de son personnage. En s’apaisant et dévoilant les failles de Pierre, l’acteur vise juste et se sort du carcan précédemment établi. Quant à François Damiens, ce dernier se montre gentiment lunaire et l »empathie qu’il dégage de sa partition à fleur de peau sont l’une des forces du film, son capital sympathie aide à croire au tandem qu’il forme avec son comparse. Pascale Arbillot et Alix Poisson ne sont bien entendu pas en reste et offrent un bon contre-pied à leurs homologues masculins, en particulier à Vincent Lindon, permettant d’instaurer une sensibilité qui se conjugue avec celle diffusée par François Damiens.

Quant à la réalisation de Jan Kounen, celle-ci est le second point positif de Mon Cousin puisque le metteur en scène essaye d’introduire du rythme à une intrigue qui en manque et y parvient par son sens du cadrage et de la cadence. La réalisation inspirée et la photographie soignée du métrage nous rappelle, par petites doses, que Kounen est un faiseur d’images. Grâce à l’apport de son savoir-faire, entre séquences oniriques, moments de poésie et scènes d’actions, Kounen parvient à faire pointer le divertissement par le bout du nez.

Sentiments partagés devant Mon Cousin, qui signe un retour en petite forme pour Jan Kounen, dont le grain de folie et le sens de l’expérimentation laissent place à une certaine conformité avec une comédie ne sortant pas des sentiers battus. S’il pâtit de son scénario attendu, le long-métrage évite la faute de goût grâce à sa réalisation enlevée et la complémentarité du tandem Vincent Lindon/François Damiens.

© Eskwad / Pathé Films

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