[Critique] Enragé, le fou du volant

Un an après American Dreamer, inédit chez nous, le réalisateur Derrick Borte est de retour derrière la caméra avec Enragé, qui comprend au casting Russell Crowe, Caren Pistorius, Gabriel Bateman et nous fait suivre le calvaire vécu par une conductrice à la suite d’un malencontreux incident avec un automobiliste…

Avec Enragé, Derrick Borte nous propose un thriller tendu qui fonce tête baissée vers la série B nanardesque pour un résultat brutal mais dénué de nuances.

Simple ‘road rage’ se transformant en cauchemar éveillé, le long-métrage ne brille sûrement pas par son scénario qui est à des années lumières d’un Duel de Spielberg ou d’un Chute Libre de Joel Schumacher, son postulat – image à l’appui – étant que la société pousse les gens au bord de la crise de nerfs – expliquant la montée graduelle de la violence dans notre vie de tous les jours. Soit, sauf que le fou du volant monomaniaque qui est au coeur d’Enragé est clairement un psychopathe et non un homme à bout au vu de ses agissements, faisant perdre en un temps record le peu de crédit qu’avait le film, qui en plus n’exploite pas réellement cette idée.

Le scénario, écrit par Carl Ellsworth, se démène avant tout à nous plonger dans le chaos le plus total en nous plongeant dans la journée infernale d’une mère de famille déboussolée, entre ses problèmes personnels et professionnels, qui avec son fils vont malheureusement tomber sur notre roi du dérapage incontrôlé. Un retard, un feu vert et une voiture qui n’avance pas, voilà ce qui va mettre le feu aux poudres entre Rachel et un conducteur d’un pick-up, qui n’est nul autre que notre enragé du bulbe qui n’attendait qu’une étincelle pour laisser sa rage prendre le dessus. Si évoquer les incivilités, au volant ou dans d’autres situations de la vie ordinaire, est un bon point, l’intrigue met le pied au plancher pour basculer dans une quête de vengeance bien sanguinolente. Là encore, il y avait de la matière à proposer plus que cette ébauche de séquences chocs mais le mot d’ordre étant d’aller droit au but, le scénariste ne s’embarrasse d’aucun relief quant aux tenants et aboutissants.

Ainsi, durant près d’une heure et demie, nous assistons à une course poursuite puis à un jeu du chat et de la souris entre la victime et son bourreau, qui veut faire de la vie de cette dernière un véritable enfer et y met clairement les moyens. Que ce soit à coup de volant, d’accélérateur, de poings, de couteaux, de ciseaux et même de tasse à café (oui, oui), la violence règne en maître. Ne voulant n’être rien d’autre qu’une série B qu’on regarde une fois entre amis pour se marrer, Enragé s’engage dans une voie toute tracée oubliant toute retenue. Curieusement, on ne peut s’empêcher de regarder ce triste spectacle et même lui trouvé un côté distrayant, grâce à cette absence de finesse, qui prend corps dans la prestation habitée de Russel Crowe, la seule et unique raison d’être du film et son atout principal. Sourcils froncés, mâchoire serrée, l’acteur est en roue libre dans la peau de ce déséquilibré au tempérament sanguin, adepte de cachetons et de poing dans la figure. Pas de bagarre autour du monde au programme pour l’interprète de Maximus mais une course folle à travers la ville, pour une partition tout en sur-jeu.

Côté réalisation, Derrick Borte ne s’en sort pas si mal concernant les nombreuses scènes d’action et de violence qui parsèment son long-métrage, retranscrivant avec brutalité ces moments de destruction et de sauvagerie. Mais ce dernier ne parvient pas à faire grimper la tension au niveau de sa mise en scène, là aussi se contentant de foncer dans le tas. Efficace pour la forme mais le fond aurait gagné en profondeur.

Brut de décoffrage et pas subtil pour un sou, Enragé de Derrick Borte est une virée chaotique et bordélique sur l’autoroute de la furie. Série B aux relents de nanar, le long-métrage possède pourtant un atout dans sa manche pour nous faire rester jusqu’au bout de ce spectacle de fou furieux : un Russell Crowe en mode over the top.

© SND

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s