[Critique] La Forêt De Mon Père, une symbiose fragilisée

Après une série de courts-métrages et de documentaires, la scénariste et réalisatrice Vero Cratzborn livre son premier film, La Forêt De Mon Père qui comprend un casting composé de Ludivine Sagnier, Léonie Souchaud, Alban Lenoir, Mathias Bour, Saskia Dillais de Melo, Carl Malapa et nous introduit à une famille unie devant faire face aux troubles de l’un de ses membres…

Avec La Forêt De Mon Père, Vero Cratzborn livre une première oeuvre sensible qui traite avec subtilité de la psychiatrie et des conséquences du mal-être sur l’équilibre familial.

Le scénario du long-métrage, écrit par la réalisatrice avec la collaboration de François Verjans et Eve Deboise, se montre sincère dans sa démarche, s’attelant à nous montrer la dégénérescence progressive liée aux maladies mentales, à la fois sur le patient et sur ses proches. Ainsi sur un ton doux et amer, nous voilà introduits à une famille aimante, solide et robuste tel un arbre. Lorsque la branche porteuse de celui-ci se craquelle, à savoir le père, qui perd peu à peu le sens des réalités, un déboussolement qui lui vaut de perdre son travail puis sa raison, la symbiose du végétal s’en voit fragilisée.

Évitant tout pathos ou misérabilisme, Vero Cratzborn se centre avant tout sur l’incompréhension face à cette situation, interrogeant nos personnages sur la démarche à suivre lorsque l’un des leurs sombre dans la folie. Comprendre soi-même ce qui se passe et l’admettre, tel est le chemin qui s’offre à chacun des piliers de ce foyer et nous suivons avec mélancolie les errances de Jimmy mais également de sa femme Carole et de leur fille aînée Gina. Ces trois figures digèrent cette épreuve à leur manière et nous assistons alors à un récit d’émancipation, classique dans sa forme, où l’affranchissement est la norme pour sortir de l’impasse et réapprendre à vivre, sans oublier ceux que l’on aime.

Ce lien affectif, omni-présent dans La Forêt De Mon Père est l’atout-coeur du film, un point fort qui doit beaucoup à la prestation du casting et plus particulièrement du trio principal. L’amour inconditionnel de ce cocon familial ressort à l’écran grâce à l’alchimie entre Ludivine Sagnier, Léonie Souchaud, Alban Lenoir, dont les affinités permettent de croire en cette fratrie et en leur désarroi. Sagnier et Souchaud nous transmettent les doutes et les espoirs de cette mère et sa fille, entre moments de complicité et de conflits tandis que Lenoir parvient, avec une certaine finesse à faire souffler le chaud et le froid quant aux agissements de cette figure paternelle à la dérive.

Ne pas chercher à en faire trop et rester dans ce traitement simple mais juste, un point de vue qui transpire jusque dans la réalisation de Vero Cratzborn, assez scolaire mais qui se démarque de temps à autre lors de passages plus poétiques, que ce soit les séquences naturalistes en forêt, lieu symbole de refuge, coupé du monde extérieur et paisible, ou cet instant enlevé entre mère et fille, permettant de souffler un peu au milieu de ce chaos en devenir. S’il y avait une scène à retenir, qui combine les thématiques creusées durant le métrage, ce serait cette virée en voiture, où la tension monte crescendo alors que l’inconnu se dessine sur la route et devant les yeux de notre famille, un moment pivot pour le film et le spectateur.

Avec La Forêt De Mon Père, Vero Cratzborn nous propose un premier long-métrage singulier, qui traite d’un sujet délicat avec tendresse, ne cherchant pas à susciter l’émotion à tout prix et se montrant sobre dans sa démarche, afin de se concentrer sur la cellule familiale et ce qui fragilise ou renforce son équilibre. Porté par une distribution attachante, le film se veut simple mais ne manque pas de cœur.

LaForêtDeMonPère

© La Forêt De Mon Père

 

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