[Cinéma] Sur un air…d’Ennio Morricone

Aujourd’hui, le compositeur italien Ennio Morricone s’en est allé, à l’âge de quatre-vingt onze ans, laissant orphelin le monde du septième art. En hommage au célèbre maestro, à la carrière prolifique (près de cinq ans bandes originales de films en soixante ans) revenons en quelques mots sur certaines de ses partitions mémorables, qui ont marqué à jamais l’histoire du cinéma.

S’il s’est essayé à tous les genres, du drame à la comédie en passant par le giallo, le nom d’Ennio Morricone est indissociable du western et plus précisément du western spaghetti, dont il a participé à son avènement durant les années 1960/70. Sa collaboration avec le réalisateur Sergio Leone a d’ailleurs sonné comme une évidence tant les deux hommes se sont complétés, la musique répondant à la réalisation avec force et vigueur pour un résultat des plus harmonieux. Lorsque l’on parle d’œuvres comme Il Était Une Fois Dans L’Ouest, Pour Une Poignée De Dollars ou Le Bon, La Brute Et Le Truand, la bande originale de Morricone nous revient directement en tête, en même temps que les séquences mises en lumière par ses compositions originales et atypiques, témoignant de sa créativité, l’artiste aimant les expérimentations.

Ennio Morricone, c’est avant tout un style et à travers les thèmes présents dans ces westerns, une patte particulière qui a aidé à ancrer ces films dans l’inconscient collectif, créant instantanément des moments de cinéma de l’arrivée iconique de Clint Eastwood, avec son célèbre poncho (sur le thème principal de Pour Une Poignée De Dollars), à l’entrée en scène mythique de Charles Bronson, au son de l’harmonica (Il Était Une Fois Dans L’Ouest), en passant par les déambulations d’Eli Wallach dans un cimetière durant Le Bon, La Brute Et Le Truand, à la recherche de son butin, une quête menée à rythme entêtant du titre The Ecstasy Of Gold. Des mélodies cultes, que l’on peut (re)découvrir dans cette rétrospective musicale reprenant les compositions emblématiques du musicien pour ce genre :

Autre collaboration notable au sein de l’immense carrière du compositeur, celle avec Dario Argento, compatriote italien et grand nom de l’horreur. Les deux hommes ont travaillé sur les trois premiers long-métrages du metteur en scène dans les années 70 à savoir L’Oiseau Au Plumage De Cristal, Le Chat À Neuf Queues et Quatre Mouches De Velours Gris avant de se retrouver en 1996 pour Le Syndrome De Stendhal. Cette plongée dans le giallo, genre à la lisière de l’horreur et de l’érotisme, va se perpétuer au-delà de ce travail avec Argento. Morricone va y trouver une source d’inspiration et proposera des musiques déroutantes et avant-gardistes, qui témoignent du côté grandiloquent de ce type de films comme dans La Tarentule Au Ventre Noir de Paolo Cavara ou encore Journée Noire Pour Un Bélier de Luigi Bazzoni. Les pièces majeures de cette période sont à écouter dans cette compilation.

Du giallo à l’horreur pure, il n’y avait qu’un pas et le compositeur l’a franchi en 1982 lorsque John Carpenter, lui demande de composer la bande originale de The Thing, ce dernier étant trop accaparé pour la mener à bien. Le synthé, dont le réalisateur est friand, se retrouve dans la partition de Morricone et c’est sans surprise que le thème du long-métrage soit celui qui se rapproche le plus du style Carpenter, se voulant sombre et sans espoir, nous prévenant de ce qui attend le spectateur dans cette fameuse station enneigée qui nous est présentée, qui va être le théâtre d’une rencontre du troisième type pour le moins sanglante…

Outre les productions italiennes et américaines, Ennio Morricone s’est également illustré en France et ce dès 1969, année où a débutée son association avec Henri Verneuil, qui a pris forme avec La Bataille De San Sebastian et surtout Le Clan Des Siciliens, sorti quelques mois plus tard avec un trio vedette formé Jean Gabin/Lino Ventura/Alain Delon mais outre la performance des acteurs, le public et les critiques retiendront sa musique, dont le thème central avec ces quatre notes de guitare, reconnaissables entre toutes.  Suite à cette si belle coopération, l’artiste et le réalisateur continueront un petit bout de chemin ensemble, pendant près de dix ans avec des oeuvres telles que Le Casse, Le Serpent, I…Comme Icare et Peur Sur La Ville, porté par un Jean-Paul Belmondo au sommet.

D’ailleurs en parlant de notre Bebel national, comment ne pas se rappeler de la conclusion du long-métrage de Georges Lautner, Le Professionnel, dont le point culminant, à savoir le sort réservé au personnage principal, marchant droit vers son funeste destin doit sa dimension tragique aux notes du maestrio, qui se montre là sous un air plus mélancolique avec le titre Chi Mai, qui pour l’anecdote avait déjà été utilisé pour le drame italien Maddalena dix ans auparavant, en 1971. Un autre titre culte, qui aura été connu d’une autre manière par d’autres générations, soit à travers une publicité d’une célèbre marque de nourriture canine soit par rapport au sketch des Nuls, qui reprenait d’ailleurs le concept de cette dite-pub (Royal Rabbin, avec un Chabat un brin cabot). Si cela est un peu moins connu, sachez que Morricone a également participé à la bande originale d’une trilogie populaire chez nous, La Cage Aux Folles, l’adaptation à succès de la pièce éponyme écrite par Jean Poiret. La France, un terreau fertile pour notre musicien qui a su proposer des partitions résonnant toujours dans les mémoires.

Difficile de résumer une si riche carrière en mille mots, tant il y a à dire sur le talent d’Ennio Morricone et sur ses nombreuses collaborations, qui vont de Bernardo Bertolucci à Brian De Palma en passant par Terrence Malick. En tout cas, au fil de ces mélodies partagées, nous avons essayé de montrer que le travail de cet artiste hors-normes était diversifié, éclectique et qu’il parvenait à saisir l’essence des longs-métrages pour lesquels il devait composer.  Sergio Leone disait d’ailleurs de son ami d’enfance : « Il n’est pas mon compositeur, il est mon scénariste ».

Si son talent a été salué dès les années 1960 et la majorité de ses bandes originales sont connues et reconnues, il a tout de même fallu attendre 2016 pour voir le maestro décrocher son premier Oscar de la Meilleure Bande Originale, pour Les Huit Salopards de Quentin Tarantino, soit a deuxième statuette après avoir obtenu un Oscar d’honneur en 2007. Pour terminer cet hommage, écoutons le thème principal de cette huitième réalisation de Tarantino, qui était un fan du musicien, utilisant ses œuvres tout au long de sa filmographie de Kill Bill à Django Unchained :

 

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