[Critique] Bluebird, thriller intimiste

Pour sa première réalisation, Bluebird, l’auteur et scénariste Jérémie Guez adapte  L’homme de plonge, le roman de Dannie M. Martin et s’entoure d’un casting composé de Roland Møller, Lola Le Lann, Veerle Baetens et Lubna Azabal pour porter à l’écran l’histoire de Danny, un ancien taulard aspirant à une vie tranquille…

Avec Bluebird, Jérémie Guez nous livre un thriller solide qui se démarque par son style épuré et son atmosphère singulière, permettant de nous immerger dans un univers sombre et mélancolique où la fatalité règne en maître. Même si elle transpose le récit de base de la chaleur de la Californie à la froideur de la Belgique, cette adaptation n’en reste pas moins fidèle à l’oeuvre de Dannie M. Martin au niveau de son déroulé.

Le scénario, écrit par le réalisateur, se concentre sur la nouvelle vie d’un ancien prisonnier, Danny, qui veut à tout prix faire profil bas pour espérer une seconde chance et une réinsertion réussie après des années derrière les barreaux. Trouvant refuge dans un hôtel, ce dernier se lie petit à petit d’affection à sa gérante ainsi que sa fille, un début de liberté conditionnelle placé sous le signe de l’espoir. Sauf le calme sera de courte durée lorsque l’adolescente se retrouve en danger…

Suivant une trame classique du genre, à savoir le rape and revenge, Bluebird parvient à se démarquer grâce à son côté intimiste, insufflant une amertume tout du long du métrage. Débutant de manière laconique, mettant ainsi en avant la solitude de chacun, l’intrigue prend son temps pour se développer avant de basculer dans un cercle vicieux, pour mieux nous investir à la fois dans la quête de renouveau de Danny mais également dans sa relation avec la jeune Clara, qui va servir de moteur quant à l’avancée de l’intrigue. Le duo est d’ailleurs l’atour majeur du film, naviguant en marge de la société, le premier baissant la garde et se laissant apprivoiser par la seconde, qui comble un vide émotionnel et voit en celui-ci une sorte de figure paternelle.

Le lien instauré fonctionne grâce au charisme de Roland Møller, impeccable dans la peau de ce taiseux et Lola Le Lann, qui électrice l’écran avec sa partition à fleur de peau. L’émotion se dégageant de ces personnages offre un bon contre-point au fatalisme et à la noirceur imprégnant petit à petit la pellicule. D’ailleurs soulignons la réalisation de Jérémie Guez qui propose une mise en scène soignée, s’articulant autour de la solitude des personnages, les perdant tantôt dans de vastes cadres (un terrain vague) puis se rapprochant d’eux pour mieux pénétrer leur psyché, le tout à travers la photographie grisâtre de Dimitri Karakatsanis, ce qui ajoute une aura particulière à ce polar.

Avec Bluebird, Jérémie Guez nous propose un thriller intimiste préférant miser sur l’émotionnel afin de mieux investir le public à cette progressive descente aux enfers emprunte d’amertume et de déterminisme, un choix permettant à ce premier long-métrage de se démarquer, pour un résultat sombre et convaincant.

Bluebird

© Les Bookmakers / The Jokers

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