[Critique] Da 5 Bloods, dommages et intérêts

Deux ans après BlacKkKlansman – J’ai Infiltré Le Ku Klux Klan, qui a été auréolé de l’Oscar du Meilleur scénario adapté, Spike Lee est de retour derrière la caméra avec Da 5 Bloods – Frères De Sang, qui comprend au casting Delroy Lindo, Clarke Peters, Norm Lewis, Isiah Whitlock Jr., Jonathan Majors, Chadwick Boseman, Mélanie Thierry, Jean Reno et nous entraîne au Vietnam où quatre vétérans reviennent au pays pour venir récupérer des biens précieux à leurs yeux…

Avec Da 5 Bloods, Spike Lee fait parler la poudre et les larmes en critiquant ouvertement la Guerre du Vietnam et ses horreurs à travers un long parcours du combattant emprunt d’amertume, qui aurait gagné à être raccourci pour conserver sa force.

Alors que son propos est engagé et que ses thématiques sont pertinentes, mettant en avant les ravages d’un tel conflit, aussi bien physiques que psychologiques tout en pointant du doigt le rôle ingrat confié aux G.I. afro-américains envoyés au casse-pipe sans une once de reconnaissance de la part de leur pays, le scénario s’étire malheureusement en longueur pour réellement marquer les esprits. Ce qui est dommage car celui-ci, co-écrit par Spike Lee et Matthew Billigsky est un brûlot politique ô combien d’actualité, démontrant à raison que ‘Black Lives Matter’, images d’archives de figures historiques à l’appui, de Mohammed Ali à Martin Luther King en passant par Crispus Attucks. Chacun de leur témoignage répond cruellement à l’intrigue du long-métrage de même qu’à notre triste réalité où la violence et le manque de reconnaissance envers la communauté prime alors que ceux-ci se sont sacrifiés pour l’Amérique.

Da 5 Bloods distille ses messages acerbes à travers l’expédition de quatre vétérans, venu au Vietnam pour retrouver le corps de leur ancien frère d’armes, tombé sur le champ de bataille mais également pour récupérer une cargaison d’or cachée depuis quatre décennies. Lorgnant entre le film de guerre et d’aventures, avec des références explicites à Apocalypse Now de Francis Ford Coppola et Le Trésor de la Sierra Madre de John Huston, le film s’attarde sur ce retour éprouvant afin de fouiller la psyché de notre quatuor et ainsi faire ressortir les fantômes du passé. Jonglant entre passé et présent, cette quête dans la moiteur de la jungle tropicale avait tout pour plaire, entre un cadre et une mission propre à la tension, ce qui est le cas durant une bonne heure et demie entre l’exposition des traumatismes liés aux actes perpétrés durant ce passé peu glorieux, que ce soit du côté de nos anciens soldats aussi bien que du côté de la population locale de même que la préparation de ce ‘casse’ et de l’histoire derrière ce trésor de guerre.

Hélas, ce voyage expiateur s’étiole en même temps que l’amitié entre nos vétérans est mise à rude épreuve, entre coups de gueule et crise de paranoïa, de même que le scénario qui s’embourbe dans une accumulation de retournements de situations et d’événements fortuits qui font perdre de sa force au récit. La dernière heure du métrage est brouillonne et sombre quelque peu dans la série B en étirant les mésaventures de nos ‘aventuriers de l’or perdu’ jusqu’au point de non retour, partant dans tous les sens avec des personnages fous furieux, en terrain miné, devant faire face à des ennemis caricaturaux en guise d’apothéose avec, pour couronner le tout, un Jean Reno peu crédible en magouilleur de première.

D’ailleurs en parlant du casting, Delroy Lindo survole ses camarades de jeu avec une prestation habitée et hallucinée dans la peau de ce vétéran perturbé par les horreurs du passé, clairement le meilleur atout de Da 5 Bloods même si Clarke Peters, Norm Lewis, Isiah Whitlock Jr. et Jonathan Majors s’en sortent avec les honneurs de même que Chadwick Boseman, impeccable en leader charismatique et réfléchi. En dehors de Jean Reno, Mélanie Thierry est la seconde ‘frenchy’ de cette distribution et cette dernière se démarque de son homologue avec une partition crédible, pour un second rôle solide. Quant à la réalisation de Spike Lee, celle-ci est le point fort du film, réussissant à nous plonger dans cet enfer aux côtés de nos héros grâce à sa mise en scène enlevée, alternant entre les formats des images pour délimiter les deux timelines de son intrigue et proposant ses plans ‘phares’ tout en s’essayant à insuffler de la nouveauté avec des séquences d’actions et de tensions maîtrisées. La photographie lumineuse de Newton Thomas Sigel ajoute un cachet non négligeable à l’ensemble et nous fait croire en cette virée en plein jungle hostile.

Toujours aussi engagé, Spike Lee frappe fort avec Da 5 Bloods, qui nous ouvre les yeux sur le sacrifice des soldats afro-américains durant la Guerre du Vietnam et sur ce devoir de mémoire face à ces hommes oubliés et ignorés par l’Histoire. Malgré son propos pertinent et prêtant à réflexion, il est toutefois regrettable que ce voyage au bout de l’enfer pâtisse d’un scénario bien trop long pour réellement marquer les esprits, perdant de sa puissance dans une dernière partie poussive. Si elle n’est pas exempte de défauts, on ne peut nier que cette mise en lumière de ces traumatismes du passé était nécessaire. 

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© Netflix

 

2 réflexions sur “[Critique] Da 5 Bloods, dommages et intérêts

  1. Je suis tout à fait d’accord. Le postulat de départ, l’engagement étaient extrêmement prometteurs et actuels mais le scénario est poussif, traîne en longueur et dessert fortement le propos. D’ailleurs je n’ai même pas fini le film…

    Aimé par 1 personne

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