[Critique] Yves, un frigo qui vous veut du bien

Quatre ans après Gaz De France, Benoît Forgeard est de retour à la réalisation avec Yves, une comédie loufoque qui comprend au casting William Lebghil, Doria Tillier, Philippe Katerine et Alka Balbir, nous faisant suivre Jérém, un rappeur fauché qui va voir son quotidien bousculé par l’arrivée de son nouveau réfrigérateur doté d’une intelligence artificielle…

Avec Yves, Benoît Forgeard signe une comédie gentiment absurde, pêchant un peu sur la forme mais se révélant perspicace sur le fond.

Les nouvelles technologies et plus précisément l’intelligence artificielle sont au centre du scénario co-écrit par le réalisateur et Alain Layrac, qui se veut une satire de notre société de consommation et de notre dépendance à tous ces objets connectés.

Malgré ce sujet indéniablement pertinent, le long-métrage met du temps à trouver sa voie, la faute à une intrigue premièrement auto-centrée sur Jérem, un looser de première campé par un William Lebghil tout en flegme et en décontraction, un style qui réussit particulièrement à l’acteur. Si les errances du personnage, un apprenti rappeur à qui le succès ne sourit pas, nous permettent d’entrer dans le vif du sujet et de nous introduire à Yves, le fameux réfrigérateur intelligent ainsi qu’à Digital Cool, la start-up responsable de sa création, via sa représentante So, incarnée par Doria Tillier, nous devons patienter un bon moment avant de voir apparaître la satire au cœur de l’ouvrage, le scénario préférant se concentrer sur son aspect comédie romantique.

Lorsque Jérem, avec la précieuse aide de son ami robotique, voit les portes du succès s’ouvrir à lui, le film accélère finalement son rythme pour mieux critiquer nos agissements et ceux des grands groupes face à la technologie. Le long-métrage se montre enfin acerbe en montrant à quel point l’être humain peut être faible, avec la rapide ascension et la chute encore plus rapide de la carrière de notre rappeur en herbe, ce dernier se reposant avant tout sur Yves et son intelligence artificielle.
D’un autre côté, Benoît Forgeard pointe du doigt les dérives de notre société de consommation, où l’être humain voit ses libertés individuelles disparaître au profit de la propriété intellectuelle de ces sociétés de plus en plus puissantes. Sommes nous les parents de ce que l’on créé à partir de ces objets connectés ? Les machines peuvent-elles remplacer les hommes dans n’importe quel domaine ? Des questions que se pose le réalisateur et dont les réponses trouvées ne manquent pas de piquant, à l’image du concours Eurovision qui se veut le point d’orgue de cette satire.

Ces questionnements, qui pullulent lors de la deuxième partie du long-métrage améliorent sa qualité, car si le trait peut paraître forcé, nous ne sommes pas si loin de la vérité et les railleries sonnent juste. Mieux encore, quand les états-d’âmes de notre cher Yves entrent en jeu, l’intrigue prend une autre dimension. Malgré son côté si froid, notre appareil électro-ménager à un cerveau qui bouillonne et des sentiments qui l’envahissent. Entre Envie, amour et jalousie, Yves se montre au final plus humain que ses créateurs et ses relations avec Jérem ainsi que So alimentent le dernier quart du film.

Si ce dernier avait été privilégié par rapport à son homologue humain dès le départ, Yves aurait gagné en rythme et absurdité. Une présence plus importante de Philippe Katerine, toujours excellent, aurait également aidé à l’ensemble, son ton décalé étant un point positif, surtout dans une oeuvre telle que celle-ci mais il est malheureusement sous-exploité. Quant à la réalisation de Benoît Forgeard est trop consensuelle et sa caméra trop statique aurait gagné à être plus virevoltante, pour instaurer plus de folie. Sur ce point précis, il faut se pencher sur la bande originale et les paroles absurdes de ‘Carrément Rien À Branler’ ou encore ‘Mon Meilleur Ami Est Un Frigo’ que l’on doit à Forgeard aidé des compositeurs Mim et Tortoz.

Soufflant le chaud et le froid, Yves est une comédie satirique qui, malgré un très bon sujet nous alertant sur le consumérisme et les nouvelles technologies, perd trop de temps à trouver son rythme de croisière. Si les acteurs sont bons et que les objets connectés sont d’excellents partenaires de jeu, Yves manque finalement de mordant. Une expérience en demi-teinte mais une critique avisée sur notre société.

Yves

©Le Pacte

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