Huit ans après le court-métrage L’Entretien, qu’il avait co-réalisé avec son comparse Félix De Givry, Ugo Bienvenu s’est récemment envolé en direction du septième art avec Arco. Porté par les voix de Oscar Tresanini, Margot Ringard Oldra, Louis Garrel, William Lebghil et Vincent Macaigne, ce premier long nous propulse en 2075, se concentrant sur la rencontre d’une petite fille de 10 ans et d’un mystérieux garçon vêtu d’une combinaison arc-en-ciel – tombé du ciel.
Récemment auréolé du César du Meilleur Film d’animation (ainsi que du César de la Meilleure Musique), Arco est fin prêt à tirer profit de sa notoriété en débarquant dans nos salons. Venant de sortir en DVD, Blu-ray, cette première incursion dans le domaine du cinéma de la part de Ugo Bienvenu est un quasi sans-faute, le réalisateur laissant transparaître sa patte sensible avec finesse, en nous conviant à une fable humaniste porteuse d’espoir. Dans un quotidien s’assombrissant de jour en jour, au gré des conflits mais également des catastrophes climatiques, comment croire en de meilleurs lendemains ?
De ce contexte pessimiste, qui l’aura notamment taraudé durant l’épidémie de COVID-19, le cinéaste s’est lancé dans une aventure XXL, se laissant porté par un dessin préparatoire inspirant – celui d’un arc-en-ciel se transformant en un personnage. Un prisme lumineux perçant les nuages pour mieux laisser éclater ses couleurs vives, tel un phare éclairant la nuit. Un symbole servant ici de moteur à une histoire de fraternité, rappelant au spectateur de l’importance de tisser des liens, de se reconnecter à soi et à la nature. À travers le script concocté par Ugo Bienvenu et son coscénariste Félix De Givry, se dessine un récit simple mais efficace, où une rencontre fortuite entre deux êtres issus – littéralement – de deux mondes différents, remet en perspective leur perception de l’environnement qui les entourent. Et ce pour mieux les amener à grandir.
Dans un 2075 qui n’est pas si éloigné de notre époque visuellement parlant, où l’avénement de la technologie accélère la déconnexion entre les hommes, la jeune Iris se désespère de retrouver cette chaleur humaine qui lui manque tant. Et pour cause, accaparés par leur travail, ses parents ne sont que de simples hologrammes et ce qui ressemble le plus à un parent pour elle se révèle être un robot de maison. Alors quand un enfant surgissant d’un arc-en-ciel atterrit à ses pieds, notre héroïne voit s’ouvrir un nouveau champ des possibles, de nouveaux horizons. Il faut dire que ce mystérieux Arco a une origine surprenante, puisqu’il est un visiteur du futur – comme nous le montre explicitement la séquence d’ouverture du long-métrage.
En faisant se confronter deux solitudes, deux univers diamétralement opposés, Ugo Bienvenu sème ainsi les graines d’une réflexion sur les combats à mener pour s’assurer un avenir, que ce soit la nécessité de reconsidérer son prochain ou l’urgence de préserver l’environnement – le tout à hauteur d’enfant. Les interactions entre Arco et Iris aident à donner du corps à l’intrigue, nos protagonistes étant le miroir des inquiétudes du réalisateur quant au futur. Comme le disait un certain président de la République, notre maison brûle et nous regardons ailleurs, une réalité que nous retrouvons ici – avec un twist. Le fait d’évoquer un optimisme certain quant à un changement de braquet sur notre vision des choses, étriquée pour notre génération, mais pas pour celle qui suivra – celle-ci étant consciente des efforts à faire pour ne pas répéter les erreurs du passé.
En sachant jouer avec ses temporalités, avec ses thématiques, Arco gagne en profondeur, se voulant un conte écologique emprunt de philosophie sur le temps que l’on passe sur cette bonne vieille Terre – une grande dame dont il faut prendre soin, collectivement. Ajoutez à cela une animation léchée, dont le trait et la fluidité se rapproche du style Ghibli, à la photographie éclatante et vous obtenez une œuvre made in France des plus qualitatives, faisant office de carte de visite de premier ordre pour Ugo Bienvenu.
