Deux ans après Toni en famille, Nathan Ambrosioni retrouve son poste de réalisateur – et Camille Cottin – pour les besoins de son nouveau film, Les Enfants vont bien. Présenté en avant-première lors de la 26e édition de l’Arras Film Festival, ce drame délicat (qui comprend également au casting Juliette Armanet, Monia Chokri, Guillaume Gouix) s’articulant sur le fébrile parcours de Jeanne, se retrouvant du jour au lendemain avec ses neveux sur les bras…

Comme il l’a démontré avec son second long-métrage, Nathan Ambrosioni se plaît à analyser sous toutes les coutures les fondements de la structure familiale et les multiples causes pouvant mener à son effondrement. S’il avait précédemment porté son regard sur les interrogations d’une maman solo cherchant à se réinventer alors que ses oisillons quittent le nid, le réalisateur approfondit sa démarche quant à la notion de l’absence. Et pour s’y faire, celui évoque un sujet sensible, à savoir les disparitions volontaires, synonyme de tsunami intérieur pour les personnes y étant confrontées.

Un bouleversement servant de moteur à cette chronique douce-amère qu’est Les Enfants vont bien, où l’incertitude rime avec sollicitude. Alors que semblait se dessiner une reprise de contact entre deux sœurs s’étant perdues de vue, l’intrigue ne tarde pas à révéler son véritable fil rouge, l’évaporation brutale de l’une d’elles. Suzanne. Ne laissant qu’une lettre, cette dernière laisse son aînée Jeanne – mais surtout ses enfants – dans le désarroi le plus total. Un événement soudain fracassant le quotidien de ces proches n’ayant aucune piste, aucune réponse pour tenter de comprendre ce qu’il vient de se passer. Un vide bien difficile à combler pour nos protagonistes, qui doivent à la fois digérer ce départ précipité mais aussi apprendre à vivre ensemble dans un tel contexte.

Sans appuyer sur le pathos, Nathan Ambrosioni traite du mal-être sous toutes ses formes, en concentrant son récit sur les conséquences de la disparition d’un être aimé, de manière volontaire qui plus est. Quid des recherches ? Quid de l’avenir des enfants ? Des questions ici abordées avec un certain tact, l’essentiel résidant dans la progressive relation se nouant entre cette tante – devenant une figure maternelle de substitution – et ses neveux, Gaspard et Margaux. Dans un climat de prime abord austère, la maison aseptisée de Jeanne se mue en un foyer à part entière, le poids de la douleur de chacun de ses habitants se dissipant quelque peu au gré de leur avancée commune vers l’inconnu. Car en dépit de cette chape de plomb que représente l’évaporation de Suzanne, nos personnages se doivent de ne pas se laisser écraser, de regarder vers l’horizon malgré tout. 

Vous l’aurez compris, Les Enfants vont bien est un exercice scénaristique, se reposant sur l’opposition entre le poids des mots et la force du silence, permettant d’expliciter les doutes de cette famille dysfonctionnelle apprenant à s’apprivoiser, à s’ouvrir aux autres. De quoi permettre au réalisateur de s’attarder avant tout sur la direction d’acteurs, laissant à Camille Cottin ainsi qu’aux jeunes Manoâ Varvat et Nina Birman tout l’espace nécessaire pour s’exprimer (le tout avec le soutien de Monia Chokri, tendre second rôle), ce qui fait la force de l’œuvre. Un numéro de comédien(ne)s pliant à la monotonie de la mise en scène, qui manque quelque peu d’ampleur – et créé un faux-rythme (notamment en milieu de métrage). Quoiqu’il en soit, Nathan Ambrosioni gagne en maturité, se montrant décidément inspiré par sa collaboration avec Camille Cottin, fructueuse.

© Manuel Moutier – Chi-Fou-Mi Productions



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