Quatre ans après On est fait pour s’entendre, Pascal Elbé retrouve sa casquette de réalisateur, rempilant derrière la caméra avec La Bonne Étoile. Comprenant Benoît Poelvoorde, Pascal Elbé, Audrey Lamy, Zabou Breitman, Hugo Becker ou encore David Talbot au casting, le long-métrage nous entraîne en pleine Seconde Guerre Mondiale, alors que nous suivons les tribulations d’un français plutôt lâche, tentant de prendre la poudre d’escampette face aux allemands – quitte à prendre des décisions insensées.
Convoquant l’esprit de la comédie franchouillarde des années 70, Pascal Elbé se met au service d’une fable humaniste où l’humour ne manque pas de cœur, afin de démontrer que même dans les heures sombres de l’Histoire, l’espoir reste de mise. Et pour s’y faire, l’acteur/réalisateur se base sur un postulat pouvant faire grincer des dents dans le contexte actuel, mais se révélant pertinent dans le contexte du film : La place du peuple Juif dans une France n’étant plus que l’ombre d’elle-même.
Ainsi, avec La Bonne Étoile s’initie une grande vadrouille dans un pays en pleine Occupation allemande, n’hésitant pas à se moquer la couardise des français pour provoquer les rires du public – mais aussi l’amener à réfléchir sur la notion de fraternité. Alors que la Seconde Guerre Mondiale bat son plein, l’intrigue s’amuse à suivre la débâcle d’un homme voulant fuir le conflit, embarquant femme et enfant dans une fuite en avant rocambolesque. Déserteur, Jean Chevalin retrouve son foyer, bien déterminé à plier bagage loin des nazis – et des forces armées. Son idée de génie pour déguerpir en toute sécurité ? Se faire passer pour juif, histoire de mettre toutes les chances de son côté et pouvoir entrer en zone libre. Un choix judicieux dans la tête de notre protagoniste, pour le moins ignorant quant à la réalité de l’environnement qui l’entoure.
De cette cruelle ironie, Pascal Elbé s’amuse à croquer les travers de la société de cette époque (faisant écho à notre présent également) par le biais des galères de la famille Chevalin, et plus précisément du père, le tout en usant de stéréotypes et blagues potaches. Si les effets comiques ne sont pas toujours du plus bel effet, la facilité étant souvent au programme, le cinéaste – qui officie également devant sa propre caméra et au scénario – comprend à mi-chemin de son métrage qu’il faut changer de fusil d’épaule, noircissant le trait de son tableau quelque peu défraîchi en rappelant les bassesses de l’être humain à cette sombre période. Alors que les mensonges de Jean l’amène lui ainsi les siens sur une route sinueuse – de même que dans le viseur de la Gestapo – La Bonne Étoile bifurque lentement vers le drame, antisémitisme et persécution entrant en ligne de compte.
De quoi conférer une supplément d’âme à cette pantalonnade, populaire dans le bon sens du terme. En dépit de ses facilités scénaristiques, ô combien nombreuses, le film reste un minimum divertissant grâce à l’abattage de Benoît Poelvoorde, qui se donne à fond pour dérider les zygomatiques de son auditoire mais également les émouvoir. S’il est proche du surjeu dès qu’il s’agit de comédie, certaines vannes étant trop prévisibles, le comédien sait montrer sa corde sensible quand il le faut – et se révéler crédible. Pascal Elbé sait canaliser sa tête d’affiche et c’est tant mieux. Dommage que le script mette du temps avant de prendre de l’ampleur et d’évoquer (avec pudeur) l’horreur de la guerre.
Avec La Bonne Étoile, Pascal Elbé convoque le spectre de l’antisémitisme pour nourrir une comédie sur la débâcle de l’Homme en pleine Seconde Guerre Mondiale, oscillant entre humour facile et bons sentiments.
