Trois ans après avoir mis en scène le troisième volet d’Equalizer en compagnie de son comparse Denzel Washington, Antoine Fuqua change son fusil d’épaule en se retrouvant aux manettes de Michael. Soit un biopic sur l’iconique Roi de la Pop, porté par Jaafar Jackson, Colman Domingo, Nia Long ou encore Miles Teller, se consacrant à son ascension dans le milieu de la musique – que ce soit en famille mais surtout en solo.
Parmi les modes en vogue actuellement dans le monde du septième art, celle du biopic poursuit son essor, le public appréciant de découvrir l’envers du décor de la vie d’artiste et de plonger côté coulisses – où le plus souvent strass, paillettes et autres articifices servent de façade à une réalité moins glorieuse que prévue. Une tendance s’étant accélérée avec le succès de Bohemian Rhapsody, qui mettait en lumière le groupe Queen et plus particulièrement son leader – l’emblématique Freddy Mercury – qui récolta pas moins de 910,8M$ de recettes dans le monde en 2018 et se vit auréolé de quatre Oscar, dont celui du Meilleur Acteur pour Rami Malek.
Un engouement donnant une nouvelle impulsion à cette catégorie de longs-métrages, les projets autour de figures phares de l’industrie musicale se multipliant. Ce n’était donc qu’une question de temps avant que quelqu’un se charge de s’attaquer au monument Michael Jackson. Disparu il y a près de dix-sept ans, l’artiste Jackson a marqué de son empreinte l’industrie musicale, de ses débuts avec ses frères à son envol en solo, qui aura donné lieu à des albums cultes à l’image de Thriller, une pépite multi-recompensé et ayant battu des records de vente avec près de cent millions d’exemplaires vendus sur le globe. Récompensé de treize Grammy Awards au cours de sa prolifique carrière, l’homme public a également fait la une de nombreux journaux et tabloïds pour de nombreux problèmes d’ordre personnels et judiciaire, surtout durant le dernier tiers de sa vie.
Que ce soit via ses succès ou ses zones d’ombres, la personnalité de ce showman hors pair aura toujours suscité des réactions, restant malgré tout populaire en dépit des turbulences traversées, comme nous l’avions constaté au moment de son décès. Et vu l’engouement du public face à Michael, qui a su devenir le numéro un du genre (une suite est déjà dans les tuyaux), on aurait pu croire que le long-métrage avait trouvé une approche originale pour transposer sur le grand écran la vie de ce cher MJ. Malheureusement, comme ce fût le cas pour Bohemian Rhapsody – également produit par GK Films – force est de constater que nous sommes face à un produit formaté, évitant au maximum d’égratigner la Légende du chanteur histoire d’éviter les polémiques. Il faut dire que côté coulisses, beaucoup de pourparlers ont mené à des réécritures du script concocté par John Logan, entre la volonté de figures centrales du clan Jackson de ne pas être associées au projet ou encore les clauses contractuelles de l’affaire Evan Chandler – premier scandale judiciaire impliquant le showman – interdisant toute mention ou représentation de ce dernier.
De quoi mener à ces modifications constantes, avec un troisième acte effacé de la carte, pour mieux esquiver les problèmes entachant Michael. Ici, le but de la production (John Branca et John McClain – qui supervisent la succession de l’artiste – sont d’ailleurs de la partie) est de glorifier l’interprète de Billie Jean et autres titres cultes, d’en faire un être de lumière. En résulte une hagiographie manquant cruellement d’âme, Antoine Fuqua n’ayant pas les coudées franches pour donner de l’ampleur à sa mise en scène et palier la platitude du scénario qui se contente de brosser les fans dans le sens du poil. Suivant la fratrie Jackson des années 60 à 80, ce blockbuster musical se concentre ainsi sur la quête émancipatrice de notre protagoniste, se devant de sortir du joug de Joe – cette figure patriarcale autoritaire – pour exister, pour révéler au plus grand nombre son immense talent. Si l’on apprécie les passages montrant ‘Bambi’ en pleine création artistique (avec le tournage de l’emblématique clip de Thriller) ainsi que l’évocation du contrat avec Pepsi et ses conséquences sur sa santé – avec une reconstitution du malheureux incident l’ayant marqué à vie, dans l’ensemble difficile d’en avoir pour son argent cinématographiquement parlant – la platitude étant au rendez-vous.
Alors oui, (ré)entendre les tubes phares des Jackson 5 et de Michael est un plaisir pour les oreilles, mais qualitativement parlant le résultat est loin d’être à la hauteur. Rajoutez à cela la performance de ce pauvre Jafaar Jackson, qui a travaillé dur pour rendre hommage à son oncle – devenant lui aussi une bête de scène – sans que ses efforts ne soient récompensés dans la mesure où la réalisation d’Antoine Fuqua fait de lui une bête de foire, la direction d’acteurs aux fraises et le montage pour le moins haché ne faisant qu’accentuer le malaise quant à ce jeu de mime bluffant mais curieusement flippant. Le corps du comédie bouge à tout va mais il n’y a point d’éclat dans son regard. Dans le cas contraire, Colman Domingo s’en tire à bon compte dans le rôle du controversé Joe Jackson, l’antagoniste du film – sachant dégager froideur et tension en un clin d’œil. À voir maintenant ce que donnera le second chapitre du Livre de Michael, ce premier ouvrage se clôturant sur le triomphal Bad World Tour de 1988, érigeant l’auteur/compositeur en idole, laissant une immense page à remplir – les années 90/2000 s’apparentant à des montagnes russes pour notre homme.
Il reste un minimum de potentiel que le portrait de MJ prenne de l’épaisseur – même s’il y a fort à parier qu’en haut lieu on préfère continuer à gommer la plupart des zones d’ombres au tableau. De quoi regretter de véritables propositions à l’image de ce qui avait été fait pour Elton John sur Rocketman et Robbie Williams via l’iconoclaste Better Man.
Avec Michael, Antoine Fuqua tente de retracer l’ascension du Roi de la Pop sur le toit du monde mais échoue à proposer un biopic ayant une âme, se contentant malheureusement d’une hagiographie des plus fades.
