[Critique] L’Incroyable Femme des Neiges, vers le paradis blanc
Trois ans après Tout fout le camp, Sébastien Betbeder se rappelle au bon souvenir de son public avec L’Incroyable Femme des Neiges, qui est l’occasion pour le cinéaste de s’entourer […]
Pour ceux qui se font des films en séries
Trois ans après Tout fout le camp, Sébastien Betbeder se rappelle au bon souvenir de son public avec L’Incroyable Femme des Neiges, qui est l’occasion pour le cinéaste de s’entourer […]
Trois ans après Tout fout le camp, Sébastien Betbeder se rappelle au bon souvenir de son public avec L’Incroyable Femme des Neiges, qui est l’occasion pour le cinéaste de s’entourer de Blanche Gardin, Philippe Katerine, Bastien Bouillon, Ole Eliassen ou encore Martin Jensen. Présenté en avant-première lors de la 26e édition de l’Arras Film Festival, le long-métrage se concentre sur le retour au bercail d’une exploratrice de renom, davantage habituée à côtoyer la faune polaire que les humains…
Sébastien Betbeder et le Groenland, en voilà une histoire d’amour indélébile, s’écrivant désormais depuis le moyen-métrage Inupiluk, mis en scène il y a plus d’une décennies désormais. Si l’on pensait que Le Voyage au Groenland (2016) marquerait la fin de son exploration du pays inuit, le réalisateur n’a pas résisté à l’envie de retourner sur ces terres glacées emplies de mysticisme, qui prennent cette fois une valeur symbolique, devenant la parabole de ce vide intérieur pouvant congeler le cœur de tout à chacun – mais surtout un paradis blanc.
Vous l’aurez compris, à travers L’Incroyable Femme des Neiges, se dessine une traversée intimiste évoquant sans détour le spectre de la mort – le tout dans la pure tradition du cinéma de Betbeder, c’est à dire non sans un certain second degré. Du moins durant une bonne partie du voyage. Au centre de cette comédie tendrement décalée, l’inéluctable avancée de Coline Morel, intrépide exploratrice du Pôle Nord, vers le bout du chemin, de son chemin. Complètement à la dérive, notre spécialiste du Yéti Quivvitoq, quitte sa forteresse de solitude, bien décidée à renouer avec ses proches et à se retourner une dernière fois sur son propre passé. Soit le début d’une odyssée mémorielle se partageant entre fantaisie et poésie, laissant ainsi se diffuser un parfum de folie douce, mais n’oubliant jamais de garder les pieds sur terre quant à son intrigue principale.
En dépit des séquences comiques parsèment l’œuvre, surtout présentes durant sa première moitié (avec en point d’orgue une rencontre scolaire peu piquée des hannetons – ou des ours – et une arrestation pour le moins bestiale pour notre héroïne) , le scénario se veut avant tout une réflexion sur le désert que peut devenir notre existence, et sur la difficulté à revenir au contact de l’autre. Que ce soit un amour de jeunesse ou deux frères – les attachants Basile et Lolo – délaissés depuis des années dans le fin fond du Jura. Se dessine alors avec tendresse un chant du cygne particulier, se servant des non-dits pour poser ses enjeux, sans recherche aucune de pathos. Sébastien Betbeder, qui officie seul à l’écriture, se joue du sentimentalisme, préférant aborder l’inéluctable rencontre avec l’incroyable grande faucheuse des neiges de manière métaphorique, faisant entrer en scène un Groenland aux allures d’anti-chambre du paradis dans la dernière partie du film.
Un choix conférant un supplément d’âme à celui-ci, l’immensité des décors naturels offerts par l’archipel arctique étant propices à l’introspection, à la fois pour les personnages mais aussi les spectateurs. Sur ce point outre les plans larges de toutes beautés, le soin porté à la photographie au cours de cet acte émerveillent la rétine. De quoi conclure l’expédition sur une note douce-amère, au soleil couchant. Et, malgré quelques détours sinueux en milieu de parcours, L’Incroyable Femme des Neiges n’en reste pas moins une agréable proposition, invitant à la réflexion quant à l’appréhension de sa mortalité, le tout en bonne compagnie. Blanche Gardin, qui porte le métrage sur ses solides épaules, peut d’ailleurs compter sur le soutien de Philippe Katerine, Bastien Bouillon et Ole Eliassen pour se décharger de ce poids – le tout dans l’humour et la bienveillance.
Avec L’Incroyable Femme des Neiges, Sébastien Betbeder nous entraîne au cœur de ce paradis blanc qu’est le Groenland, devenu le théâtre d’un chant du cygne tendre, loufoque et profondément humain.
