Passée une parenthèse télévisée avec le téléfilm La Fille qu’on appelle, diffusé il y a un an et demi sur Arte, Charlène Favier retrouve le chemin des salles obscures avec Oxana. Comprenant au casting Albina Korzh, Maryna Koshkina, Lada Korovai, Oksana Zhdanova ou encore Noée Abita, ce drame se veut un hommage à l’une des figures fondatrices du mouvement Femen, Oksana Chatchko, disparue en 2018 à l’âge de trente-et-un ans…

Repérée en 2021 avec Slalom, qui dénonçait les abus sexuels dans le milieu du sport, Charlène Favier revient dans le milieu du septième art avec un nouveau film engagé, Oxana. Soit un biopic retraçant – avec quelques libertés – le parcours tumultueux d’une figure du militantisme ukrainien, Oksana Chatchko, qui se sera consacrée corps et âme à la lutte contre une société patriarcale inégalitaire.

Pour saluer le courage et l’abnégation de cette jeune femme ayant tenté de faire bouger les lignes pour ses sÅ“urs d’Ukraine mais aussi du monde entier, la réalisatrice dresse un triptyque gagnant progressivement en contrastes, en noirceur. En effet, les nuances de ce tableau en clair-obscur, peint avec la collaboration avec Diane Brasseur et Antoine Lacomblez – qui consignent le scénario avec cette dernière – s’effacent inéluctablement sous l’effet néfaste d’un détail non négligeable, la toxicité inhérente à une société à deux vitesses où les hommes mènent la danse. Une atmosphère pour le moins austère règne alors d’un bout à l’autre du long-métrage qui nous est proposé, prenant le tempo d’un requiem afin de retracer le chemin de croix sur lequel s’est engagée cette guerrière des temps modernes.

En se partageant entre deux temporalités, Oxana offre un écho pertinent à la tragédie humaine se déroulant devant nos yeux, le passe et le présent se confrontant pour mieux démontrer que dans la réalité, la bataille entre David et Goliath ne se solde pas par une victoire du côté du bien, du plus méritant. Passionnée par l’art, notre protagoniste aura su se réapproprier son corps et l’utiliser comme une arme, la mise à nu de son torse servant à des fins politiques, ses actions dénonçant la prostitution, les dérives du consumérisme et bien entendu la corruption – soit le point de départ d’un mouvement contestataire ayant su dépasser les frontières de l’Ukraine. Les Femen.

Un combat noble, mais qui fît de la jeune femme une martyre moderne – devant fuir son pays et sa famille pour se protéger du pouvoir en place, déterminé à lui nuire elle ainsi que ses camarades. De cette désillusion provient la force dramaturgique du long-métrage, avec un dernier acte où la tension et les dissensions montent en flèche parachevant l’iconisation de notre héroïne, devenant une martyre post-moderne devant la caméra de Charlène Favier. Et grâce à la performance électrique de l’actrice Albina Korzh, qui porte littéralement Oxana sur ses épaules, le ressentiment du spectateur face au sort lui étant reservé, que ce soit la dépossession de son Å“uvre ou son exil.

Avec Oxana, Charlène Favier dresse le portrait d’une guerrière post-moderne, à l’origine du mouvement Femen, à travers un drame engagé où l’euphorie propre à la naissance d’une âme rebelle laisse place à l’amertume de lendemains qui déchantent.

Diaphana Distribution

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