Sept ans après Corpo Eléctrico, le réalisateur brésilien Marcelo Caetano effectue son retour derrière la caméra avec Baby, qui comprend au casting João Pedro Mariano, Ricardo Teodoro, Ana Flavia Cavalcanti, Bruna Linzmeyer ou encore Luiz Bertazzo et se concentre sur le parcours d’un jeune désÅ“uvré tentant de trouver sa place dans une société ne semblant lui laisser aucune chance pour s’intégrer…
Issu du monde du documentaire Marcelo Caetano n’a pas son pareil pour prendre le pouls d’une population livrée à elle-même comme c’est le cas au Brésil, son pays. Et comme il l’avait démontré dans son premier film de fiction, le réalisateur met un point d’honneur à dépeindre l’effervescence propre à une société à deux vitesses, où les inégalités se renforcent, et ce sans manichéisme. Une volonté de ne pas enjoliver la réalité prenant son essor avec Baby, drame incandescent évoquant sans détour ce chemin de croix que représente la réinsertion au sein d’une nation ayant perdu sa boussole morale.
Dans les rues d’un São Paulo portant les cicatrices d’une politique rigoriste, nous suivons ainsi la trajectoire en dents de scie d’un jeune à la dérive tentant de commencer une nouvelle vie maintenant qu’il est sorti d’un centre de détention pour mineurs. En l’absence de repère et d’une structure familiale solide, notre protagoniste nommé Wellington avance seul dans la nuit, telle une âme en peine. Jusqu’au jour où il fait la rencontre du ténébreux Ronaldo, homme d’âge mûr s’amourachant de lui, se décidant à le prendre sous son aile – et à l’introduire au milieu de la prostitution, dans lequel il évolue. Le point de départ d’une relation pour le moins électrique entre ces amants diamétralement opposés, faisant office de récit d’apprentissage brut pour notre oisillon devant apprendre à faire fi des blessures du passé pour tenter d’avancer vers un avenir moins sombre et ce même si le présent se veut une épreuve en soi.
Sortant des sentiers battus quant au traitement de son sujet, en privilégiant la nuance quant à la nature des rapports humains, quant à la toxicité des hommes, le long-métrage se veut une Å“uvre respirant la vie dans chaque pore de sa pellicule, le soin porté à la mise en scène permettant d’offrir un contrepoids frémissant à l’obscurité propre à ce monde contemporain sans foi ni loi. Naviguant en zone de gris, Marcelo Caetano sait avancer ses pions pour marquer le plus de points dans sa démonstration quant à l’abandon de la population par les institutions en place. Dans un système où la répression est de mise, où la question de l’homosexualité fait encore figure de tabou, se serrer les coudes devient une arme pour survivre, peu importe la puissance des liens tissés. Riche de ses contradictions, Baby (titre évoquant le surnom de Wellington en tant que prostitué) offre une peinture saisissante d’une époque où l’individualisme prend malheureusement le pas sur la solidarité.
Il faut lutter pour s’en sortir, se créer sa propre famille pour faire face aux défis de l’isolement, comme en témoigne le parcours de Wellington qui, en dépit de ses multiples errances, gagne en profondeur – et en émotion – grâce aux progressifs moments de grâce offerts par ses échanges avec ces autres laissés pour compte rencontré en cours de route. Ou quand les lois de l’affection aident à ouvrir de nouvelles perspectives à un garçon paumé, apprenant à devenir lui-même, apprenant à s’affirmer. Le tout sans jugement aucun, ce qui fait la force de ce second essai de Caetano dans l’univers de la fiction, sachant tirer profit de son contexte social, politique, tout en donnant la part belle à la prestation de sa distribution, en particulier João Pedro Mariano et Ricardo Teodoro, magnétiques devant la caméra du cinéaste.
Sachant prendre le pouls d’un Brésil inégalitaire et violent, Marcelo Caetano livre avec Baby un drame incandescent tirant profit de ses contradictions afin de dresser le portrait d’une génération marginalisée, devant lutter pour (sur)vivre.



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