Dans le paysage télévisuel français, les séries courtes ont toujours eu une place de choix dans le cœur du public, comme l’auront démontré les succés de Caméra CaféUn Gars Une FilleScènes de Ménages ou encore bref. Imaginée en 2011 par Kyan Khojandi et Bruno Muschio, cette pastille proposée par Le Grand Journal sur Canal + avait instantanément marqué les esprits grâce à son humour percutant et sa narration pour le moins rythmée.

Treize ans après sa conclusion, cette dernière vient d’opérer un retour surprise, nos deux compères ayant décidé de poursuivre les aventures de leur protagoniste, adulescent en perpétuelle quête de soi se retrouvant à une étape de charnière de sa vie alors que s’ouvre à lui les portes de la quarantaine, propice à l’introspection…

Objet télévisuel devenu culte en l’espace d’un épisode, bref. aura su laisser une trace dans la pop culture française, son style de narration devenant une référence (on ne compte plus le nombre de reprises de ce format de près de trois minutes sur la toile et le petit écran). Alors que l’on pensait que cette parenthèse achevée après quatre-vingt deux épisodes, Kyan Khojandi et Bruno Muschio se sont laissés tenter par l’exercice du revival, se rappelant au bon souvenir de leur public avec une nouvelle saison, synonyme de métamorphose aussi bien devant que derrière la caméra.

Si l’on s’était habitué à ces pastilles courtes au montage stroboscopique, ici, nos showrunners ont eu l’idée d’un petit twist pour cette suite. En plus de passer du groupe Canal à la plateforme Disney +, la série change de formule, passant à des épisodes de trente minutes. Une modification de taille, qui laissait craindre une dilution de la force dramaturgique du show original, son format étant en soi une marque de fabrique. C’était sans compter l’amour de l’équipe créative pour leur bébé, qu’ils ne veulent pas mettre à mal. Au contraire, le tandem Khojandi/Muschio met à profit sa maturité, les diverses expériences vécues par chacun sur le petit et le grand écran ayant changé leur vision des choses. Dans cette optique, bref.2 se veut une plongée teintée d’amertume dans le quotidien de ce fameux protagoniste que l’on suivait avec attention de 2011 à 2012, le poids de l’âge amenant à une perception différentes des affres du quotidien.

Ce nouveau chapitre d’explore avec davantage profondeur les problématiques de ce monsieur-tout-le-monde incarné par Kyan, se devant de repartir à zéro à une période de l’existence où la stabilité devrait normalement être au rendez-vous. Suite à une énième relation se finissant en eau de boudin, notre personnage se retrouve dos au mur. Plus de copine, plus. de boulot, plus de fric malgré un appartement à payer (seul désormais) en clair, une situation propice à la remise en question. Cela tombe bien, ce cheminement intime sert de moteur à l’intrigue centrale de cette mouture version longue, le scénario profitant de la lente reconstruction de notre personnage pour évoquer – non sans une certaine créativité – du poids des traumatismes sur son subconscient.

Pouvant compter sur la présence de la majorité du casting original, à l’image de Baptiste Lecaplain, Bérengère Krief, Alice David, Keyvan Khojandi, Mikaël Alhawi ainsi que de petits nouveaux tels que Laura Felpin, Jean-Paul Rouve, Alexandre Astier et Doria Tillier, bref.2 parvient à consolider le petit monde tournant autour de notre héros ordinaire, leur trajectoire personnelle apportant une pierre supplémentaire à son cheminement intime. Que ce soit dans le cercle familial ou amical, le temps est à l’affirmation et ce peu importe les épreuves rencontrées en chemin. Grâce à un budget confortable, Kyan Khojandi et Bruno Muschio utilisent à bon escient leur écrin 2.0 pour user de métaphores quant à la vie mais surtout la mort, des thématiques comme la masculinité toxique ou le cancer se voyant traiter de manière imagée, le tout sans jamais perdre de vue ce style nerveux qui a fait le sel de leur série.

Une multiplication d’ordre cinégénique, apportant une plus-value non négligeable à la qualité de cette saison, l’amertume prenant le pas sur le rire pour mieux donner du corps à la réflexion sur ces maux qui nous rongent. Ce n’est qu’en comprenant l’origine de notre mal-être que l’on peut s’auto-analyser et avancer vers de meilleurs lendemains, soit le mot d’ordre de ce bref.2, qui sait prendre le pouls d’une génération Y quelque peu paumée et se servir de ces errances pour nourrir un scénario prenant des allures de psychanalyse collective.

D’humeur à l’introspection, Kyan Khojandi et Bruno Muschio font évoluer le format de la série bref. afin de proposer une nouvelle saison synonyme de réflexion douce-amère sur ces maux freinant notre cheminement vers l’épanouissement personnel.

© DIsney +

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