Quatre ans après le documentaire P!nk: All I Know So Far (disponible sur Prime Video), Michael Gracey poursuit son exploration du monde de la musique avec Better Man. Soit un biopic se consacrant à la figure de Robbie Williams et ce en sa compagnie, le chanteur – qui est l’artiste solo qui a vendu le plus de disques au Royaume-Uni – donnant de la voix tandis que Jonno Davies s’occupe de l’incarner à l’écran. Ou tout du moins de prêter ses traits à un alter-ego simiesque car oui, l’originalité du long-métrage réside dans le fait que notre protagoniste soit représenté par un chimpanzé, symbole de son immaturité dixit ses propres termes. De quoi pimenter cette rétrospective de carrière en mode rock n’ roll, revenant sur l’ascension de Williams sur la scène britannique…
Depuis le succès de Bohemian Rhapsody en 2018, les biopics musicaux fleurissent à nouveau dans le milieu du septième art, les producteurs multipliant les œuvres destinées à lever le voile sur la vie (souvent dissolue) des vedettes de la chanson, que ce soit celles d’Elton John, Whitney Houston ou encore Bob Marley. Une tendance ne semblant pas prête de s’essouffler puisque cette année s’avère en projets de ce genre, entre Un Parfait Inconnu, Michael sans oublier Better Man, qui nous intéresse ici. Soit un film revenant sur le destin d’une figure de la britpop, l’inénarrable Robbie Williams, qui aura multiplié les succès que ce soit au sein du groupe Take That ou en solo, mais également les frasques.
D’humeur à la confession, Robbie Williams revient sur les étapes clés de sa trajectoire personnelle et professionnelle, sans chercher à en gommer les aspérités, le tout aux côtés du cinéaste Michael Gracey qui a fait du milieu du quatrième art sa spécialité depuis ses débuts derrière la caméra – opérée avec The Greatest Showman. De cette association s’initie une plongée iconoclaste dans la psyché de la pop star, s’affairant à briser l’armure de cette tête brûlée à la voix d’ange à travers un procédé couteux mais astucieux. À savoir se servir d’un alter-ego tout en CGI, cristallisant les troubles intérieurs de cet irrévérencieux que nous suivons sur près de trois décennies, de l’enfance à la consécration, des rues de Stoke-on-Trent à la scène du Royal Albert Hall. Un parcours vers la lumière synonyme de montée à bord des montagnes russes, où les vrilles et loopings sont de mise.
En s’amusant à sortir du cadre propre au biopic, Better Man se veut ainsi un numéro électrisant synonyme d’introspection, puisque derrière les provocations de la star britannique se cache un mal-être palpable, exposé sans fioritures, ce qui fait clairement le charme du long-métrage. Les épreuves inhérentes à une cellule familiale éclatée où l’ombre du père se fait pesante et une célébrité difficile à gérer servent de moteur à cette trajectoire hallucinée sous le feu des projecteurs, démontrant qu’il est difficile de garder la tête froide dans le milieu du show business – surtout lorsque l’on est une personnalité à fleur de peau. Des plaies ouvertes s’exposant aux yeux du spectateur de manière imagée, Michael Gracey exploitant au maximum le budget alloué par Universal Pictures pour travestir la réalité dans laquelle se déroule son œuvre.
Ici, sexe, drogues and rock n’ roll prend tout son sens, les excès de notre chimpanzé de même que ses remises en question s’opérant à grands renforts de séquences stylisées, l’utilisation d’effets numériques permettant au réalisateur de se faire plaisir question mise en scène. Notamment les passages musicaux, aidant à donner un tout autre niveau de lecture à des titres tels que Angels, Comme Undone ou encore She’s The One, grâce à un montage tantôt frénétique, tantôt aérien. Mieux encore, l’aspect bestial adopté pour représenter le chanteur-interprète amplifie l’exposition de ses zones d’ombres, avec en guise d’apothéose une confrontation acharnée entre les différentes versions de ce cher Robbie lors d’une représentation pour le moins chaotique lors du Knebworth Festival, où ce dernier fait face à ses démons et clairement, il faut le voir pour le croire.
Visuellement inspiré, Better Man prend un chemin sinueux mais percutant pour mettre en lumière l’existence mouvementée de Robbie Williams, donnant ainsi lieu à un biopic surprenant et inventif, comme on aimerait en voir plus souvent. Une belle surprise.
