Dix-huit ans après La Promeneuse d’oiseaux, Jacques Otmezguine effectue son retour dans le milieu du septième art avec Le Choix du Pianiste. Comportant Oscar Lesage, Pia Lagrange, Zoé Adjani, Philippe Torreton, Laurence Côte, Andrea Ferréol, Marie Torreton ou encore André Manoukian au casting, cette drame se concentre sur le parcours d’un pianiste de renom, Paul Touraine, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale…
Pour son sixième long-métrage, Jacques Otmezguine convoque l’Histoire afin de tisser une fresque romanesque teintée de tragédie, alors que plane l’ombre de l’obscurantisme, s’apprêtant à bouleverser le destin d’un passionné de musique. En l’occurrence François Touraine, un virtuose du piano se dévouant à son art mais aussi à la femme de sa vie, Rachel.
Mais à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, ce dernier va vivre des expériences traumatisantes qui le changeront à jamais et jetteront sur lui le discrédit. Divisé en trois actes, Le Choix du Pianiste se veut classique dans sa forme mais assombrit progressivement sa partition, laissant apparaître la réalité de la Shoah mais également du quotidien dans un régime nazi, où la collaboration était de mise. Un point crucial dans l’intrigue ici orchestrée par le cinéaste, qui sème dans un premier temps le doute quant aux motivations de son protagoniste et son statut de pariah, la réalité quant à son pas de deux avec l’ennemi se révélant au gré des variations de tons opérées au sein de ce qui se révèle être un requiem.
Quand la passion pour l’être aimé se veut plus fort que l’amour de la musique, faire des choix inconsidérés peut mener à sa propre perte. Une dimension dramatique finissant par donner du corps au film, en particulier dans son ultime mouvement, où les bassesses de l’Homme viennent rappeler avec amertume l’horreur de la guerre. Dommage alors que Jacques Otmezguine ne se laisse pas porter par ce tempo au niveau de la mise en scène, ses décisions créatives empêchant Le Choix du Pianiste de prendre une envolée lyrique, la faute à une volonté d’épure malheureusement contre-productive. L’impression d’être devant un téléfilm se fait prégnante, la réalisation manquant cruellement d’envergure face aux enjeux du scénario.
Reste alors la direction d’acteurs (sans oublier les mélodieuses partitions de Chopin) et principalement celle de son interprète principal, Oscar Lesage, qui incarne avec justesse ce protagoniste torturé qu’est Touraine, victime de l’amour mais aussi du nazisme, qui lui auront enlevé ce qu’il avait de plus précieux. Une prestation des plus solides de la part de l’acteur, qui se veut l’atout majeur de cette œuvre malheureusement en demi-teinte, ne parvenant pas à tenir ses promesses en termes de dramaturgie, scénario et mise en scène ne jouant pas en harmonie.
Avec Le Choix du Pianiste, Jacques Otmezguine convoque le spectre de l’obscurantisme – propre à la Seconde Guerre mondiale- pour donner du sens à la mélodie d’un cœur meurtri orchestrée par ses soins, qui se révèle délicate mais manquant malheureusement de puissance lyrique.
