Deux petits mois après la sortie de Venom : The Last Dance, l’heure est venue pour le Sony’s Spider-Man Universe de tirer (momentanément à coup sûr) sa révérence sur grand écran avec Kraven The Hunter. Un opus mis en scène par J.C. Chandor, mettant en lumière le personnage de Serguei Kravinoff, incarné par Aaron Taylor-Johnson, qui partage l’affiche avec Russell Crowe, Ariana DeBose, Fred Hechinger ou encore Alessandro Nivola.
Initié en 2018 avec Venom, le Spider-Verse sans Spider-Man de Sony arrive aujourd’hui à un point de non-retour, son manque flagrant d’ambition ne lui permettant plus d’avancer ses pions avec sérénité. Si les frasques d’Eddy Brock et de son comparse de symbiote ont su rimer avec succès au box office, cela n’est aucunement le cas pour les autres films de cette franchise (dé)connectée). N’apprenant toujours pas de ses erreurs, le studio responsable de Morbius et Madame Web fonce ainsi dans le mur avec Kraven The Hunter, qui pâtit d’une direction artistique aux abonnés absents, annihilant les maigres efforts de J.C. Chandor et Aaron Taylor-Johnson pour rehausser le niveau.
Là encore, le principal problème de cet épisode réside dans son intrigue pour le moins famélique et l’acharnement à faire des antagonistes de l’Homme-Araignée des protagonistes. Des méchants pas si méchants, reniant leur propre nature pour renverser un minimum la balance entre le bien et le mal. En clair, si vous vouliez voir Kraven le Chasseur dans toute sa splendeur, c’est raté, Serguei Kravinoff se retrouvant embourbé dans une intrigue criminelle où le sens de la justice prévaut sur la force des liens du sang. Préférant se consacrer à une refonte de l’origin-story de notre bad guy ici transformé en justicier, le scénario bricolé à l’arrache par Richard Wenk, Art Marcum et Matt Holloway ne s’embarrasse d’aucune construction dramaturgique, le but étant de confronter notre (anti)héros à son héritage familial mais également à des figures de la mythologie Spider-Man tels que le Rhino, Calypso ou encore L’Étranger…le tout dans un premier degré frôlant le ridicule, à cause d’une écriture au ras des pâquerettes question dialogues.
En dépit de la prestation de Taylor-Johnson, tentant de faire de son mieux avec le faible matériel à sa disposition (il est bien le seul, Russell Crowe et Alessandro Nivola cabotinant tandis que Ariana DeBose doit composer avec une Calypso transparente), Kraven The Hunter suit une ligne directrice digne d’un direct-to-video des années 2000, la traque proposée par nos scénaristes manque cruellement de mordant et ce malgré la volonté de rajouter une dose de violence au long-métrage – Rated R aux États-Unis. Mais les maigres effusions de sang ne masquent pas les trous béants d’un script maintes fois retravaillé, où les aberrations sont la norme. La bestialité n’est de ce fait pas à l’ordre du jour de la partie de chasse, préférant la parlotte à l’action, avec en guise de bouquet final un affrontement visuellement éreintant entre ce pauvre Serguei et un Rhino ayant perdu de sa superbe.
Il y a eu de la charcute derrière la caméra, les directions de Sony ayant encore une fois mis à mal une production du fameux SSU et ce alors que nous avions tout de même J.C. Chandor à la réalisation, ce dernier ayant prouvé avec A Violent Year et Triple Frontière qu’il n’était pas un tâcheron. Et pourtant, le résultat est des plus bancals niveau mise en scène, avec un montage anarchique, une photographie grisâtre peu importe le cadre où se situe l’histoire (Russie, Tanzanie, Royaume-Uni) et des effets-spéciaux tantôt convaincants tantôt bâclés, en particulier dans un acte final atroce pour la rétine. Si nous devons concéder qu’il y a une maigre marge de progression comparé à ce que cet univers nous a proposé précédemment, Kraven The Hunter est symptomatique de la mauvaise gestion du lore Spider-Man avec cet univers partagé tournant à vide depuis son lancement, n’étant rien d’autre qu’une opération financière pour conserver dans sa besace des personnages qui n’ont pas demandé à souffrir de la sorte. Heureusement avec l’échec du film, qui vient de passer inaperçu en salles, Sony n’a d’autre choix que de mettre au placard cette franchise, histoire de revoir sérieusement sa copie. Espérons que ce repos forcé soit salvateur.
Les épisodes du Sony’s Spider-Man Universe se suivent et se ressemblent, J.C. Chandor et Aaron Taylor-Johnson ne pouvant rien faire pour sauver Kraven The Hunter des griffes d’un scénario famélique et bordélique à souhait.
