Six ans après Une vie secrète, qui avaient co-réalisé aux côtés de Jon Garaño, Aitor Arregi et José Mari Goenaga se sont retrouvés derrière la caméra pour Maspalomas. Porté par José Ramón Soroiz, Nagore Aranburu ou encore Kandido Uranga, le long-métrage se concentre sur se centrant sur les déboires d’un septuagénaire devant tirer un trait sur sa retraite dorée aux Canaries suite à un accident cardio-vasculaire…
Avec la sensibilité qui leur est propre, Aitor Arregi et José Mari Goenaga évoque avec justesse la question de l’affirmation de soi à travers Maspalomas, drame crépusculaire prenant le temps d’exposer ses enjeux pour pointer du doigt la difficulté d’avouer qui l’on est réellement – l’évolution des mœurs ne changeant rien à la peur de sortir du placard. Car peu importe l’époque, peu importe l’âge, assumer son homosexualité reste une épreuve, ce que le tandem de cinéastes démontre en suivant le quotidien d’un homme âgé se voyant forcé de regarder en face son passé, de faire face à ses choix, à la suite d’un accident de la vie – survenu de manière cocasse.
Victime d’un AVC en plein coït, Vicente voit sa parenthèse enchantée s’arrêter sans crier gare, passant du soleil doré de Maspalomas à la grisaille de San Sebastian, alors qu’il doit se refaire une santé de fer. Rapatrié sur le continent espagnol, ce dernier se retrouve dans une maison de repos – le temps d’une lente mais nécessaire convalescence. Un retour au bercail ouvrant des plaies laissées ouvertes pour notre protagoniste, qui a bien du mal à se faire à cette condition physique – qui a des répercussions sur sa psychologie. Tout en délicatesse, le script confectionné par José Mari Goenaga prend le pas d’une reconstruction à double niveau, les blessures du corps et du cœur se suturant au gré d’efforts quotidien.
Au gré des mois passant dans ce nouveau placard métaphorique, Vicente fait progressivement la paix avec sa fille – dont le contact était rompu – mais surtout avec lui-même. De ses contacts avec ses proches, le personnel soignants, les autres pensionnaires, celui-ci s’engage sur le terrain de l’introspection – et donc de l’acceptation. Une expérience cathartique où les mots remplacent les silences, en particulier dans un dernier acte où notre figure centrale s’ouvre finalement aux autres, lui ouvrant une nouvelle perspective. Si question rythme l’encéphalogramme s’effondre quelque peu à mi-parcours, cela ne nuit nullement à la qualité globale de cette session de remise en forme, qui doit beaucoup à la direction d’acteurs de Aitor Arregi et José Mari Goenaga.
Nos metteurs en scène posent leur regard et leur caméra sur le visage de Vicente, laissant ainsi l’espace nécessaire à José Ramón Soroiz pour nous attendrir. Le comédien est de tous les plans, ses atermoiements, ses interrogations nourrissant la dramaturgie du film. Une performance délicate, d’ailleurs saluée d’un Goya en Espagne – à raison.
Avec Maspalomas, Aitor Arregi et José Mari Goenaga livrent un drame tendre sur l’amour arc-en-ciel, suivant la reconstruction d’un homme mûr en quête d’affirmation – devant sa qualité première à la performance de José Ramón Soroiz.
