Deux ans après Half Baked 2, directement sorti en VOD par chez nous, Michael Tiddes continue de rouler sa bosse dans le milieu de la comédie en se retrouvant aux manettes de Scary Movie, sixième opus de la saga délurée imaginée par les frères Wayans – de retour aux affaires que ce soit en tant que producteurs, scénaristes et bien entendu acteurs, aux côtés d’Anna Faris, Rebecca Hall, Jon Abrahams, Lochlyn Munro, Cheri Oteri, Dave Sheridan ou encore Chris Elliott. Au programme de ce revival, la résurgence de Ghostface, bien déterminé à semer la mort et le chaos dans la vie de Cindy Campbell, Brenda Meeks en s’en prenant à leur descendance…
Initiée en 2000, à une époque où le slasher revenait à la mode, la franchise Scary Movie permit à Marlon, Shawn et Keenen Ivory Wayans de terminer leur transition du petit au grand écran. Premier projet commun après la conclusion de leur sitcom The Wayans Bros., cette parodie des titres phares de l’horreur s’est payé le luxe de surpasser leurs modèles puisqu’à sa sortie ce délire égratignant entre autres Scream et Souviens-toi l’été dernier a engrangé pas moins de 157M$ sur le sol américain…soit un chiffre jamais atteinte par la saga portée par Neve Campbell et Jennifer Love Hewitt. De quoi mettre des étoiles dans les yeux de Dimension Films (filiale de Miramax), qui n’a pas voulu lâcher sa nouvelle poule aux œufs, quitte à foncer dans le mur.
La mise en chantier express d’un deuxième volet ne lui ayant pas suffi, la firme a poursuivi son entreprise de destruction de sa marque en ne parvenant pas à s’entendre (financièrement parlant) avec les Wayans sur la suite des pérégrinations cauchemardesques de Cindy, Brenda, Shorty, Ray et leurs camardes d’infortunes. Préférant finalement travailler avec Sony Pictures pour FBI : Fausses Blondes Infiltrées, nos trois frères perdirent la main sur Scary Movie. En a donc résulté la production de trois autres volets, respectivement chapeautés par David Zucker et Malcolm D. Lee, qui auront progressivement détérioré la prunelle des yeux de Dimension Films. Pour preuve, les résultats du cinquième film au box office, qui n’avait engrangé que 32M$ au pays de l’Oncle Sam – en plus d’être raillé par le public et la critique. De quoi mener à un repos, assurément bien mérité…ne ressortant du placard que grâce à l’implication de la fratrie, décidés à récupérer leur bébé.
Ce qui nous amène à ce legacyquel, qui se base sur la structure du Scream de 2022, afin de se jouer de ce concept de passage de flambeau destiné à repartir sur des bases saines (et faire oublier les errances du passé, comme l’avait également tenté Halloween). Ainsi, notre Ghostface à la langue bien pendue – et à la lame fatale – resurgit dans la vie de nos inénarrables Cindy, Brenda, Ray et Shorty pour mieux nous amener à un tango plutôt maladroit entre deux générations qui ne sont pas sur la même longueur d’ondes. La progéniture de notre duo féminin central se retrouve donc à naviguer en eaux troubles comme le faisaient leurs crétins de parents, histoire d’échapper à la mort. L’occasion pour l’équipe scénaristique, composée de Marlon, Shawn, Keenen Ivory et Craig Wayans, accompagnés de Rick Alvarez, de passer à la moulinette les franchises phares du genre mais également des titres tirant vers l’elevated horror tels que Get Out, The Substance, Longlegs, Weapons et autres joyeusetés gores et glauques.
Sauf que l’écriture pour le moins pataude de quintet – et la réalisation aux fraises de Michael Tiddes – mène à un opus qui certes essaye de renouer avec le style des deux premiers films, mais se prend trop souvent les pieds dans le tapis pour que les zygomatiques du public se dérident. Les Wayans n’ont jamais fait dans la dentelle, avec un humour gras et se situant la plupart du temps en dessous de la ceinture, mais ici force est de constater que nos trublions ont perdu leur ‘mojo’ puisque 90% des vannes proposés tombent à plat. Ce qui instaure davantage un climat malaisant plus qu’une atmosphère bon enfant, tandis que s’enchaînent sans discontinu les références et dégommages en règle du paysage horrifique actuel – qui ont bien du mal à provoquer les rires (à l’image par exemple de la séquence animée à la Kpop Demon Hunters ou du passage moquant Michael, ajouté à la va-vite ).
Dans ce bordel sans nom d’une heure quarante, seul le dernier acte a son intérêt, Shawn et Marlon posant sur la table une carte meta quI fait mouche, les aidant à marteler que Scary Movie est leur création et qu’elle leur revient de droit. Plus personne ne pourra les court-circuiter, ces derniers ayant les coudées franches pour faire ce qu’ils veulent. En espérant que maintenant qu’ils ont le contrôle créatif, ils se reprennent pour le prochain volet car celui-ci fût malheureusement pénible à regarder et ce en dépit de l’énergie communicative de nos Wayans et de leurs comparses Anna Faris et Regina Hall – qui ont conservé leur alchimie. Une bien maigre consolation.
Reprise en main par les frères Wayans, la saga Scary Movie s’aventure dans le domaine du ‘legacyquel’ pour le meilleur et surtout pour le pire, donnant lieu à un sixième opus qui fait peur…mais pas pour les bonnes raisons).
