Deux ans après son moyen-métrage Milk & Serial – diffusé sur YouTube – Curry Barker vient d’effectuer le grand saut dans le milieu du septième art avec Obsession. Porté par Michael Johnston, Inde Navarrette, Megan Lawless et Cooper Tomlinson, ce premier film se concentre sur les conséquences d’une action maladroite de la part d’un jeune homme introverti. Utiliser un artefact magique afin de prendre ses rêves pour la réalité…
Issu de la sphère YouTube, Curry Barker aura su tracer sa route au sein de cette grande toile qu’est internet, tout d’abord à travers des sketches (via le tandem that’s a bad idea qu’il forme avec son comparse Cooper Tomlinson) qui lui auront permis de mettre en scène un film d’horreur en bonne et due forme – qui lui a ouvert les portes du septième art. Une opportunité permettant à cet autodidacte de montrer qu’il en a dans le ventre, en insufflant une petite dose de magie sur le genre afin de donner du corps à son analyse de la toxicité masculine et de ses incidences sur la gente féminine.
Car avec Obsession, le cinéaste use d’un artifice fantastique pour alimenter une intrigue synonyme de lente descente aux enfers pour sa protagoniste principale, victime de l’inconséquence d’un homme censé être bien sous tous rapports – esquissant sa nocivité au travers d’actions moralement douteuses. Suivant le point de ce vue de Bear, vendeur dans un magasin de musique avec ses amis de longue date, le long-métrage joue de l’ambiguïté de la figure du Mr. Nice Guy pour susciter le malaise. Attiré par sa collègue et amie Nikki, ce dernier va hésiter à lui faire part de ses sentiments, l’amenant à utiliser d’un artéfact surnaturel dans un geste nonchalant, déclenchant un engrenage dont il difficile d’en réchapper. Vous n’arrivez pas à ouvrir votre cœur ? Craquer un ‘One Wish Willow’ pour vous aider, celui-ci pouvant réaliser n’importe quel vœu. Si au départ l’utilisation de ce produit ésotérique paraît anodin – car la logique veut que l’on ne croit pas à ses propriétés dépassant les limites de l’imaginable – son efficacité réelle va semer le trouble dans le quotidien de nos personnages.
En souhaitant que Nikki l’aime plus que tout au monde, Bear se retrouve ainsi dans une situation incontrôlable, ses désirs malheureusement devenant une réalité. Un élément crucial du script retors de Curry Barker, lui permettant d’abattre avec précision ses cartes quant aux thématiques qu’il cherche à développer – que ce soit la fabrique du consentement ou la désincarnation de l’être dans une relation d’emprise. Ne cherchant aucunement à comprendre comment son crush se retrouve littéralement à ses pieds en un claquement de doigt, notre tombeur « malgré lui » pense se la jouer grand seigneur en prenant le temps de nouer une romance avec cette amoureuse transie. Et ce en dépit de son comportement loin d’être normal, s’aggravant avec le temps. En plaçant sa camera dans le champ de vision de ce Casanova post-moderne, le réalisateur instillant un climat anxiogène, le manque de discernement de cet anti-héros face à l’ampleur du désastre qu’il a lui-même créé.
Ajoutez à cela la performance électrique d’Inde Navarrette, impeccable dans la peau de Nikki – ses variations brutales de jeu accentuant l’instabilité de son alter-ego possédée – et vous obtenez un thriller poisseux, passant de l’horreur implicite à explicite (en particulier dans un dernier acte où les coups d’éclats prennent une tournure mortelle). S’il ne renouvelle pas le genre, Obsession n’en reste pas moins un premier film diablement maitrisé que ce soit dans son fond ou dans sa forme, tirant sa noirceur de son nihilisme – symbolisé par la décrépitude de sa figure féminine centrale. Angoissant.
Avec Obsession, Curry Barker signe une entrée remarquée dans le milieu du septièe art en proposant un thriller horrifique où affection rime avec possession, pour mieux noircir le tableau quant à la notion de consentement dans le rapport amoureux.
