Comédien de formation, passant de temps à autres sa têtes sur le petit et le grand écran (que ce soit dans Le Bureau des Légendes, Sage Femme ou encore Une pointe d’amour), Anthony Dechaux a récemment ajouté deux cordes à son arc en s’attelant à l’écriture/mise en scène de son premier long-métrage : La Guerre des Prix. Sorti au printemps dernier en salles, ce thriller social porté par Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison, Jonas Broquet ou encore Aurélia Petit se présente aujourd’hui à un nouveau public en DVD/Blu-ray et VOD.
Pour ce premier essai, Anthony Dechaux aborde un sujet qui reste encore opaque pour les personnes extérieures aux codes de la grande distribution, à savoir les fameuses négociations commerciales entre industriels et distributeurs qui ont lieu chaque année et permettent au consommateur de voir leur panier moyen soit diminuer soit augmenter (c’est le plus souvent la deuxième option qui prime ces derniers temps). Comment se déroulent ces rencontres et quelle est la place allouée aux producteurs, maillon essentiel de ce système – mais souvent méprisé ? Désireux de s’immiscer dans un univers dont on ne peut que deviner les contours vu de l’extérieur, le réalisateur nous offre une plongée côté coulisses sans concession, prenant rapidement des allures de lutte de pouvoir, où David ne peut pas toujours gagner contre Goliath.
Un constat peu reluisant, donnant tout son intérêt à ce premier film qui sait jouer avec habileté avec les codes du film noir pour instiller un sentiment de malaise dans chaque pore de son scénario, qui navigue en zone de gris pour mieux noircir le tableau quant à la réalité de ce combat où les inégalités priment. Ce que l’on peut voir à travers les yeux de notre protagoniste, fille d’agriculteur qui se retrouve propulsée dans ce monde sans foi ni loi que représente les centrales d’achats, sans savoir dans quel guêpier elle se fourre. Pensant que son bagout et son sens moral saura faire une différence, Audrey – qui jusque là s’occupait de la gestion d’un rayon yaourts pour un supermarché – devient acheteuse au sein du groupe, un nouveau rôle qui s’accompagne d’un lourd fardeau : la perte progressive de son âme.
Associée à un négociateur hors-pair, Fournier, qui sait se montrer implacable pour obtenir les meilleures garanties des partis adverses, notre protagoniste découvre que l’art de la négociation est synonyme de guerre ouverte, où chaque coup porté à l’adversaire peut causer du tort. D’autant plus lorsque le sort de la filière biologique – qu’elle ne connaît que trop bien – l’amène à mêler le professionnel au personnel. En ligne de mire pour Audrey, la survie de l’exploitation familiale, reprise en main par son frère, histoire de gagner sur tous les tableaux. Sauf que dans la pratique, proposer une rémunération équitable aux agriculteurs tout en proposant des tarifs abordables pour le citoyen lambda se révèle utopiste. Et fort de son écriture au cordeau, le script concocté par Anthony Dechaux et Maël Pirou (avec l’aide de Benjamin Charbit et Mathilde Belin) se veut retors, nous montrant le côté implacable de ces négociations aux enjeux socio-économiques cruciaux.
De quoi donner de la matière à son trio principal formé par Ana Girardot, Olivier Gourmet et Julien Frison, qui magnétisent l’écran en sachant capter les nuances de leur rôle. Enfermant ses personnages dans une étuve, à l’image des nombreuses séquences se déroulant dans des bureaux où l’air devient vite irrespirable, La Guerre des Prix fait lentement mais sûrement monter la pression – afin de mieux montrer la tension qui règne dans les centrales d’achats et plus globalement le manque d’humanisme du milieu de la grande distribution – qui tente de faire illusion de sa bienveillance uniquement derrière des façades publicitaires. C’est ça la vie, la vraie.
