Trois ans après Dumb Money, Craig Gillespie s’envole vers la galaxie DC Studios, ayant été convié à mettre en scène Supergirl par la firme dirigée par James Gunn et Peter Safran. Porté par Matthias Schoenaerts, Eve Ridley, David Krumholtz, Emily Beecham ou encore Jason Momoa, le long-métrage se concentre sur le personnage de Kara Zor-El, kryptonienne au tempérament diamétralement opposé à celui de son cousin, Kal-El – plus connu sous le nom de Superman sur Terre…
Après plus de quatre décennies loin du septième art, Kara Zor-El se retrouve de nouveau en haut de l’affiche avec Supergirl, qui s’inspire du comic-book Woman of Tomorrow d’Evely Bilquis et Tom King, avec une héroïne en pleine quête existentielle tandis que son chemin croise celui d’une extra-terrestre assoiffée de vengeance. Pour prendre le relais d’Helen Slater, qui a incarné le personnage devant la caméra de Jeannot Swarc en 1984, le choix des têtes pensantes de DC Studios s’est porté sur Millie Alcock, vue dans House of the Dragons. Et passée une courte apparition à la fin de Superman, l’heure est venue pour notre super-héroïne de (re)partir à l’assaut du grand écran. Un medium qui ne lui a jamais réellement porté chance, une poisse dont il est difficile de se débarrasser si l’on en croit cette aventure supervisée par Craig Gillespie (connu notamment pour Moi, Tonya ou Cruella) qui loupe le coche en dépit de la solidité de son matériau littéraire de base.
Alors que l’on pensait que ce second opus de l’écurie DC trouverait facilement sa voie, sa trame n’étant pas avare en dramaturgie, le cas inverse se produit, tout le sel du comics sur lequel le film se base étant dissout pour mieux proposer un blockbuster classique de chez classique. Ici, le script tissé par Ana Nogueira se perd entre émotion et humour, entre action et moments enlevés, alors que l’on suit la kryptonnienne en pleine quête intérieure aux confins de l’univers. Entraînée malgré elle dans un conflit qui n’est pas le sien, mais plutôt celui de sa jeune protégée Ruthye Marye Knoll – cherchant une alliée pour se venger de l’infâme brigand de l’espace Krem des Collines d’Ocres – Kara se retrouve ainsi la croisée des chemins. Devant à la fois jeter un dernier regard sur son douloureux passé, qui aura été synonyme de l’extinction de son espèce, tout en se devant de regarder vers l’avenir pour le bien de son fidèle compagnon Krypto – moteur de son implication dans ce règlement de compte – notre protagoniste est en phase d’évolution. La fuite n’est de ce fait plus un solution pour la Dernière Fille de Krypton d’Argo City, qui doit mettre un terme à ses cuites sur les planètes disposant d’un soleil rouge pour jouer les justicières, les grandes sœurs.
De ce galaxy-trip, s’opère une réflexion sur le deuil, la rage et la difficulté d’avancer dans un quotidien qui ne rime plus à rien, qui aurait pu s’avérer percutant si la qualité était au rendez-vous niveau écriture. Ici, ces thématiques perdent de leur puissance, la faute aux atermoiements d’une équipe créative à la nocivité semblable à de la Kryptonite. Cette aventure XXL de Kara Zor-El paraît débarquer dix ans trop tard, tant son cahier des charges étant réduit à peau de chagrin, comme si personne ne croyait en ce Supergirl. Disposant d’un budget moindre à Superman, le long-métrage devient rapidement un ersatz des Gardiens de la Galaxie, privilégiant tournage en studio avec décors pauvres et écrans verts à foison (malgré des séquences filmées en Islande pour la bataille finale, visuellement charcutées) – histoire que l’on perçoive moins les sessions de reshoots. Car c’est en coulisses qu’il y a eu des couacs, résultant à des ajustements en salle de montage, ce que tend à confirmer le récent article de The Hollywood Reporter. Deux versions sont sorties de là, celle de Craig Gillespie, mais également celle bricolée par James Gunn, qui est celle qui a été exploitée.
Et force est de constater que sa patte est omniprésente, entre les incessants passages musicaux, les blagues rajoutées au forceps (de même que la présence de Superman, moins succincte que prévue) sans oublier la volonté d’accélérer la cadence en termes de rythme. Une reprise en main témoignant d’une fébrilité quant à la tonalité à adopter pour le DCU, se payant cash qualitativement parlant. Devenu une production lambda, le métrage se prend les pieds dans sa cape, ce qui ne l’empêche aucunement d’avoir quelques qualités. Rappelons que ces dernières années, nous avons connu plusieurs accidents industriels du côté de la Distinguée Concurrence, tels que Wonder Woman 1984 et bien entendu The Flash – qui comptait Supergirl parmi ses personnages pour l’anecdote – qui sont d’un niveau inférieur au produit qui nous intéresse ici. Millie Alcock sauve clairement les meubles et propose une Kara faillible, rongée par la douleur, cachant ses blessures intérieures par un côté effronté qui ne fait illusion pour personne – soit ce que l’on attendait clairement de cette version.
À ses côtés, la jeune Eve Ridley s’en tire à bon compte en formant un tandem complémentaire avec sa camarade de jeu, la fougue de Ruthye s’alliant bien avec celle de Supergirl. Si Matthias Schoenaerts cabotine dans la peau de Krem, à des kilomètres de son pendant dans Woman of Tomorrow (devenant un aigle de la route sorti tout droit de Mad Max), Jason Momoa s’amuse dans celle de Lobo, qui joue les seconds couteaux certes mais aide à instaurer ce sentiment de chaos qui manquait à cette production bien plus sage qu’il n’y paraît – et ce d’autant plus que notre chasseur de primes n’était pas de la partie dans le comics originel. Un choix créatif bienvenue contrairement à d’autres.
Avec son deuxième film, Supergirl, le DCU se prend les pieds dans la cape en se contentant d’être un blockbuster sans âme – ne devant son salut qu’à la performance de Millie Alcock, la seule à croire en cette production charcutée en interne. Si le résultat n’est pas si catastrophique, le manque d’ambition de Craig Gillespie, James Gunn et Peter Safran ont nuit à la viabilité de ce projet, devenu au gré des changements en post-production une œuvre manquant cruellement de puissance.
