Après avoir fait ses armes sur Canal+ avec le format court Fleur Bleue, qu’il avait imaginé aux côtés d’Enya Baroux et Queenie Tassel, Martin Darondeau part à la conquête du septième art en compagnie d’un de ses comparses – Bertrand Usclat. Ensemble, les deux hommes ont mis en scène De la Comédie-Française, qui comprend au casting Françoise Gillard, Laurent Stocker, Guillaume Gallienne, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Christian Hecq, Nicolas Lormeau, Gilles David, Suliane Brahim, Adeline d’Hermy, Benjamin Lavernhe, Julien Frison, Marina Hands, Danièle Lebrun, Pauline Clément, Elissa Alloula, Séphora Pondi, Nicolas Chupin ou encore Sefa Yeboah et nous entraîne au sein de la vénérable institution – afin de suivre les ultimes préparatifs d’une représentation de MacBeth ne se déroulant pas tout à fait comme prévu.
Issu de la galaxie Youtube, où il se sera épanoui avec ses camarades de son collectif Yes you aime, Bertrand Usclat aura progressivement su se faire une place sur le devant de la scène. Suite au succès de la web-série parodique Broute, qui compta également parmi ses têtes pensantes Martin Darondeau, l’humoriste a vu la grande famille du cinéma français lui ouvrir les portes, avec à la clé des rôles de tête d’affiche (dans Jumeaux mais pas trop, Avec ou sans enfants ?, Vacances forcées). Fort de cette exposition au premier plan, ce dernier s’est donc lancé un nouveau défi, passer à la réalisation et ce en duo, appelant son camarade à venir s’amuser avec lui.
Pour leur passage derrière la caméra, notre tandem a décidé de rendre hommage à la vénérable Comédie-Française, en concoctant une plongée pour le moins fébrile dans les coulisses de la vénérable institution culturelle – installé depuis 1799 au sein du Palais Royal. De quoi nourrir un délire cocasse, pouvant compter sur la présence de grands noms des sociétaires actuels de la compagnie théâtrale de prestige, se nourrissant de du chaos pour donner du relief à l’art de la scène. Ou, pour faire plus concis, proposer un véritable vaudeville dans le temple du classicisme – histoire de jouer des contrastes propre à ce lieu emblématique dans la joie et la bonne humeur. Au programme du scénario écrit par nos compères (avec l’aide précieuse de Pauline Clément et Clémence Dargent), les préparatifs d’une pièce de théâtre qui ne va pas se dérouler comme prévu pour la pensionnaire qui la met en scène, Nina.
À quelques heures de la représentation de Macbeth, trois pour être précis, la jeune-femme va aller de déconvenues en déconvenues, les couacs s’enchaînant à un rythme soutenu pour mieux la mettre sous pression – et mettre en péril la pièce. Car comme les spectateurs le savent, et nos auteurs également, les emmerdes ça vole toujours en escadrille – diction rendu populaire par un président de la République nommé Jacques C.- et de ce fait, De La Comédie-Français prend un malin plaisir à en remettre une couche quant aux dysfonctionnements d’ordre personnel et technique afin d’insuffler une atmosphère anarchique dans les couloirs du Palais Royal. Entre les soucis d’éclairage, les dissensions au sein de la troupe (rester proches durant des mois, cela peut causer quelques troubles dans certains ménages…) et un bébé à prendre en charge, notre protagoniste est sur tous les fronts, subissant certes les éléments mais parvenant à vitesse grand V à tenter de colmater toutes les brèches qu’elle voit afin d’éviter un naufrage devant le public.
Un filage sans filet, qui se veut sans temps mort, ce qui fait la force du film – qui ne s’embarrasse pas de superflu – comme le prouve sa durée d’une heure quinze. Ici, le but est de nous offrir une immersion côté coulisses grossissant gentiment le trait quant au fonctionnement d’une troupe de théâtre, tout en ne dénaturant pas l’essentiel à savoir la dynamique de l’esprit collectif. Pour que la dimension comique de l’œuvre fasse mouche, il n’y a pas que l’écriture qui doit être efficace, les comédiennes et comédiens ont eux aussi leur part de responsabilité. Et les membres ayant pris part à cette parenthèse récréative s’en donnent à cœur joie pour que leur auditoire se divertisse autant qu’eux. Pauline Clément donne le tempo à ses collègues, qui le suivent avec malice, que ce soit Laurent Stocker, Marina Hands, Julien Frison, Danièle Lebrun – délibérément à côté de la plaque – sans oublier Benjamin Lavernhe, qui se pare de sa plus belle moustache pour interpréter une version imaginaire d’un certain Jean-Baptiste Poquelin.
Tout le monde répond présent pour que le public rigole avec eux et cela fonctionne. Niveau direction d’acteurs, Martin Darondeau et Bertrand Usclat savent donc y faire, même si question réalisation – les automatismes du format court sont encore bien présents, avec plans fixes et montage rapide à la clé. Un chouilla de folie dans la mise en scène n’aurait pas été de refus même si avec ce premier essai, ce côté rigide ne nuit pas à la qualité intrinsèque de l’ensemble. En clair, ce plongeon main dans la main marque beaucoup de points à l’arrivée. Prometteur pour la suite.
Avec De la Comédie-Française, Martin Darondeau et Bertrand Usclat signent une œuvre pétillante, le duo de réalisateurs proposant un vaudeville joyeusement bordélique en compagnie d’une troupe d’humeur à la galéjade.
