Un an après L’Accident de Piano, Quentin Dupieux nous revient dans les salles obscures avec Le Vertige,synonyme de retrouvailles avec ses fidèles Alain Chabat et Anaïs Demoustier mais marquant également sa première collaboration avec Jonathan Cohen. Au menu des réjouissances, un débat comico-philosophique entre deux amis quant à la véracité de leur réalité.
Tournant plus vite que son ombre, Quentin Dupieux n’a pas son pareil pour multiplier les films, se plaisant même à proposer de temps à autres deux productions par an. Ce qui est le cas justement pour ce millésime 2026, qui débute avec une première proposition pas piquée des hannetons. Le vertige. L’occasion pour notre cinéaste de l’absurde de s’essayer à l’animation, histoire de donner une autre teneur à ses interrogations sur ce monde qui ne tourne plus rond depuis bien longtemps.
Au cœur de ce délire, tourné en motion capture via des iPhone puis pixelisé grâce au fameux logiciel Blender (qui a permis notamment à Gints Zilbalodis de mettre en scène la magnifique Flow), la remise en cause du réel – rien que ça. Une thématique centrale dans la filmographie de notre ex Mr. Oizo, prenant ici la forme d’un jeu de miroirs entre des personnages qui se cherchent – partent dans des élucubrations existentielles tantôt idiotes tantôt pertinentes. Ce qui permet de souffler le chaud et le froid sur une intrigue sentant le réchauffé pour le réalisateur – qui se sert de la fragilité matérielle de sa mise en scène pour marquer des points. Vous l’aurez compris, Le vertige joue de son animation volontairement obsolète – d’où ressort le doux parfum de la fin des années 90/début 2000 – pour donner du sens à l’exposé qu’il nous développe en un peu plus d’une heure (1h07 pour être précis).
Ayant la certitude que l’environnement dans lequel il vit n’existe tout bonnement pas, Jacques se rend chez son pote Bruno aux aurores afin de lui ouvrir les yeux quant à son incroyable découverte. Mais celui-ci sera t-il convaincu que tout ce qui fait son quotidien n’est qu’une simulation ? Tel est le moteur du scénario, qui se veut dans un premier temps une discussion teintée d’incrédulité avant que s’accumulent les preuves de ce qu’avance notre protagoniste. Si quelques vannes font mouches, à l’image d’un accouchement express ou d’une rencontre fracassante avec un bus, dans l’ensemble le long-métrage privilégie les tunnels de dialogues pour donner corps à cette notion de vertige – alors que l’existence de nos potes est progressivement remise en question narrativement et visuellement. Le sarcasme des débuts laisse donc place au sérieux propre à une introspection – à la sauce Dupieux tout de même – avec un dernier acte prenant un virage serré afin d’amener le spectateur à regarder lui aussi de l’autre côté du miroir.
De quoi refermer cet essai sur une note de cynisme, ce qui est une bonne chose car le plus souvent Quentin Dupieux achève ses films à l’arrache, quitte à les dénaturer – au contraire de ce qu’il opère ici. Ajoutez à cela la performance vocale d’Alain Chabat, Jonathan Cohen et Anaïs Demoustier, qui rajoute du charme à cette parenthèse pixelisée – qui n’est pas la boursouflure que l’on craignait. Il y a de l’idée, comme en témoigne l’utilisation de Blender (bravo aux cinq animateurs qui ont conçu ce monde numérique) mais niveau sujet, force est de constater que la redite est de mise, ce qui empêche l’ouvrage de ‘level up’.
Avec Le vertige, Quentin Dupieux s’essaye à l’animation histoire d’offrir une nouvelle perspective à ses élucubrations quant au sens de la réalité, et y parvenant non sans quelques tâtonnements.
