Repérée en 2019 avec Les héros ne meurent jamais, Aude Léa Rapin effectue son retour derrière la caméra avec Planète B, comprenant Adèle Exarchopoulos, Souheila Yacoub, India Hair, Paul Beaurepaire, Eliane Umuhire ou encore Jonathan Couzinié au casting et nous propulsant dans la France de 2039, où la lutte pour un avenir meilleur se voit sérieusement réprimandé par un État devenant autoritaire…
Comme esquissé dans son premier film, Aude Léa Rapin se plaît à sortir des sentiers battus pour développer son propos sur le genre humain, toujours prompt au meilleur comme au pire. Ici, la cinéaste se sert des tropes de la science-fiction pour nourrir sa critique d’une société à deux vitesses où les inégalités se creusent sur l’autel de la sécurité, ce qui donne ainsi lieu à Planète B, un thriller d’anticipation s’articulant sur le chemin tortueux emprunté par des femmes engagées, devant faire preuve de résilience pour donner du sens à leur combat pour leur liberté, pour le bien commun.
En ancrant son récit dans une France temporellement proche de la nôtre (avec un bond dans le futur d’une quinzaine d’années), la réalisatrice, qui officie également seule à l’écriture, alerte sur les dérives d’un État policier n’hésitant plus à se prendre pour ‘Big Brother’ afin de faire régner la loi, en toute injustice. En soufflant sur les braises de l’extrémisme, le pouvoir en place règne par par répression, instaurant un climat de peur chez le citoyen. Un contexte fort, faisant allusion à un présent prenant parfois des allures de dystopie sur la surface du globe, alimentant un scénario se partageant entre deux fils rouges afin de mieux offrir une caisse de résonance à cette thématique de la répression. Ainsi, le long-métrage se concentre d’une part sur Julia Bombarth, activiste d’une trentaine d’années, voyant son existence chamboulée à la suite d’une nuit d’émeute et de l’autre Nour, ancienne journaliste irakienne dans une situation précaire à l’aube de son expulsion faute de renouvellement de visa.
Deux (des nombreuses) victimes collatérales de ce système où les libertés individuelles fondent comme neige au soleil, se retrouvant à faire front commun pour exposer une réalité peu envieuse pour le gouvernement. Le traitement du militantisme, en l’occurrence pour l’écologie, par les forces de l’ordre. Participant à une manifestation qui tourne mal, Julia se retrouve à sa grande stupéfaction au sein d’un environnement inconnu, aux côtés d’autres activistes présents lors des échauffourées. Un cadre idyllique où derrière le ciel azur et la mer cristalline se reflètent une obscure vérité : ce lieu en apparence paradisiaque n’est pas un hôtel de luxe mais la vitrine factice d’une prison virtuelle – et illégale.
Dans le plus grand secret, des détenus politiques sont privés de leurs droits et mis à mal psychologiquement. Mais comment sortir de ce lieu secret et illusoire ? Tel est le nœud de l’intrigue qui s’évertue à mettre en parallèle la trajectoire de nos protagonistes principales pour proposer une possible porte de sortie à cette histoire de détention 2.0. Hélas, en dépit de bases solides, le script d’Aude Léa Rapin multiplie les facilités pour réunir le destin de Julia et Nour, des circonvolutions scénaristiques entachant l’immersion au sein de ce fameux programme Planète B, dont la perversité est à peine effleurée, que ce soient les conséquences de ce conditionnement hors normes où la perception de la réalité s’efface au gré des jours ou les agissements des militaires à la manœuvre de l’expérimentation.
À l’exception de deux courtes séquences où s’esquissent des éléments horrifiques, l’impression que le film ne sache réellement quoi faire de son concept de prison virtuelle se ressent fortement. Le potentiel était là pour que la pression monte de manière exponentielle, mais à l’écran la sauce ne prend pas, ce qui est dommage surtout à la vision de la scène finale du métrage, démontrant qu’il y avait de l’idée en termes d’architecture pour bousculer davantage les repères de nos personnages. Il est rageant de voir Adèle Exarchopoulos, India Hair et Jonathan Couzinié déambuler dans ce décor de carte postal suranné où rien ne bouge, n’aidant pas à l’instauration d’une véritable tension. Un problème que l’on doit certainement à des limites budgétaires, impliquant une sur-explication de texte pour crédibiliser le fonctionnement de cet univers factice, alourdissant le récit.
De ce fait, malgré l’implication du casting, et particulièrement nos deux têtes d’affiche Adèle Exarchopoulos et Souheila Yacoub, difficile de se laisser porter par Planète B, qui ne parvient pas à capitaliser sur un concept pourtant fort idéologiquement. Saluons tout de même la prise de risque d’Aude Léa Rapin car se frotter à la science-fiction n’étant pas un exercice facile. Si ce second essai n’a pas la beauté formelle de Les héros ne meurent jamais ni sa poésie, force est de constater qu’il confirme que la réalisatrice a de l’ambition et il est intriguant de voir ce qu’elle nous réserve par la suite.
Avec Planète B, Aude Léa Rapin signe un thriller d’anticipation 2.0 s’imprégnant de l’esprit d’Orwell pour évoquer les dérives sécuritaires d’un Etat autoritaire. Un concept fort sur le papier mais maladroitement exécuté à l’écran.
