Deux ans après Coupez!, Michel Hazavanicius effectue son retour derrière la caméra avec l’adaptation de La Plus Précieuse Des Marchandises, roman de Jean-Claude Grumberg. Porté par les voix de Jean-Louis Trintignant, Dominique Blanc, Grégory Gadebois et Denis Podalydès, le film d’animation se centre sur un pauvre bûcheron et une pauvre bûcheronne découvrant près d’une voie de chemin de fer un bambin, abandonné à son sort…
S’il s’est illustré dans le monde de la comédie, Michel Hazanavicius n’en oublie pas pour autant de procéder à un changement de focale pour aborder des thèmes importants. Ainsi, une décennie après The Search, qui portait son regard sur la seconde guerre de Tchétchénie, le cinéaste évoque cette fois l’horreur inhérente à la Seconde Guerre Mondiale en transposant sur grand écran La Plus Précieuse Des Marchandises, avec l’aide de son auteur Jean-Claude Grumberg – présent à l’écriture du scénario.
Pour ce qui se révèle être sa première incursion dans le monde de l’animation, le réalisateur prend le chemin du conte, un habillage habituellement enchanteur servant ici de Cheval de Troie en la mesure où derrière la féerie de façade quant à la découverte d’un bébé par un couple de bûcherons, s’assombrit progressivement un tableau bien plus sombre qu’il n’y paraît. Car au sein de ce cadre boisé et enneigé, d’une blancheur éclatante, émerge un obscur spectre. Celui de la Shoah. Alors que l’enfant trouvée par notre couple fait office de miracle du ‘Dieu du train’, son abandon se veut l’écho d’une page terrifiante de notre Histoire. Sous l’occupation nazie, les pires horreurs ont été commises au nom d’une soit-disante supériorité raciale, amenant l’Homme à vendre son âme au diable, à condamner à la mort, à la souffrance des millions de personnes.
Un contexte tout d’abord esquissé dans une première partie où l’intrigue se concentre sur l’arrivée de ce cadeau du ciel au sein d’un foyer meurtri par la pauvreté, la solitude, la perte d’un être cher. Face à un rustre mari croyant les rumeurs se propageant sur les juifs, considérés comme des « sans-cœur », notre courageuse bûcheronne redouble d’efforts pour que sa pensionnaire en couche-culotte survive dans ce climat austère et trouve grâce aux yeux de sa moitié. Ce qui finira par arriver, ce dernier constatant que les inhumains ne sont pas ceux auxquels on pense. De quoi enclencher une réflexion quant aux bassesses de l’Homme, Michel Hazanavicius et Jean-Claude Grumberg décidant à mi-chemin de passer de l’évocation à la démonstration en abordant de manière frontale les conséquences de cette abominable guerre.
Ancrée en plein campagne polonaise, La Plus Précieuse Des Marchandises prend dès lors une dimension tragique alors que la réalité des camps de concentration s’expose aux yeux de tous, sans prendre de gants. La mort nous est présentée dans son plus simple appareil, histoire de déstabiliser le public, de rappeler que ce passé pas si lointain ne peut être enfouit dans l’imaginaire collectif. En prenant le parti de l’animation, notre cinéaste dispose d’outils puissants pour glacer le sang de son auditoire, notamment en s’attardant sur la décrépitude du corps, ce corps mis à rude épreuve, portant les stigmates de l’horreur. Le tout dans un style graphique proche de la bande dessiné, où la simplicité des traits renforce l’universalité du propos ici énoncé, que la vie humaine est un objet sacré. D’ailleurs, notons l’implication totale de Michel Hazavicius niveau réalisation, ce dernier étant à l’initiative des croquis préparatoires ayant servi de base aux animateurs de 3.0 Studio pour créer ce monde si froid où l’espoir n’est plus qu’une illusion. Son diplôme de l’école nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy est mis à profit pour une cause noble, pour un devoir de mémoire essentiel.
Avec La Plus Précieuse Des Marchandises, Michel Hazanavicius prend le parti de l’animation pour évoquer frontalement la réalité d’un monde sans coeur, où toutes les vies ne se valent pas, le tout pour un conte saisissant.
