Trois ans après la sortie de Godzilla vs Kong, le MonsterVerse se tourne vers l’avenir en entamant son prochain chapitre, synonyme de mutation. En effet comme bon nombre de propriétés intellectuelles, la franchise de Warner Bros/Legendary Pictures se partage désormais entre le petit et le grand écran avec la mise en place d’une toute première série en live action. Monarch : Legacy of Monsters. Créée par le tandem Chris Black (Sliders, Star Trek : Enterprise, Desperate Housewives)/Matt Fraction (Hawkeye) et comprenant au casting Kurt Russell, Anna Sawai, Kiersey Clemons, Wyatt Russell, Anders Holm, Ren Watabe, Joe Tippett ou encore Mari Yamamoto, cette création originale développée pour Apple TV+ lève le voile sur l’organisation au coeur de l’univers partagé initié en 2014, l’organisation Monarch, des plus nébuleuses…
Si le MonsterVerse s’est déjà exporté à la télévision, avec une série animée consacrée à ce cher Kong sobrement intitulée Skull Island, celui-ci se lance dans une opération d’envergure avec ce second projet, qui a pour but d’offrir des réponses à quelques questions laissées en suspens au gré des longs-métrages produits ces dix dernières années. Des zones d’ombre concernant avant tout Monarch, un acteur majeur de la saga présent depuis le Godzilla de Gareth Edwards, dont on sait finalement peu de choses sur le mode de fonctionnement. En quatre films, le spectateur aura surtout pu voir à quel point cette agence était dysfonctionnelle, travaillant tout d’abord en sous-marin avant de devoir se révéler au grand jour suite au fameux G-Day – qu’elle n’aura pu éviter. Comment en est-on arrivés là ? Quels sont les rouages grippéz de la machine Monarch ? Des interrogations au coeur de Legacy of Monsters, qui mêle recherche du grand spectacle au drame intime pour proposer une série remettant en contexte ce qui se passe sur grand écran.
En soit une idée non dénuée d’intérêt, même si se consacrer davantage aux humains laissait paraître quelques craintes – car dans les longs-métrages ceux-ci ont souvent manqué de profondeur, d’intérêt à l’exception de personnages comme Ishiro Serizawa ou Bill Randa, qui auront su légèrement sortir du lot (ce dernier a d’ailleurs un rôle crucial ici). Il y avait donc un défi à relever pour Chris Black et Matt Fraction, celui de trouver le moyen de créer un lien émotionnel, pouvant accaperer l’attention du spectateur le temps de dix épisodes. Le tout en n’oubliant pas de faire émerger de temps à autres des MUTOs et bien entendu ce cher Godzilla, un argument marketing de taille – omniprésent durant la promotion (alors que l’on se doutait bien qu’au vu du format choisi, le budget n’allait pas être illimité et que ses apparitions seraient sporadiquement).
Pour s’y faire, l’équipe créative a imbriqué passé et présent, histoire de nous ramener aux origines de Monarch et de constater sa mutation au lendemain de l’attaque de San Francisco. Des années 50 à 2015, s’éclaire le mécanisme ayant mené à la défaillance de l’organisme, de nature humaine. Ou comment des erreurs de jugement et des enjeux politiques ont parasité l’essor de celle-ci. Une problématique abordée par le biais d’une intrigue familiale, la recherche d’un père disparu sans laisser de trace amenant sa fille à déterrer ses petits et grands secrets. Entre la découverte d’un demi-frère qui ignorait son existence et de son implication au sein de la firme clé du MonsterVerse, Cate Randa ne sera pas au bout de ses surprises.
Soit le point de départ d’une quête de vérité apportant un éclairage nouveau sur ce que nous avons précédemment vu au cinéma et ce pour le meilleur et pour le pire. Les indices trouvés par nos jeunes adultes avides de réponses, en compagnie d’une ancienne figure de Monarch, le colonel Lee Shaw, les conduisent d’un bout à l’autre du globe, sur les traces de leur paternel – mais également de redoutables kaijūs. Au gré de cette expédition mondiale, s’étoffe effectivement la mythologie du MonsterVerse, ce qui est un bon point surtout concernant sa création, qui repose sur un trio que l’on se plaît à suivre. Lee Shaw certes mais également Bill Randa et Keiko Miura, dont la relation alimente cette fibre sensible voulue par les scénaristes.
Ce qui contraste malheureusement avec les fils rouges tissés à l’époque post G-Day, qui souffrent d’un gros ventre bout à mi-parcours, la faute à des bisbilles entre nos jeunes héros et de la caricature de certains membres de Monarch. Certes cela renforce ce côté anarchique qui fait la mauvaise réputation de la firme mais à force de multiplier les plans foireux et les décisions aléatoires, la redondance se fait cruellement ressentir. Heureusement qu’entre deux séquences de bavardages et de marche, Godzilla et ses petits camarades de jeu se rappellent à notre souvenir pour redonner du rythme à la série. D’ailleurs saluons la qualité des effets spéciaux et plus généralement de la mise en scène, Apple ayant clairement mis des moyens dans cette superproduction pour que les scènes impliquant les mascottes de la franchise soient d’excellentes factures. Ce qui est le cas.
Bien entendu on aimerait que les kaijus pointent un peu plus le bout de leur nez mais ce qui nous a été proposé était à la hauteur. Surtout qu’en plus de cela, il faut compter deux chapitres finaux s’articulant autour de la Terre Creuse (évoqué frontalement dans Godzilla vs Kong), impliquant des moments de bravoure rognant comme il se doit l’enveloppe du budget. Visuellement, la déception n’est donc pas à l’ordre du jour et l’on peut dire pareil niveau direction d’acteurs. Caster Kurt Russell et son fils Wyatt pour incarner les deux versions de Lee Shaw, en voilà une bonne trouvaille, les deux hommes s’impliquant pour proposer une composition complémentaire, ce qui fonctionne à l’écran. Si Anna Sawai, Ren Watabe et Kiersey Clemons ont parfois des difficultés à se montrer convaincant, la faute à une écriture ne leur rendant pas service à tous les coups, apprécions la partition d’Anders Holm mais surtout de Mari Yamamoto qui se démarque dans la peau de Keiko Miura – pierre angulaire de Legacy of Monsters.
Si elle joue la montre dans son dernier tiers pour prouver maladroitement sa raison d’être, Monarch : Legacy of Monsters n’en reste pas moins agréable à suivre. Loin d’être dénuée de défauts, l’écriture balbutiant à la mi-saison, cette extension du MonsterVerse apporte un éclairage bienvenue quant à sa mythologie. Si l’on en croit les ultimes minutes de son dixième épisode, la série en aurait encore dans le ventre, esquissant des pistes pouvant s’avérer prometteuses – si les scénaristes s’appliquent davantage. À voir désormais si Apple donne son feu vert à une seconde saison.
