Parfois, la distribution d’un long-métrage étranger ressemble à un parcours du combattant, ce que souligne le cas Shin Godzilla qui aura eu bien des difficultés pour débarquer sur notre territoire. Sortie en 2016 au japon, cette remise au goût du jour de la franchise Godzilla chère à la Toho a su créer l’événement, l’opus chapeauté par le tandem Hideaki Anno et Shinji Higuchi ayant été un succès critique et public, récompensé de sept Japan Academy Prize (l’équivalent des César, Oscars et autres cérémonies de remise de prix). Pourtant, malgré cet accueil enthousiasme, les fans français du roi des monstres et plus généralement de kaijū eiga ont du ronger leur frein pour découvrir ce reboot, puisqu’il aura fallu attendre l’intervention de Splendor Films pour que le film soit projeté dans quelques salles…fin 2023. Des séances exceptionnelles se comptant sur les doigts d’une main mais permettant de lancer le processus de diffusion de l’oeuvre sur notre sol.
Ce qui nous amène aujourd’hui à l’arrivée de Shin Godzilla en vidéo à la demande (chez nos amis de Filmotv) mais surtout au format physique, Spectrum Films s’étant appliqué pour proposer une édition de prestige limité à 1000 exemplaires. Au programme de ce digipack avec fourreau, le film en 4K HDR, Blu-ray et DVD, un disque bonus ainsi qu’un livret seize pages, ayant piqué l’interêt des amateurs d’objets collector. Preuve de l’attente quant à ce titre, tous les exemplaires proposés ont été vendus, au grand dam de certains aficionados (pour les déçus, la solution reste l’import). Quoiqu’il en soit, l’essentiel reste que ce vingt-neuvième volet de la franchise Godzilla soit accessible en bonne et due forme, de quoi nous permettre de finalement se faire un avis dessus. Revenons donc en 2016.

Si à l’époque notre kaiju au souffle ravageur entamait un nouveau chapitre de son existence au pays de l’Oncle Sam par le biais du MonsterVerse de Legendary Pictures et Warner Bros. (en association avec la Toho bien entendu), sur ses terres natales ce dernier prenait une pause bien méritée. Cela faisait plus d’une décennie que ce dieu de la nature – et de la destruction – s’était absenté, sa précédente apparition sur grand écran remontant à Godzilla : Final Wars de Ryūhei Kitamura. Sa résurgence dans le milieu du septième art était de ce fait perçu comme un épisode charnière, surtout que Shin Godzilla était synonyme de remise à zéro, les réalisateurs Hideaki Anno et Shinji Higuchi faisant (en partie) table rase du passé.
Car le coeur même de la saga, du moins à l’origine, était d’évoquer les traumatismes d’une nation suite aux retombées d’un cataclysme n’étant pas de leur fait. Un postulat puissant, qui reste le moteur de ce revival, troquant Hiroshima et Nagasaki pour Fukushima, drame humain et environnemental ayant durement touché le Japon en 2011. Le spectre de cette catastrophe nucléaire (inhérente à un séisme), de même que sa gestion par le gouvernement en place, planent sur ce volet qui se veut autant un film catastrophe qu’une satire politique sur l’incapacité du pouvoir à gérer les crises. Tandis qu’un Godzilla ayant fait peau neuve surgit en pleine baie de Tokyo et se dirige avec pertes et fracas dans le centre-ville de la mégalopole, officiels, hauts-fonctionnaires se creusent les méninges en compagnie d’une équipe de scientifiques pour en savoir plus sur la menace semant la pagaille dans les rues au gré de ses évolutions. Oui, cette version est en perpétuelle mutation, pour ne pas arranger les affaires de cette cellule nouvellement formée pour éviter le pire.
Volontairement anti-spectaculaire, afin que les rares scènes d’action disséminés aient un impact sur l’intrigue et le spectateur, le long-métrage privilégie la critique des autorités aux moments de bravoure, ce qui amène à un véritable changement dans le lore Godzilla, quitte à diviser. S’ils réussissent à insuffler un léger vent de fraîcheur à une marque qui a bien vécue, Hideaki Anno et Shinji Higuchi ont pourtant du mal à pleinement convaincre, leur trame subissant ironiquement quelques trous d’air. La faute à des personnages caricaturaux parfois pénibles à suivre, affaiblissant la force du récit. Il faudra ainsi attendre un dernier acte symbole de moment de cohésion internationale pour que Shin Godzilla reprenne du poil de la bête, avec un vrai moment de bravoure face à notre charmante créature en surchauffe. Le danger se fait réellement ressentir, d’autant plus avec la possible utilisation de l’arme ultime, la bombe thermonucléaire – qui fait office d’épée de Damoclès. De quoi terminer sur une bonne note ce reboot non-dénue d’idées mais dont l’éxécution laisse parfois à désirer.