Moins d’un an après Sick of Myself, le réalisateur norvégien Kristoffer Borgli nous revient déjà au cinéma avec Dream Scenario, qui comprend au casting Nicolas Cage Lily Bird, Julianne Nicholson, Tim Meadows ou encore Michael Cera et se concentre sur les déboires d’un professeur d’université devenant malgré lui le centre de l’attention de ses élèves mais plus largement de millions de personnes suite à un étrange phénomène…
Poursuivant son analyse pessimiste d’une société s’effondrant sur l’autel de la superficialité, Kristoffer Borgli nous livre une satire dont lui seul a le secret, se reposant sur un high-concept kafkaïen pour pointer du doigt les travers d’une époque glorifiant l’ego pour le meilleur et pour le pire. Ainsi, si Sick of Myself se concentrait sur les effets pervers propres à la quête illusoire de célébrité, Dream Scenario aborde cette thématique à travers un angle différent, celui de la cancel culture – ô combien d’actualité. Car de l’ombre à la lumière (et inversement) il n’y a qu’un pas ou en l’occurrence ici qu’un rêve.
Officiant également au scénario, le cinéaste concocte une comédie pour le moins saugrenue, balbutiant entre humour pince-sans-rire et vrais instants de malaise pour inviter son auditoire à mesurer la nocivité de cette ère 2.0 dans laquelle nous évoluons, où l’instantanéité est de mise aussi bien dans la sphère médiatique que sur les réseaux sociaux. Un monde où tout va trop vite, en terme d’informations, de réactions, aspirant parfois ceux qui sont dans l’immobilité – et la naïveté. A l’image donc de notre protagoniste, Paul Matthews, un monsieur tout-le-monde devient un phénomène de société à l’insu de son plein gré, par le biais d’un phénomène inexplicable. Enseignant à la vie bien rangée, voir même un peu trop, cet homme bien sous tous rapports se retrouve sous le feu des projecteurs en apparaissant dans les rêves de millions de personnes, ce qui bouleverse à jamais son quotidien aussi bien dans la sphère privée que publique.
Un postulat aidant Borgli à alimenter une intrigue en dents de scie, aimant malmener son personnage principal en lui faisant miroiter la gloire, la reconnaissance pour mieux prendre ses attentes – et celles du spectateur – à revers en l’entraînant sur une pente glissante. Car il n’y a également qu’un pas pour passer du rêve au cauchemar. Suscitant tout d’abord l’intérêt de par sa présence incongrue dans les songes des uns et des autres, Paul Matthews va rapidement découvrir le revers de la médaille, les actions de son double onirique ayant finalement de désastreuses conséquences, l’amenant à perdre pied avec le sens des réalités, des priorités. Un double effet kiss-cool synonyme de chute libre sans parachute, que ce héros d’un jour va bien mal appréhender. Ce qui devait faire le sel du second acte du long-métrage, se métamorphosant en une opération de destruction, où la glorification de l’ego mène à la démystification de l’être.
Sauf qu’en ne sachant plus sur quel pied danser en terme de tonalité et de structure narrative, le réalisateur multiplie les digressions maladroites (que ce soit le délitement du couple central du film ou le rôle attribué à une start-up bien mauvais en marketing) atténuant de ce fait la portée symbolique de sa diatribe, qui manque au final de mordant. Pourtant, il y avait matière à instiller davantage de malaise, comme Sick of Myself était parvenu à le faire en bifurquant de temps à autres vers l’elevated horreur. Ici, le script se montre plus sage, cherchant plutôt à provoquer des rires jaunes par le biais des malheurs d’Alfred de Paul. Mais le concept se révèle fébrile sur sa dernière ligne droite. Heureusement, pour faire illusion, nous pouvons compter sur Nicolas Cage qui décidément aime prendre part à des productions alambiquées.
Sans la star, Dream Scenario aurait vraiment manqué de saveur, ce dernier s’en donnant à cœur joie niveau composition, campant un loser magnifique attendrissant – se laissant aller au surjeu uniquement lors d’une séquence de justification vidéo qui le demandait, à raison. En matière de direction d’acteurs, Kristoffer Borgli ne loupe pas le coche et l’on peut dire de même en terme de mise en scène, ses plans larges et lents mouvements de caméra (sous une photographie automnale) donnant du corps à cette sensation d’indisposition, de froideur voulue. un bon point.
Avec Dream Scenario, Kristoffer Borgli pose son regard acerbe sur une société de l’ego aimant se bercer de rêves illusoires et ce par le biais d’une satire tantôt drôle tantôt malaisante offrant à Nicolas Cage un rôle de loser magnifique.



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