Tandis qu’il se plaît à naviguer dans les eaux américaines, le MonsterVerse lui permettant de se révéler à un nouveau public à l’international, Godzilla se rappelle au bon souvenir de ses compatriotes japonais en revenant en haut de l’affiche – huit ans après Shin Godzilla (qui vient seulement de pointer le bout de son museau en France). Un nouveau long-métrage intitulé Godzilla Minus One, réalisé par Takashi Yamazaki (The Eternal ZeroThe Great War of Archimedes) et comprenant au casting Ryunosuke Kamiki, Minami Hamabe, Yuki Yamada ou encore Munetaka Aoki, nous entraînant au pays du soleil levant au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale…

Monstre sacré du cinéma nippon depuis 1954, Godzilla se veut la figure de proue d’un genre à part entière, le kaijū eiga, où les créatures prennent le pouvoir afin de mieux illustrer les peurs inhérentes aux désastres humains et écologiques – à commencer par la peur de l’arme atomique, qui aura marqué à tout jamais la face du Japon. Un traumatisme indélébile, ancré au plus profond de la saga, comme le rappelle Godzilla Minus One, qui se veut un retour aux sources à double niveau de la part de Takashi Yamazaki, le cinéaste faisant ressurgir notre dieu de la destruction à une époque charnière, en l’occurrence l’après Seconde Guerre Mondiale. De quoi marquer comme il se doit le soixante-dixième de la franchise.

Officiant également à l’écriture, le réalisateur évoque les fantômes du passé avec une certaine sensibilité, mettant sur un pied d’égalité drame et film catastrophe pour mieux instiller une fibre émotionnelle à ce nouveau reboot. Oubliez la satire politique de Shin Godzilla, ici le peuple est en première ligne, souffrant et tentant de se sortir par lui-même de ce chaos ambiant. Ce qui offre un sous-texte pertinent quant à une nation meurtrie par les ravages d’un conflit auquel il ne voulait pas prendre part. Il n’est donc pas étonnant que l’intrigue se concentre sur un kamikaze déserteur rongé par la culpabilité, le poids de ses décisions l’empêchant de réellement avancer dans la vie, aussi bien dans la sphère professionnelle que privée. Car s’il a su s’entourer d’une famille de coeur, Kōichi ne s’ouvre paradoxalement pas aux autres, ne pouvant s’empêcher de ressasser intérieurement ses erreurs – dont une liée à notre cher Godzilla. Alors quand son ombre réapparaît au large de Tokyo, ce dernier et plus globalement le Japon se retrouve à nouveau au milieu d’un champ de bataille, avec de nouvelles victimes à la clé.

En pleine reconstruction, les efforts du pays pour relever la tête vont dès lors être réduits à néant suite à l’entrée en scène du plus redoutable des kaijū, émergeant des eaux pour tout ravager sur son passage. Un désastre menant à la mort, au désespoir, l’homme paraissant impuissant face à cette force de la nature. Sur ce point, Takashi Yamazaki sait ménager la tension, faisant progressivement monter la pression au gré de séquences spectaculaires révélant le potentiel de cette version de Godzilla. Entre le massacre initial donnant le ton quant à cette volonté de montrer les conséquences de ses actes, une course-poursuite maritime efficace et une balade apocalyptique en pleine ville, notre roi de monstres à la rage et cela se voit à l’écran. En dépit de son budget serré, d’environ quinze millions de dollars, Godzilla Minus One se montre des plus convaincants visuellement parlant, les effets spéciaux étant particulièrement maîtrisés ce qui se révèle être une véritable prouesse. Surtout lorsque l’on voit des blockbusters à 200M$ être hideux à ce niveau.

Une réussite en terme de mise en scène, aidant à se laisser embarquer dans cette relecture du mythe de la Toho, proposant un divertissement abouti où le grand spectacle est au service d’une tragédie humaine, convoquant la résilience et la fraternité face à l’adversité, la guerre. En clair, après huit ans d’absence sur ses terres, la franchise Godzilla signe un retour gagnant et mordant.

© Toho

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