Quelques mois seulement après Les Vengeances de Maître Poutifard, Pierre-François Martin-Laval effectue son retour derrière la caméra avec Jeff Panacloc – à la poursuite de Jean-Marc qui, comme son titre l’indique met en vedette l’humoriste/ventriloque et sa marionnette phare, aux côtés notamment de Nicolas Marié, Tiphaine Daviot, Claude Perron, Vincent Deniard, Patrick Ligardes ou encore Sarah Fitri. Au programme de cette incursion sur grand écran pour notre tandem, la naissance de leur amitié, prenant la forme d’une rencontre du troisième type en pleine campagne française…
De la scène à l’écran, il n’y a parfois qu’un pas, ce que de nombreux artistes français ont expérimenté au cours de leur carrière. Il faut dire que lorsque le succès est au rendez-vous, s’envoler en direction du cinéma paraît être une évolution naturelle, un phénomène pouvant d’ailleurs prendre de l’ampleur selon l’engouement du public. Dernier en date à se prêter à l’exercice, Jeff Panacloc qui, passée une décennie de succès aux côtés de sa marionnette Jean-Marc, voit son univers transposé dans le milieu du septième sous l’égide de Pierre-François Martin-Laval, qui se met ainsi aux manettes d’un buddy movie destiné à ouvrir de nouveaux horizons à notre duo tout feu tout poil.
Soit un type de projet plutôt fragile, car il faut pouvoir satisfaire d’un côté les fans et de l’autre se montrer assez accessible pour attirer la curiosité des néophytes. D’où la difficulté de trouver la formule la mieux adaptée pour que le public réponde présent, surtout lorsque l’on a une peluche au langage châtié parmi les protagonistes principaux. Comment ne pas trahir le style de Jeff Panacloc et son art de la ventriloquie ? Là était la question. Et malheureusement la réponse apportée par l’équipe créative est loin d’être satisfaisante, manquant cruellement d’inventivité et de mordant. Il est d’ailleurs étonnant de constater que le comédien soit aux abonnés absents niveau écriture, le scénario du long-métrage émanant de Daive Cohen, à qui l’on doit entres autres Les Vengeances de Maître Poutifard, Alad’2 et Love Addict. Comme le laissait craindre le curriculum vitae du monsieur, cette aventure dans le domaine du septième art se révèle être un voyage au pays de la ringardise, l’histoire ici contée sentant bon la naphtaline avec des idées convenues et un humour daté.
Promettant d’être déjantée, la rencontre improbable entre Jeff et son acolyte suit paradoxalement un chemin tout tracé en direction de la platitude. S’échappant d’une zone 51 made in France, notre singe à la langue bien pendue croise dans sa fuite un jeune homme un brin naïf, s’apprêtant à convoler en justes noces, ne sachant pas encore dans quel périple il s’embarque. De cette rencontre fortuite s’initie une mission évasion prétendument mouvementée, servant à forger l’amitié naissante de notre tandem mal assorti. Hélas, trois fois hélas, faute d’un script un minimum travaillé, Jeff Panacloc et Jean-Marc s’embourbent dans une telle galère que même les saillies verbales de la marionnette n’y changent rien. La galerie de personnages les entourant dans cette fuite en avant ne sont que des empilades de clichés, des militaires incapables à la future belle-famille cul-cul la praline en passant par un intérêt amoureux sortant de nul part.
Tout est fait pour ralentir (et alourdir inutilement) un récit qui aurait dû être mené tambour battant, avec un certain sens de la dérision. Ceux qui comptaient retrouver le style déjanté propre à nos joyeux drilles ne pourront qu’être déçu, ce passage au cinéma dénaturant leur essence. La mise en scène de Pef, qui aurait pu apporter une plus-value – notre ex Robin des Bois s’y connaissant dans le registre comique – n’arrange rien à l’affaire, le réalisateur se contentant du minimum syndical. Tout porte à croire que nous sommes face à un film de commande, auquel personne ne croit et cela se ressent fortement à l’écran. Il n’y a pas de quoi « être content » du résultat.
Calant au démarrage, Jeff Panacloc – à la poursuite de Jean-Marc, se révèle être une galère tout feu tout poil pour le ventriloque et son irrévérencieuse marionnette, englués dans une comédie datée et manquant de panache. En clair, un passage compliqué de la scène au grand écran, la faute à un scénario faiblard et une réalisation anonyme de la part de Pierre-François Martin-Laval, que l’on a connu plus inspiré.
