Cinq ans après Setembro a vida inteira, l’écrivaine et journaliste portugaise Ana Sofia Fonseca effectue son retour derrière la caméra pour produire et réaliser Cesária Évora, la Diva aux pieds nus, documentaire retraçant la carrière de l’artiste cap-verdienne, véritable icône en son pays.

Si elle n’est plus de ce monde depuis maintenant onze ans, Cesária Évora aura su laisser un héritage de poids dans l’univers de la world music, ses chansons étant parvenues à avoir une caisse de résonnance à l’international passées des années de galère sur sa terre natale, témoignant d’une abnégation à toutes épreuves en dépit des difficultés du quotidien. Une force de caractère que cherche à mettre en avant Ana Sofia Fonseca avec son documentaire, qui ne prend pas le chemin de l’hagiographie pure et simple mais se veut un hommage sincère à l’artiste, authentique, sans fioriture.

En se basant entre autres sur des images d’archives, des témoignages audio et vidéo, la cinéaste nous conte le récit d’une femme profondément ancrée à ses racines, tentant de vivre de sa passion et de faire fi de ses démons intérieurs. Un portrait tout en aspérité donc, n’éludant pas le parcours en dents de scie de celle que l’on surnommait affectueusement « Cize » ni ses excès. Car de ses débuts sur l’île de São Vicente à ses heures de gloire sur les plus grandes scènes mondiales, notre diva aux pieds nus aura été marquée par les épreuves de la vie ainsi que par l’histoire de son peuple – le Cap-Vert ayant longuement souffert de son statut de colonie et de la traite négrière inhérente. Des blessures qui nourriront son œuvre et offriront une belle caisse de résonnance à la culture cap-verdienne, en premier lieu le morna, un style musical traditionnel emplit de mélancolie, comme en témoignait sa célèbre reprise de Sodade, titre phare de sa carrière, l’aidant à prendre l’ampleur qu’elle méritait.

Même si elle fût tardive, cette exposition longtemps désirée mais souvent contrariée ouvrit Cesária Évora à de nouveaux horizons, son suave timbre de voix berçant chaleureusement le public de multiples contrée, notamment la France, qui lui réserva un accueil remarqué. Rappelons que la chanteuse aura entre autres été gratifiée d’une Légion d’Honneur et auréolée d’une Victoire de la Musique (signalons également l’obtention d’un Grammy aux Etats-Unis). Une consécration salutaire forgeant la légende de cette dernière, qui aura su rester simple tout du long de ce chemin vers la gloire. Cette humanité propre à la reine de la morna transparaît dans chaque pore du long-métrage et en fait son charme, cet angle permettant à Ana Sofia Fonseca de tirer son chapeau à une grande dame du quatrième art en évitant le pathos où la redondance (l’absence de voix-off est d’ailleurs appréciable). De quoi donner envie de se replonger dans sa discographie.

Avec le documentaire Cesária Évora, la Diva aux pieds nus, la réalisatrice portugaise Ana Sofia Fonseca salue en toute simplicité la mémoire de la reine de la morna, dressant son portrait avec finesse et ce grâce à une approche intimiste aidant à mettre en lumière ses multiples facettes.

© Epicentre Films

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