Une décennie après sa sortie sur grand écran, De l’autre côté du périph se dote d’une suite, développée cette fois pour Netflix. Sous la supervision de Louis Leterrier, Omar Sy et Laurent Laffite refont équipe, accompagné de Izia Higelin, Dimitri Storoge, Stéphane Pézérat, Flavie Péan ou encore Djimo, pour une nouvelle enquête propice à l’évasion pour Ousmane et François, ces deux flics que tout oppose…

S’il était parvenu à engranger plus de deux millions d’entrées en 2012, De l’autre côté du périph avait su rester une pause récréative pour ses deux acteurs principaux, dont la carrière prenait de l’ampleur. Jamais nous n’aurions pensé qu’un jour nous reverrions à l’écran les personnages d’Ousmane Diakhaté et François Monge. Et pourtant, nous voici dix ans plus tard devant un second volet de leurs (més)aventures à couteaux tirés, grâce à l’intervention Netflix, qui compte bien capitaliser sur l’un de ses poulains français, Omar Sy. Le succès international de Lupin a ainsi poussé la plateforme à tirer profit du capital sympathie de l’acteur en mettant sur pied Loin du périph, une suite pilotée par Louis Leterrier – qui officie justement à la réalisation de la série. Pourquoi changer une équipe qui gagne ?

Reprenant la formule la plus répandue dans l’univers des franchises en devenir, l’idée avec le long-métrage est de mettre un bon coup d’accélérateur en matière de divertissement. Bigger and louder comme on dit au pays de l’Oncle Sam. De quoi donner un réel intérêt à la présence de Leterrier, qui a tout de même quelques blockbusters à son actif, laissant à penser que l’accent serait davantage mis sur l’action que sur l’humour – qui n’était pas des plus engageants précédemment en se concentrant péniblement sur le clivage entre Paris et sa banlieue. Les scénaristes attachés au projet ont-ils corrigé le tir en matière de comédie ? L’aspect policier est-il plus solide ? Malheureusement la réponse est négative dans les deux cas, Stéphane Kazandjian – aidé par Pierre Le Coz et Franck Gastambide à l’écriture – se fourvoyant dans un script peu inspiré, s’enfonçant pied au plancher sur la route du cliché et du manichéisme.

Ceux qui prennent un réel plaisir à l’écran sont sans conteste Omar Sy et Laurent Lafitte, qui s’amusent à ressortir l’insigne du placard pour s’aventurer en terrain miné – la bouche en cœur. Nos joyeux drilles s’échangent les répliques du tac au tac, tout en enchaînant les moments de bravoure, comptant sur leur alchimie pour alimenter cette machinerie lourde qu’est Loin du périph, qui peine à avancer, plombé par une intrigue indigente. Si son prédécesseur ne volait pas bien haut non plus, le résultat était bien plus plaisant à suivre malgré ses faiblesses scénaristiques, l’abattage de son tandem central aidant aisément à faire passer la pilule – à défaut de marquer son empreinte dans ce genre qu’est le buddy movie. Ici, difficile de n’esquisser ne serait-ce qu’un sourire, le mauvais goût étant à l’honneur. Se reposant sur l’opposition entre la capitale et la province, l’enquête (mal) ficelée par Kazandjian se charge d’emmener Ousmane et François prend un bol d’air frais à la montagne.

La raison de ce voyage hors Paris intramuros ? La découverte d’un corps en piteux état, harnaché à un train, point de départ des retrouvailles de nos deux flics amis-amis – qui ne l’étaient pas tant que ça malgré la conclusion de leur précédente affaire commune. Pour recoller les morceaux – façon de parler – Diakhaté et Monge se rendent dans le massif des Alpes, d’où provient notre victime coupée en deux. Et c’est là que tout bascule, la faute à cette dualité entre la ville et la campagne, qui sert de moteur à l’investigation. Sans chercher une seule seconde à redresser la barre, le scénario s’embourbe dans un ramassis de stéréotypes et se contente de nous orienter vers l’excavation d’une cellule extrémiste par nos compères, devant faire face à une multitude de racistes sur le chemin les menant à la vérité. S’il y avait eu un soupçon d’effort pour que l’intrigue surprenne réellement et que la caractérisation des personnages environnant ne soit pas caricaturale, peut-être que le niveau aurait pu s’améliorer mais ce n’est pas le cas – même lorsque le trash s’invite dans la partie. Côté enquête on repassera, pareil niveau humour – outre quelques saillies entre Omar Sy et Laurent Lafitte – par contre niveau mise en scène, un effort est à noter.

En prenant le relais de David Charhon, réalisateur du premier opus, Louis Leterrier met les bouchées doubles en matière d’action et entrecoupe le récit de séquences musclées qui donnent du pep’s à cette suite – qui s’étire inutilement sur deux heures. Pou sortir le spectateur de sa torpeur, le cinéaste sort les drones et s’essaye à la technologie StageCraft lors des courses-poursuite (et d’un clip clin d’œil en fin de métrage) histoire de donner une plus-value en matière de grand spectacle. Si certains effets-spéciaux piquent la rétine, à l’image d’une reconstitution ‘imagée’, dans l’ensemble la mise en scène n’est pas le plus grand défaut de Loin du périph, Leterrier sachant se débrouiller avec une caméra. Dommage qu’il se soit retrouvé sur une telle production, qui sera si vite oubliée.

Patinant sec au démarrage, Loin du périph rejoint le club des suites inutiles, dont on cherche la raison d’être. S’il donne l’occasion à Omar Sy et Laurent Lafitte de se redonner la réplique dans la joie (palpable à l’écran) et le chaos, difficile de trouver un réel intérêt au film, qui déroule son intrigue sans grande conviction. Reste Louis Leterrier et ses – quelques – tentatives de sauver l’entreprise du naufrage, mais celles-ci ne sont que trop peu efficaces, l’eau s’engouffrant petit à petit dans chaque pore de la pellicule.

© Netflix

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